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Anne-Isabelle Tollet, pour Bibi

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Publié le

17 mars 2020

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La vocation de journaliste d’Anne-Isabelle Tollet lui a été inspirée le soir du 9 novembre 1989. Anne-Isabelle regarde, fascinée, l’histoire basculer sous ses yeux. « C’est extrêmement simple », se remémore-t-elle : « Je veux en être ».
PortraitsAnne-Isabelle_Tollet

 La sensation qu’elle a ressentie à ce moment-là a submergé un vague désir de devenir avocate. Deux événements cathodiques vont consolider cet appel: « La première guerre du Golfe, avec Michèle Cotta qui commente inlassablement des images vertes jusqu’au bout de la nuit. Et enfin la retransmission en direct du procès de Ceausescu. Tout le monde autour de moi s’en fichait. Alors je voulais y aller, être le témoin privilégié de l’histoire, et la transmettre au plus grand nombre ».

Comment une demoiselle sarthoise, rêvant d’aventures dans les couloirs du tranquille lycée Notre-Dame de La Flèche, s’y est-elle prise pour intégrer le cénacle des médias parisiens ? Anne-Isabelle vit comme si elle était un personnage de la comédie humaine qu’elle aime tant: « J’ai fait le CFPJ, et enfoncé la porte d’i>Télé ». Nous sommes en 1999, et la toute nouvelle chaîne venait de terminer sa campagne de recrutement. « Qu’à cela ne tienne, donnez-moi une caméra et je reviens dans deux heures avec un reportage! » Touchée par cet entrain, la chaîne invite Anne-Isabelle à un casting trois jours plus tard pour devenir… présentatrice. « Mais je ne veux pas devenir présentatrice, je veux devenir reporter! » La seule étudiante de l’histoire du journalisme qui n’avait pas envie d’être présentatrice le devient malgré elle dès sa sortie d’école. Mais pas sans négocier : elle fait promettre au directeur général Christian Dutoit de la faire passer reporter un an plus tard. À peine lui arrache-t-il la promesse de rester présentatrice joker.

Son reportage rencontre un certain succès, si bien qu’elle y repart dans de meilleures conditions, et un vingt-six minutes à réaliser. Ce reportage est sélectionné aux Emmy awards, l’équivalent journalistique des Oscars. Elle entrait dans une autre dimension.

Mais Paris ne lui suffit pas, et le Kosovo s’embrase. i>Télé n’a pas un franc à consacrer à un reportage : jamais à court d’idées, elle contacte l’Armée, se fait embarquer en Transall, puis héberger dans une base avancée. Son reportage rencontre un certain succès, si bien qu’elle y repart dans de meilleures conditions, et un vingt-six minutes à réaliser. Ce reportage est sélectionné aux Emmy awards, l’équivalent journalistique des Oscars. Elle entrait dans une autre dimension.

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Mais c’est plus fort qu’elle, il faut qu’elle se mette en danger. Dès que sa vie commence à ronronner, il faut qu’elle se trouve un défi. Depuis les locaux de Canal +, on peut voir les locaux de France télévision: elle franchit la Seine comme on franchit le Rubicon, direction France 2, puis France 24. Là encore, on lui propose de prendre l’antenne, mais elle préfère les reportages en Afghanistan et la couverture sur place du tsunami de 2004. Jusqu’au jour où France 24 lui propose d’ouvrir un bureau au Pakistan. Son mari militaire prend un congé sans solde et apprend à tenir une caméra. Aucun Européen ne peut sortir indemne d’un tel séjour: « Dans certaines maisons, il y a des piles de journaux du sol au plafond. Les habitants ont peur de les jeter, parce que si quelqu’un les voit jeter un papier sur lequel est écrit le nom du prophète (Muhammad est le prénom le plus donné dans le pays), il peut être convaincu de blasphème ». Ce délit sert de prétexte pour les plus basses des vengeances entre voisins, parents, collègues ou villageois. C’est pour un blasphème imaginaire qu’une habitante du Pendjab est incarcérée et condamnée à mort en 2009. Elle s’appelle Asia Bibi.

C’est le début d’une campagne internationale de très grande envergure, vite relayée par Benoît XVI. Pour raconter au monde l’histoire d’Asia Bibi et ce qu’est la vie dans un pays gangrené par l’islamisme, elle écrit en 2011 Blasphème, son premier livre.

Anne-Isabelle Tollet s’entend bien avec le ministre des minorités, Shahbaz Bhatti. Ce catholique fervent enjoint à cette athée de médiatiser l’affaire, unique moyen de sauver Asia Bibi de la pendaison. C’est le début d’une campagne internationale de très grande envergure, vite relayée par Benoît XVI. Pour raconter au monde l’histoire d’Asia Bibi et ce qu’est la vie dans un pays gangrené par l’islamisme, elle écrit en 2011 Blasphème, son premier livre. Hélas, ce livre lui vaut des menaces de mort qui l’obligent, elle et sa famille, à quitter le Pakistan. Les menaces de mort vont suivre un temps Anne-Isabelle Tollet en France et la DGSI doit garder un œil attentif. Shahbaz Bhatti est assassiné la même année. Mais ce sang, ces prières et ces débats sont féconds. En octobre 2018, le procureur de la Cour suprême du Pakistan ouvre une séance avec ses mots: « Le monde entier nous regarde. Que la justice que nous rendrons soit à la hauteur! » Asia Bibi est acquittée mais doit être exfiltrée avec sa famille car elle ne peut vivre nulle part en sécurité au Pakistan. Elle habite désormais au Canada dans un lieu tenu secret.

Entretemps, l’affaire Asia Bibi a fait jurisprudence : il y a quelques semaines, elle a appris aux informations que quarante chrétiens accusés de blasphème ont été libérés par la cour de Lahore, chose impensable il y a encore quelques années. Un sourire s’est alors dessiné sur ses lèvres. C’était juste avant l’affaire Mila.

Anne-Isabelle, qui vient de publier un dernier livre sur l’affaire : Enfin libre! (Le Rocher), est aujourd’hui rédactrice en chef à Cnews, un travail qui ressemble à celui de chef d’orchestre, le micro-oreillette remplaçant la baguette. Entretemps, l’affaire Asia Bibi a fait jurisprudence : il y a quelques semaines, elle a appris aux informations que quarante chrétiens accusés de blasphème ont été libérés par la cour de Lahore, chose impensable il y a encore quelques années. Un sourire s’est alors dessiné sur ses lèvres. C’était juste avant l’affaire Mila.

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