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Omar Sy, retour vers le futur

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Publié le

20 février 2020

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Parce que la pop culture, malgré ses joyaux, est avant tout une sous-culture de masse, il ne faudrait pas oublier de prendre du recul et de la gifler tous les mois. L’Incorrect tient à votre hygiène mentale, voici la rubrique Antipop.

 

 

Californie, février 2027. Il est 8 h 30 et un ciel lumineux, d’un rose presque fluorescent, s’effiloche au-dessus de la skyline de Los Angeles. Omar jette un regard mélancolique vers la ville déployée à ses pieds. Il se sent bien loin de l’agitation qui règne en contrebas, perché dans cette jolie villa d’architecte qu’il a rachetée pour une bouchée de pain à la veuve de Seth Green, tragiquement happé par un camion quelques mois plus tôt. Omar aimait bien Seth, mais il a eu du mal à éprouver quelque chose de concret en apprenant la nouvelle : ici, dans cette Californie qui ressemble de plus en plus à un songe de silicium, rien n’est jamais vraiment grave. Est-ce le privilège de l’upper class, cette appréhension ouatée du destin ? Omar n’en sait rien.

Pour lui, l’ascenseur social s’est mué en une sorte de catapulte et il n’a jamais vraiment compris pourquoi.

CATAPULTE SOCIALE

Il repense rarement au passé, à la France si lointaine, sans un léger pincement au cœur. Pas de la nostalgie, non, au contraire une légère honte quant à cette extraction pénible, quant à ces années passées à faire rire les médiocres dans de petites pastilles télévisuelles qu’il n’arrive plus à regarder sans éprouver immédiatement une douloureuse pitié pour lui-même. Il est le fruit d’un monde disruptif, pense-t-il avec rouerie. Pour lui, l’ascenseur social s’est mué en une sorte de catapulte et il n’a jamais vraiment compris pourquoi. Un peu plus bas, derrière la piscine, Dadjad est en train de passer la tondeuse. Il est bien ce Dadjad, un Arménien discret, un peu ombrageux, mais d’une efficacité redoutable.

 

Lire aussi : La semaine ciné de L’Incorrect : Le prince oublié

 

BLACK WASHING ET FONDS VERTS

Omar est arrivé très tôt en Californie, dès les années 2000. Si les filles se sont immédiatement bien acclimatées, pour lui ce fut un peu différent. Il a eu vite l’impression de faire le tapin. L’Amérique ne s’était pas donnée à lui. Quant à la France, après la catastrophe industrielle de son dernier film hexagonal, Le Prince Oublié, elle ne lui avait jamais pardonné son départ. Et puis, il y avait eu cette série Netflix, Arsène Lupin, torchée par un showrunner dont il avait oublié le nom et qui devait aujourd’hui cachetonner pour la trentième saison de Plus Belle la Vie. Ça aurait dû marcher, pourtant, on était encore en pleine mode du révisionnisme racial, du black washing à tendance hystérique. Las, ça ne prenait déjà plus.

La grande bulle de récession de 2025 avait touché tous les secteurs, mais surtout l’audiovisuel. Hollywood crevait à petit feu, éreinté par la concurrence chinoise. Et dans la belle villa d’Omar, le téléphone avait cessé de sonner.

Les gens n’étaient plus dupes. Qui avait envie de voir un ersatz bantou du personnage de Maurice Leblanc virevolter dans un univers factice entièrement constitué de fonds verts et donnant la réplique à une Ludivine Sagnier en pleine descente de Citalopram ? À vrai dire, personne : la série fut un four complet, d’autant qu’à l’époque on commençait déjà à critiquer Netflix pour sa fâcheuse tendance à vouloir javéliser l’intégralité de l’imaginaire collectif. La grande bulle de récession de 2025 avait touché tous les secteurs, mais surtout l’audiovisuel. Hollywood crevait à petit feu, éreinté par la concurrence chinoise. Et dans la belle villa d’Omar, le téléphone avait cessé de sonner. Près de la piscine, Dadjad vient d’arrêter la tondeuse pour s’accorder une minute de pause. Le soleil perce timidement derrière une lourde panse de nuages. Omar soupire : la journée sera longue.

 

 

Marc Obregon

 

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