[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1584001296598{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]
Considéré comme « l’avocat des caïds », maître Pandelon raconte dans La France des caïds (Max Milo), écrit avec le journaliste Paul-François Paoli, l’effrayante réalité du grand banditisme français d’aujourd’hui : entre trafic de stups et islamisme, l’État est selon lui aujourd’hui totalement impuissant face à ce phénomène mafieux.
La France des caïds révèle un monde dont on soupçonne l’existence mais sans imaginer qu’elle soit si terrible. Comment l’avez-vous rencontré ?
Je crois que c’est en effet un ouvrage original. Nous ne nous sommes pas contentés de commenter les informations qui nous ont été transmises. Nous sommes d’abord allés enquêter sur le terrain pendant neuf mois, dans les quartiers nord de Marseille mais aussi en Île de France, à Vaulx-en-Velin, et dans le quartier du Mirail à Toulouse. Ensuite, nous avons commencé à écrire, en essayant de montrer que le narcobanditisme est un phénomène très complexe et très difficile à élucider. Ce néobanditisme met en lumière une crise presque définitive de l’État, quand bien même M. Macron dirait qu’il y aurait des raisons d’espérer avec un nouveau plan Castaner. Mais il faut admettre que le narcobanditisme est aujourd’hui plus fort que l’État : c’est une réalité, un fait brut qu’il faut accepter. Vous aurez observé que quelques Gilets jaunes non-armés ont pu mettre la France sens dessus dessous. Imaginez dix fois plus de personnes, armées jusqu’aux dents. Il faut savoir que dans certains quartiers, au Mirail, à Grigny, on est armé dès quinze ans, avec des 9 millimètres, des kalachnikovs, des 357 magnums, et que le prix d’un homme, c’est 500 €. Il faut admettre que dans ces lieux le narcobanditisme a pris le relais de l’État.
Lire aussi : Alain Bauer : « On assiste à une tiers-mondisation de la police »
Imaginez-vous qu’il puisse y avoir une sorte de révolution du narcobanditisme, au cours de laquelle celui-ci serait confronté aux forces de l’ordre ?
Je crois que la guerre civile nous pend au nez si l’on essaie de réguler les trafics. Si l’on veut conserver la paix sociale, il est, en la matière, urgent de ne rien faire. Lorsque je dis ça, cela soulève des tollés de mécontentement, parce qu’on voudrait que je propose d’envoyer l’armée ou quelque chose du genre. Cela ne ferait que déplacer le problème, outre le fait qu’il faudrait le faire dans toutes les cités de France. Nous n’avons pas les moyens de le faire, à supposer qu’on en ait les compétences. Et il n’est même pas sûr que nous ayons le courage de le faire. Pour cela, il faudrait que nos hommes politiques soient des hommes d’État. Les « hommes-politiques », il y en a beaucoup. Les hommes politiques, on en cherche un depuis de Gaulle.
La démocratie moderne, son synonyme c’est la lâcheté. Elle permet cependant une pacification des relations sociales et politiques. Nicolas Baverez utilise le terme de démocrature. Peut-être faudrait-il utiliser les méthodes de la démocrature, qui sont celles de M. Poutine, ne serait-ce que pour un temps limité.
Qu’aurait-fait de Gaulle dans cette situation ?
De Gaulle aurait imposé une autorité minimale de l’État. Il n’aurait pas autorisé que se développe ce type de trafic. La question qui se pose – et elle n’est pas politiquement correcte – est la suivante : doit-on laisser prospérer ces trafics ou doit-on employer des moyens qui ne soient pas de la plus grande des gentillesses ou qui ne soient pas nécessairement bien vus dans une démocratie moderne ? La démocratie moderne, son synonyme c’est la lâcheté. Elle permet cependant une pacification des relations sociales et politiques. Nicolas Baverez utilise le terme de démocrature. Peut-être faudrait-il utiliser les méthodes de la démocrature, qui sont celles de M. Poutine, ne serait-ce que pour un temps limité. J’observe avec intérêt qu’il n’y a pas de Grigny la-Grande-Borne chez Poutine, qu’il n’y a pas de Vaulx-en-Velin-Vénissieux en Russie. Manifestement, les Russes ne sont pas si malheureux que ça puisqu’ils continuent à le plébisciter. Nos frontières sont des passoires, il faut oser le dire. Je défends une centaine de trafiquants, entre la France et le Maroc. Ils n’ont aucun problème à écouler leur marchandise en France. Lorsque l’OCTRIS (Office Central pour la Répression du Trafic Illicite des Stupéfiants) fait une saisie, ça fait les gros titres. Mais c’est une saisie pour 99 cargaisons qui passent sans problème.
Lire aussi : Victimisme, justice et tribunaux
Est-ce qu’on ferme les yeux ?
Encore une fois, il y a un peu de tout. Il y a de l’incompétence. Peut-être que certains douaniers, sans être corrompus, sont moins regardants que d’autres. Ce que je peux vous dire, c’est que les chiffres n’ont jamais baissé, au contraire ils ont explosé de manière exponentielle. On peut se poser la question de la compétence de nos autorités, c’est la moindre des choses.
La seule chose qui pourrait porter atteinte au trafic, sans aller jusqu’à l’assécher, serait de supprimer les espèces. Le problème est que, si vous supprimez les espèces, comme beaucoup de gens en France ont un second métier payé en espèces, il y aura beaucoup de mécontents. Ceux-là aussi vont descendre dans la rue.
La libéralisation du trafic de cannabis changerait-elle quelque chose à la situation ?
Si on fait cela, on va changer de délinquance : les voyous feront dans la carte bancaire, dans les faux papiers, etc. Ils vont juste changer de spécialité. La seule chose qui pourrait porter atteinte au trafic, sans aller jusqu’à l’assécher, serait de supprimer les espèces. Le problème est que, si vous supprimez les espèces, comme beaucoup de gens en France ont un second métier payé en espèces, il y aura beaucoup de mécontents. Ceux-là aussi vont descendre dans la rue. Il n’est pas sûr que le jeu en vaille la chandelle.
Sarkozy avait au moins compris l’ampleur du problème. Je ne dis pas qu’il ait mieux réussi que les autres, mais il avait compris et il avait une authentique volonté d’agir. Il a malheureusement échoué pour toutes les raisons que j’ai énumérées plus haut.
Nicolas Sarkozy avait parlé d’éliminer ces voyous au kärcher. Pourquoi n’a-t-il pas accordé ses actes avec ses propos ?
Il faut tout de même rendre à César ce qui appartient à César. Sarkozy avait au moins compris l’ampleur du problème. Je ne dis pas qu’il ait mieux réussi que les autres, mais il avait compris et il avait une authentique volonté d’agir. Il a malheureusement échoué pour toutes les raisons que j’ai énumérées plus haut.
Un caïd de cité, un membre du grand banditisme corse ou un escroc en col blanc sont tous des délinquants mais ils ne relèvent pas du même personnel pénal. Comme cas emblématique, je pense à l’affaire Spaggiari à Nice.
Vous avez défendu à peu près deux cents bandits. Pouvez-vous nous parler des cas les plus marquants ?
Il faut déjà s’entendre sur les termes. Un caïd de cité, un membre du grand banditisme corse ou un escroc en col blanc sont tous des délinquants mais ils ne relèvent pas du même personnel pénal. Comme cas emblématique, je pense à l’affaire Spaggiari à Nice. J’étais trop jeune pour être avocat, mais j’ai fini par défendre celui qui s’est autoproclamé comme le véritable auteur du casse de Nice, Jacques Cassandri. Dans cette affaire de recel et de blanchiment d’argent, les liens entre les caïds des cités et le grand banditisme corso-italien étaient particulièrement intéressants. Ce qui a attiré mon intérêt est aussi la question de l’aveu. Quelle est la valeur pénale de l’aveu ? Est-il une vérité ? Constitue-il le début ou la fin du procès ? Cassandri va non seulement avouer les faits verbalement mais il va écrire un livre où il avoue être l’auteur du casse. Il a été placé à ce titre en garde à vue avant de payer une caution très importante pour être élargi. Je réussirai malgré les aveux à le faire relaxer. Au fond, contrairement à ce qu’on a cru pendant des années, l’aveu n’est pas le signe de la vérité, c’est autre chose. La vérité de l’aveu est très évolutive, les aveux lors de l’instruction n’ont pas la même valeur que les aveux de procès. Cassandri a dit le jour du procès qu’il n’en était pas l’auteur, mais qu’il l’avait revendiqué pour être reconnu comme le père de ce casse qui avait fait une telle sensation.
Lire aussi : Aïssa Maïga et Fally Ipupa : brûle France, brûle
Diriez-vous que vos clients vous accordent une confiance absolue ? Êtes-vous reconnu comme le défenseur des caïds ?
Je ne peux pas vous le dire, je m’exposerais à des poursuites dans ce cas. Je suis en tout cas très sollicité par ces caïds, et de plus en plus sur des affaires d’islamobanditisme. Il y a d’une part le narcobanditisme, mais il semble que ce sont de plus en plus les islamistes qui donnent les ordres. Le donneur d’ordre, c’est le barbu, et l’exécutant c’est le caïd de cité. La suite des parrains corses à l’ancienne des années 70, ce sont les islamistes. Ce sont eux qui ont l’argent et qui décident.
Dans le milieu du banditisme, ils se balançaient tous en fait. Paradoxalement, ce sont les nouveaux bandits qui ne se balancent pas parce qu’ils sont tenus par la communauté arabo-musulmane où l’on doit une vérité absolue à l’intérieur de la communauté, mais où l’on ne la doit pas à ceux qui y sont extérieurs. Et vous aurez observé que les officiers de police judiciaire, les parquetiers ou les juges d’instruction sont rarement arabo-musulmans.
Vous semblez regretter l’époque où les bandits ne touchaient pas à la drogue et étaient des hommes d’honneur…
Oui. Permettez de moi de nuancer quelque peu votre propos : je crois que le bandit d’honneur, celui qui ne balance pas, c’est un mythe. Dans le milieu du banditisme, ils se balançaient tous en fait. Paradoxalement, ce sont les nouveaux bandits qui ne se balancent pas parce qu’ils sont tenus par la communauté arabo-musulmane où l’on doit une vérité absolue à l’intérieur de la communauté, mais où l’on ne la doit pas à ceux qui y sont extérieurs. Et vous aurez observé que les officiers de police judiciaire, les parquetiers ou les juges d’instruction sont rarement arabo-musulmans. Rappelez-vous de l’affaire Foued Ali Saleh, ce terroriste tunisien qui avait commis des attentats dans les années 1980 : il avait dit au tribunal de Paris qu’il ne devait pas la vérité aux enquêteurs car ces derniers étaient des impies. Ses avocats sont restés dans le box et n’ont pas pu plaider. Mes clients, qui sont pour la plupart des Français de tradition musulmane, me disent de me débrouiller en sachant qu’ils ne parleront pas.
Il faut savoir qu’en France, dès qu’on n’est pas pro-arabe, on est raciste. Tout de suite, la LICRA et compagnie vous tombent dessus. Bon, à la LICRA, ce ne sont pas les plus virulents, j’en connais quelques-uns, il s’y trouve des gens intelligents.
Comment expliquez-vous le traitement doux pour certains petits caïds ?
En France, même si la liberté d’expression existe, il faut faire très attention à ce qu’on dit pour ne pas être taxé de racisme ou autre. Il faut savoir qu’en France, dès qu’on n’est pas pro-arabe, on est raciste. Tout de suite, la LICRA et compagnie vous tombent dessus. Bon, à la LICRA, ce ne sont pas les plus virulents, j’en connais quelques-uns, il s’y trouve des gens intelligents. Mais il existe tout de même une forme d’OPA sur la pensée, un lobby de la pensée. D’ailleurs avec les fichiers numériques, les libertés sont de plus en plus menacées.
Pouvez-vous nous parler plus en détail de l’affaire « Rantanplan » ?
Il s’agit d’un homme politique de droite de premier plan. Ce maire utilisait les caïds des cités pour calmer les ardeurs de son adjoint. Ces caïds n’étaient même pas envoyés par lui-même mais par l’opposition de gauche à laquelle il était allié. Ces caïds ont séquestré cet adjoint un peu trop zélé qui voulait appliquer une vraie politique de droite. Il s’avère que j’ai connu cette affaire parce que la personne qui a commis la séquestration a été mon client pendant dix ans. Il est malheureusement tombé sous les balles en 2008.
Lire aussi : Quillette, aux antipodes de la bien-pensance
Les voyous seraient-ils plus nombreux à droite ?
La voyoucratie est la chose du monde la mieux partagée. Elle est souvent liée aux partis institutionnels, car ils ont de l’argent. Les partis qui sont encore considérés, à tort ou à raison, comme anti-systèmes, ne bénéficient pas des mêmes mannes financières et sont moins exposés à ce mélange des genres entre banditisme et politique. Il ne vous aura pas échappé que traditionnellement, c’est le RPR le parti du grand banditisme en France. C’est un secret de polichinelle. Le SAC, c’était du recyclage de voyous. Pasqua, ce n’était pas nécessairement une oie blanche, il connaissait beaucoup de monde. Le grand banditisme a eu partie liée avec le gaullisme, qu’on le regrette ou non. Même si Mitterrand n’était pas innocent non plus. Mais lui n’était pas de gauche mais d’extrême droite.
Moi je m’intéresse à la complexité de l’humain. Je vois par exemple défiler dans mon cabinet des gens qui sont présumés issus de l’islamobanditisme tout en sortant des grandes écoles de la République. Ils n’ont pas du tout le profil des caïds des cités de Grigny. Ce sont ces gens-là, qui sont très brillants, que l’on se retrouve maintenant à défendre.
Diriez-vous finalement que vous êtes fasciné par ces bandits ?
Non, j’ai une fascination pour la matière pénale. Et je suis fier de moi quand j’arrive à faire acquitter un innocent. Parce qu’il arrive que certains de ces accusés le soient. Il y a de la joie dans la matière pénale. Je ne vois pas où est la joie dans un tribunal administratif. J’aime aussi ce domaine car c’est là qu’il faut se battre. L’avocat a tout le monde contre lui, l’enquête de police, le parquet, le juge d’instruction, les médias le cas échéant. Toutes les parties de l’accusation ne forment en fait qu’un seul et même bloc et l’avocat arrive dans cette jungle où il est écrasé. Les syndicats sont un des derniers contre-pouvoirs dans le pays. Les syndicats ne servent plus à rien sauf à semer davantage l’anarchie. L’avocat est l’un des derniers à pouvoir se lever et dire : « ça suffit ! » L’avocat est par nature schizophrénique. Si vous pensez exactement la même chose que ceux que vous êtes chargés de défendre, il faut changer de métier. Moi je m’intéresse à la complexité de l’humain. Je vois par exemple défiler dans mon cabinet des gens qui sont présumés issus de l’islamobanditisme tout en sortant des grandes écoles de la République. Ils n’ont pas du tout le profil des caïds des cités de Grigny. Ce sont ces gens-là, qui sont très brillants, que l’on se retrouve maintenant à défendre.
Propos recueillis par France Davaine
[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]





