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L’Ordre de saint Remi, fondé en 2017 par les chanoines Frédéric et Sébastien Goupil, deux frères de sang, est consacré à la prière pour la France selon la liturgie traditionnelle.
Comment est née votre vocation ?
Frédéric Goupil : Bien qu’alors non-pratiquants, nos parents ont tenu à nous faire baptiser et catéchiser. Je me suis senti très tôt appelé au sacerdoce en servant la messe. J’avais une immense soif liturgique non comblée : en paroisse, notre curé, prêtre-ouvrier, était très bon mais il n’existait ni messe quotidienne, ni confessions, ni adoration. L’entrée de leurs deux fils a été dure pour nos parents mais ils sont maintenant très heureux et revenus à la pratique, et déplorent de ne pas pouvoir jouir de la liturgie traditionnelle à Évreux.
L’atmosphère familiale, la joie, la liturgie m’ont touché. À l’issue de mes cinq années d’études de droit, je l’ai rejoint au séminaire. Il a fallu que nos parents renoncent à avoir des petits-enfants : ce fut un gros sacrifice pour eux.
Sébastien Goupil : L’Institut où est entré mon frère étant situé en Toscane, je m’y rendais à chaque vacances, puisqu’une hôtellerie y accueillait famille et amis des séminaristes. C’est en lui rendant visite que j’ai commencé à m’interroger sur ma propre vocation. L’atmosphère familiale, la joie, la liturgie m’ont touché. À l’issue de mes cinq années d’études de droit, je l’ai rejoint au séminaire. Il a fallu que nos parents renoncent à avoir des petits-enfants : ce fut un gros sacrifice pour eux.
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D’où vient l’idée de l’Ordre de saint Remi ?
F. Goupil : De ma vocation au sacerdoce. J’ai toujours été appelé à prier pour la France, et suis entré au Christ-Roi. Dévot à saint Michel, je l’ai senti m’appeler (mais sans vision ni apparition…) à fonder un chapitre de chanoines séculiers dédié à la prière pour la France au cœur de l’Institut. Face à la multiplication des croix en 2015, j’ai repensé à Jonas refusant d’accomplir sa mission, et m’en suis ouvert à mes supérieurs.
S. Goupil : Je ressentais le même appel, sans oser en parler ; j’étais persuadé que seule la prière pouvait sauver la France ; or aucune communauté de prêtres ou de religieux n’est consacrée à cela. Et la vie de chanoine séculier correspondait à ma vocation par sa collégialité, la vie liturgique et les études. Nous soignons notre vie spirituelle et chantons les offices à l’intention de la France.
F. Goupil : Nous sentions qu’il nous fallait accomplir cette œuvre pour le centenaire de Fatima. Mgr Wach décida de ne pas reconnaître le projet, tout en me laissant le proposer aux évêques. Mgr Rey nous a alors accueillis et pris à son service, puis a reconnu le Chapitre de Saint-Remi en dépit de nombreuses croix, signes de l’empreinte divine selon saint François de Sales. La Très Sainte Vierge les a levées une à une, c’est pourquoi nous l’avons proclamée « Reine de l’Ordre » et l’honorons particulièrement. Une fondation est une grande et magnifique aventure.
Je pensais d’abord consacrer l’Ordre à saint Michel. Mais nous l’avons finalement dédié à saint Remi au nom du baptême de Clovis, notre vocation étant d’œuvrer pour que la France reste fidèle aux promesses de son baptême comme l’y exhorta Jean-Paul II.
Quels sont les fondements de l’Ordre de saint Remi ? Y a-t-il un rapport avec l’ancienne abbaye de Saint-Remi, gardienne de la Sainte Ampoule ?
F. Goupil : Je pensais d’abord consacrer l’Ordre à saint Michel. Mais nous l’avons finalement dédié à saint Remi au nom du baptême de Clovis, notre vocation étant d’œuvrer pour que la France reste fidèle aux promesses de son baptême comme l’y exhorta Jean-Paul II. « Le peuple qui a fait alliance avec Dieu aux fonts baptismaux de Reims se repentira et retournera à sa première vocation », prophétisa saint Pie X.
S. Goupil : Nous avons pour mission d’y contribuer.
F. Goupil : Ce baptême marquait l’union des Gallo-Romains catholiques avec les Francs épousant la foi catholique. Dans son testament, saint Remi délivre bénédictions et malédictions sur la France, à travers sa race royale, bénie tant qu’elle sera fidèle à la Sainte Église. À chaque fois que ce ne fut pas le cas, la France fut châtiée. Nous avons choisi des armes symbolisant la prière (la croix) sur la France (les lys d’or sur fond d’azur). Elles se sont révélées ensuite être celles de l’abbaye de Saint-Remi.
S. Goupil : Nous y voyons un signe étonnant. Pour le clin d’œil, la croix d’or sur fond d’azur, très similaire, constitue le blason de la ville de Toulon. Nous avons débuté là où les meilleurs amis du Christ ont débarqué en Gaule, comme sainte Marie-Madeleine.
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Comment se déroule votre ministère ?
F. Goupil : Nous nous consacrons à la prière, à la liturgie traditionnelle et aux études. J’étudie le droit canonique, Sébastien approfondit sa théologie. Nous sommes au service de la curie diocésaine et assurons aussi la direction spirituelle des fidèles. La formation continue nous permet d’assurer ces tâches et de préparer la formation de nos candidats. Le but est aussi de former une amitié surnaturelle avec d’autres prêtres et de permettre aux laïcs qui le souhaitent de nous rejoindre. Notre fondation tend à restaurer ce clergé séculier non-paroissial disparu à la Révolution. C’est une vocation à plein temps, porteuse d’insoupçonnées richesses. Nous sommes là pour « dilapider » tous les trésors de l’Église aux fidèles.
Méditons donc sur ce que firent alors les premiers Chrétiens. Saint Pierre, le pape, renie trois fois le Christ, les évêques l’abandonnent collégialement : il ne reste qu’un seul prêtre fidèle. Au pied de la Croix : la Très Sainte Vierge évidemment, de saintes femmes, des saints laïcs Nicodème, Joseph d’Arimathie qui demande courageusement le corps du Christ à Pilate. Chacun à sa place a fait ce qu’il a pu, bien souvent héroïquement.
Que vous inspirent les idolâtries romaines et les débats du synode de l’Amazonie ?
F. Goupil : Il y a parfois une nécessité à résister. Saint Michel a réagi face à son supérieur Lucifer lorsque celui-ci désobéit au supérieur suprême, Dieu lui-même ! Les catholiques sont tant habitués à l’obéissance qu’ils en viennent parfois à mal l’appliquer. La grande sainteté, héroïque, de saint Michel fut de s’opposer au premier révolutionnaire en rappelant à son supérieur : quis ut Deus ? Quand Dieu est bafoué et n’est plus obéi, même au bas de l’échelle, il nous faut répondre comme l’Archange. Le petit vicaire ou la femme de ménage ne vont pas forcément donner des leçons aux supérieurs hiérarchiques mais ils peuvent déjà faire réparation en consolant le Sacré-Cœur et le Cœur Immaculé de Marie. Il faut respecter en premier le premier Commandement ! Il n’y a pas à polémiquer, seulement à choisir le bon Dieu. Les temps sont terribles mais faut-il s’étonner que le démon s’attaque au siège et cœur de la Chrétienté ? Sœur Lucie a annoncé que les combats des derniers temps porteraient sur la famille et la vie, aujourd’hui si attaquées. Nous entrons dans les ténèbres, le Vendredi Saint. Méditons donc sur ce que firent alors les premiers Chrétiens. Saint Pierre, le pape, renie trois fois le Christ, les évêques l’abandonnent collégialement : il ne reste qu’un seul prêtre fidèle. Au pied de la Croix : la Très Sainte Vierge évidemment, de saintes femmes, des saints laïcs Nicodème, Joseph d’Arimathie qui demande courageusement le corps du Christ à Pilate. Chacun à sa place a fait ce qu’il a pu, bien souvent héroïquement. Sainte Véronique ne pouvait rivaliser avec les soldats : elle traverse pourtant la foule et essuie le visage bafoué et sali du Seigneur. À nous de nous préparer, par la fidélité dans les petites choses quotidiennes, à accomplir, si Dieu le veut, des actes héroïques au moment voulu, dans le secret ou sous les projecteurs. Nous préférerions tous vivre l’entrée triomphale à Jérusalem, mais ce n’est pas ce que Dieu nous demande aujourd’hui : il nous faut être fidèles, des âmes consolatrices, les saints du troisième millénaire, comme le demandent les papes. Nous avons à luire et briller dans ces ténèbres.
S. Goupil : Nous exhortons les fidèles à garder l’essentiel : la paix de l’âme. La pratique des sacrements, la prière, la doctrine traditionnelle : nous avons tous les outils pour nous sanctifier à notre place. L’Église, malgré l’indignité de certains dignitaires, donne toujours les moyens de se sanctifier.
Propos recueillis par Élodie Pérolini
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