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Face au coronavirus: un exécutif faible

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Publié le

13 avril 2020

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Faites ce que je dis, pas ce que je fais ». Du rapport de l’État à l’exemple et à la gouvernance d’un pays. Mensonge, désinvolture et incohérence de Macron et de ses sbires, en situation de crise. De quoi nous rassurer.

 

« Je vous demande de bien vouloir comprendre qu’il ne sera désormais plus possible de vous déplacer comme vous avez l’habitude de le faire ». Une formulation qui résume à elle seule la praxis de l’exécutif français face à la pandémie de covid-19. Inciter et suggérer plutôt que commander. Cette méthode de gouvernance vient du monde de l’entreprise anglo-saxon et porte le nom de « théorie du nudge ». Est-ce bien raisonnable en pareille période ? Le paternalisme libéral est la meilleure dénomination possible pour qualifier la gouvernance macronienne. L’objectif est de pousser les citoyens à adopter des comportements vertueux en suscitant une prise de conscience plutôt qu’en les obligeant. Lors de son allocution du 12 mars sur l’expansion du covid-19 en France, le Président y a eu recours.

Il n’a pas défini ce que serait un éventuel confinement et a tenté de rassurer les Français, tout en cherchant à leur faire comprendre que la situation était grave. Le résultat ne s’est pas fait attendre : personne – ou presque – n’a alors compris ce qu’il fallait faire. Emmanuel Macron s’est lui-même contraint à tenir un discours alambiqué et ridiculement paternaliste – appelant les Français à profiter de moments en famille et à lire pendant cette période de confinement, mot qu’il n’avait toujours pas prononcé – parce qu’il s’est longtemps refusé à dire la vérité aux Français. En effet, à peine cinq jours auparavant, il se montrait au théâtre.

 

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Bravant le virus en matamore, comme si la tournure des événements ne l’inquiétait pas plus que ça. Illisible, confuse et sans direction, la stratégie de l’exécutif a souffert des atermoiements de ses concepteurs. Une stratégie, on le sait, doit répondre à un objectif stratégique. Dans cette « guerre » sans belligérant autre que la nature dans sa cruelle nudité, le seul objectif stratégique valable est de sauver la vie d’un maximum de Français. Surtout, c’est une vieille doctrine de la santé publique, se refuser à ce que des morts évitables et des morts inacceptables surviennent. Pourquoi le gouvernement, Édouard Philippe en tête, a-t-il tenté d’échapper la réalité ?

Peut-être parce qu’il a trop fait confiance aux « experts », à la parole sacrée des « sachants » qui avaient bien du mal à admettre que le covid-19 pourrait franchir massivement les frontières de l’Europe et provoquer une pandémie historique. Nous avons cru notre pays à l’abri, protégé des affres asiatiques. Résultat, nous avons été insuffisamment préparés. En ne prenant pas au sérieux la menace, nous avons négligé des points fondamentaux pour luter contre une pandémie liée à une maladie attaquant les voies respiratoires.

 

 

Premièrement, nous avons découvert que nous manquions de tout, à commencer par de très communs masques de protection, non pas simplement pour la population mais aussi pour les soignants hospitaliers et les médecins de ville sur lesquels la charge de la maladie a été déportée. À eux de diagnostiquer les contaminés et de les renvoyer à la maison avec trois paquets de dolipranes sous le bras, puisque nous ne pouvons dépister que les cas les plus sévères. Au pouvoir politique d’expliquer et de rassurer les familles inquiètes, y compris en mentant éhontément. Sibeth N’Diaye s’en est fait une spécialité, affirmant que les Italiens géraient mal la crise ou que les masques ne servaient à rien, ce qui est de toute évidence faux et en contradiction avec les principes donnés par l’Agence nationale de la santé avant le déclenchement de l’épidémie.

Charge aussi au pouvoir de câliner les Français en leur demandant d’être de bons petits citoyens, avant de les contraindre par la loi. Que de temps perdu. Pour éviter ce grotesque spectacle, il eut pourtant suffi à Emmanuel Macron de dire aux Français précisément à quoi ils allaient devoir faire face et de leur donner des ordres impératifs. De donner ces mêmes ordres aux ministres du gouvernement Philippe, afin qu’ils ne se contredisent pas en permanence. Les exemples de Jean-Michel Blanquer et de Muriel Pénicaud montrent clairement la confusion régnant dans les allées du pouvoir sur la nature réelle du confinement et les sacrifices qu’il nous oblige à faire. Prenons un cas concret rapporté: les services psychiatriques n’ont pas de masques ni de gel hydroalcoolique en quantité suffisante.

 

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C’est assez logique, considérant qu’ils ne sont pas en première ligne. Mais il suffirait d’un cas de covid-19 pour que tous les patients et tous les soignants soient contaminés. Les hôpitaux psychiatriques accueillent des patients qu’on ne peut pas lâcher dans la nature et il sera difficile de leur faire prendre conscience de l’intérêt des « gestes barrières », cache-sexe du manque de moyens de l’État français pour affronter une épidémie. La France est dans la même situation. Le pouvoir exécutif n’a pas su protéger et préparer psychologiquement les Français. Son paternalisme libéral est un échec manifeste, un aveu d’impuissance. En situation de crise, il ne faut pas recommander: il faut commander, interdire. Il faut que l’incitatif cède la place à la parole impérative.

Il ne faut pas non plus multiplier les injonctions contradictoires. N’est-il pas ubuesque de demander aux personnes fragiles de rester à la maison, de sermonner toute la population qui a profité du dimanche 15 mars pour aller se promener, tout en insistant pour que les Français aillent voter? Emmanuel Macron et ses conseillers, en plus de manquer d’autorité, ont fait montre d’une désinvolture et d’un cynisme abjects. Ils ont choisi le « diviser pour mieux régner » en faisant en sorte que les Français désignent du doigt les Parisiens qui ont fui leurs placards à balais plutôt qu’en assumant leurs responsabilités dans le chaos que nous vivons. À en croire L’Obs, la cote d’Emmanuel Macron « bondirait », portée qu’elle serait par la « gestion de la crise sanitaire ». Pétain était extrêmement populaire après la signature de l’armistice. Le réflexe légitimiste bénéficie à plein aux détenteurs du pouvoir pendant une crise majeure. Mais c’est à la fin du bal qu’on paie les musiciens. Le réveil sera brutal pour le père défaillant.

 

Par Gabriel Robin

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