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Culture en confinement

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Publié le

25 avril 2020

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En cette période difficile, où les librairies et les salles de spectacle, de concert et de cinéma sont fermées, L’Incorrect est allé chercher quelques conseils de survie auprès d’artistes à notre goût.

 

 

SAMUEL BRUSSELL – ÉCRIVAIN, ÉDITEUR

 

Un conseil de lecture pour nos lecteurs confinés ?

 

La Bible, qui embrasse tous les genres: poétique, prophétique, historique, messianique ; c’est une excellente occasion de s’affranchir du tabou de la religion, savamment entretenu par les geôliers de l’esprit, afin de museler toute tentative de libération de l’homme, de le maintenir dans un état de servitude propre au dogme de la société matérialiste, qui nie l’essence de l’être. Les livres de l’Ancien et du Nouveau Testaments sont d’excellents antidotes au poison de l’idolâtrie qui nous a tous syphilisés. Maurice Samuel, dans son livre La Grande Haine a donné toute la mesure de ce livre fondamental avec le chapitre « La déclaration de l’humain »: « Pendant deux mille ans, écrit-il, le monde occidental a nourri en son sein l’idée philosophique que la destinée humaine était fondée sur le refus de la violence. La source littéraire de cette philosophie est le texte le plus admirable, le plus poignant, le plus fascinant, et aussi le plus lu de toute la civilisation occidentale; un texte dont la qualité transcende la dimension littéraire, au point d’en faire un acte spirituel suprême. De ce corpus de récits populaires, de dogme et d’histoire émerge ce que j’appellerais une déclaration de l’humain, autrement dit l’affirmation du primat de l’individu, du caractère sacré de chaque âme humaine – essence précieuse, singulière, unique, qui ne saurait être réduite à une vulgaire terminologie statistique ».

Un avertissement donné à l’homme : « Ne te crois pas un dieu ».

Comment vivez-vous cette période et dans quelles conditions ?

 

Je redécouvre le miracle de la vie, le bonheur de l’amitié, la beauté de la nature, la grandeur divine.

 

Quel est pour vous le sens de cette épidémie ?

 

Un avertissement donné à l’homme : « Ne te crois pas un dieu ».

 

Dernier livre paru: Mes 52 déménagements, avec Bernard Plossu (À côté) – S’apprête à publier: Continent’ Italia (Stock) et Alphabet triestin (La Baconnière)

 

 

PIERRE ROBIN – ÉCRIVAIN

 

Un conseil culture pour nos lecteurs confinés ?

 

Je conseille ce que j’aime, ce qui recouvre pas mal de choses en dépit de mon sectarisme. Je vais peut-être relire un tome du journal de Nabe (qui devrait être assez titillé par le Corona) ou Les Grandes Familles de Maurice Druon, ou un bouquin d’histoire militaire. En musique ce sera aussi bien Wagner ou la musique de cour de la Renaissance que Roxy Music ou les Sparks. Et ce sera le même éclectisme restreint en matière de cinéma, qui ne concernera, bien sûr, que des réalisateurs morts, de Fellini à André Hunebelle. Ce qui est certain, c’est que le confinement ne me fera pas sortir de ma fossilisation culturelle, amorcée dans les années 90…

Le silence et le vide, c’est objectivement contrecool, au temps d’Anne Hidalgo, de la fête de la musique, de Paris Plage et de BFMTV. Si j’osais une analyse plus politique, j’ajouterais que le corona a achevé de plomber l’ambitieux programme de « modernisation » libérale – déjà un rien « écorné » par les Gilets jaunes – de Macron président, lequel est désormais obligé de parler de nationalisations, de relocalisations et même de frontières (et là ça n’est pas seulement contrecool, c’est drôle).

Comment vivez-vous cette période et dans quelles conditions ?

 

Je vis cette période dans un mélange de satisfaction et de frustration: bon, Paris est désert ce qui lui va définitivement mieux au teint vu le (mauvais) genre de la rue contemporaine moyenne. Mais je ne peux évidemment pas jouir tout mon saoul de cette situation esthétique urbanistique exceptionnelle. J’ai tellement, et depuis si longtemps, souhaité voir les Champs-Élysées ou le Trocadéro sans âmes qui vivent ou consomment qu’à la limite, j’aurais mérité un permis exceptionnel de visite, je trouve.

 

Le coronavirus peut-il être qualifié de « contre-cool » ?

 

Le coronavirus est au moins contre-cool en ce sens qu’il met un terme – provisoire mais avec une ampleur historique sans précédent – notamment à Paris, au bougisme militant et moutonnier des habitants et de leurs édiles. Le silence et le vide, c’est objectivement contrecool, au temps d’Anne Hidalgo, de la fête de la musique, de Paris Plage et de BFMTV. Si j’osais une analyse plus politique, j’ajouterais que le corona a achevé de plomber l’ambitieux programme de « modernisation » libérale – déjà un rien « écorné » par les Gilets jaunes – de Macron président, lequel est désormais obligé de parler de nationalisations, de relocalisations et même de frontières (et là ça n’est pas seulement contrecool, c’est drôle).

 

 

Dernier livre paru: L’Esthétique contre-cool – Guide à l’usage de ceux qui veulent échapper à leur époque (Rue Fromentin)

 

 

Lire aussi : Le journal de confinement : un genre de merde

 

 

WALTER – HUMORISTE

 

Un conseil culture pour nos lecteurs confinés ?

 

Je n’ai jamais compris ces gens qui, sur une plage, lisent des choses légères. Qu’ils le fassent durant l’année parce qu’ils sont épuisés en rentrant du boulot, je l’entends, mais pendant leurs vacances, c’est justement le moment d’aborder des choses exigeantes puisqu’on possède la disponibilité pour le faire ! Dans cette période de confinement, je pense donc que c’est l’occasion de s’attaquer à de gros projets de lecture comme Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez ou Belle du Seigneur d’Albert Cohen. Vous pouvez aussi lire tout Céline par solidarité avec Adèle Haenel!

 

Comment vivez-vous cette période et dans quelles conditions ?

 

J’observe qu’il s’agit de la revanche de la Province sur Paris. Les Parisiens échangeraient volontiers leurs studios avec mezzanine dans le Marais contre une maison à Bar-le-Duc avec jardin et crottes de chien! Moi, je me suis barré sur une île thaïlandaise, chez des amis restaurateurs. J’en profite pour essayer d’apprendre à faire du montage sur mon Mac. Je vis une sorte de demi-confinement, au bord de la plage, doigts de pieds en éventail. Je vous rassure, je suis parfaitement hydroalcoolique : je bois un verre d’eau, un verre d’alcool, un verre d’eau, un verre d’alcool…

Quant au retour sur soi auquel le confinement conduit, quand je constate le nombre d’épanchements sur les réseaux, je maintiens mon idée que l’introspection, c’est comme le cul: c’est ceux qui en parlent le moins qui en font le plus.

Quel est pour vous le sens de cette épidémie ?

 

J’ai l’impression qu’on va en sortir avec certains points de vue très différents. Prenons l’exemple des frontières. On nous dit que l’immigration de masse est inévitable parce qu’on ne peut pas drastiquement contrôler les frontières, et puis là, parce que c’est jugé nécessaire, on les ferme en deux jours. Il faudrait savoir… Je crois aussi que les parents, au bout d’une dizaine de jours à subir leurs gosses, vont prendre conscience que le culte de l’enfant-roi était vraiment une lubie moderne et vont expliquer à leur progéniture qu’elle va devoir surtout fermer sa gueule et attendre de payer le loyer pour se permettre de l’ouvrir ! Quant au retour sur soi auquel le confinement conduit, quand je constate le nombre d’épanchements sur les réseaux, je maintiens mon idée que l’introspection, c’est comme le cul: c’est ceux qui en parlent le moins qui en font le plus.

 

 

Dernier spectacle: Formidable (en pause) – À retrouver sur Sud Radio, sa chronique hebdomadaire, « L’Humour vrai »

 

 

Propos recueillis par Romaric Sangars

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