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Il allait être chef de guerre ou Churchill ou grand sachem, quelque chose du genre. On allait bien voir. L’Histoire lui offrait sa crise qui fabrique les grands hommes. Eh bien, pas du tout : non seulement on n’a rien vu, mais on a pu contempler le vide intérieur, de l’État, et surtout de son chef.
Emmanuel Macron était un rêve pour les communicants politiques, le matériau idéal pour un récit de réussite contemporaine. Jeune prince républicain formé à l’ENA avant de se convertir dans la banque d’affaires chez Rothschild, le ministre de l’Économie avait par ailleurs une vie intime peu banale en épousant son professeur de français. Une note transgressive ajoutée à un parcours lisse et classique. Sa narration politique, tournant autour du progressisme et du consensus, s’appuyait d’ailleurs sur sa personnalité et sa jeunesse pour faire de lui un nouveau « monarque » comme la Ve République le commande. Mais le fils ontologique qu’est Emmanuel Macron pouvait-il être un père pour les Français ?
Dans un entretien accordé à Le 1 Hebdo en 2015, Emmanuel Macron ne faisait pas mystère de ses intentions et de ses ambitions »: « Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du Roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au cœur de la vie politique. Pourtant, ce qu’on attend du président de la République, c’est qu’il occupe cette fonction ».
Une manière de diminuer habilement son prédécesseur et bienfaiteur. La critique était aussi destinée à Nicolas Sarkozy, qu’il imaginait peut-être comme son principal concurrent pour l’élection présidentielle de 2017, accusé d’avoir été bien plus Premier ministre que Président de la République en communiquant de manière outrancière. En ce temps, Emmanuel Macron préparait sa transformation en Jupiter, cultivant le mystère sur sa vie privée et son parcours, laissant sous-entendre qu’il était animé d’une mystique propre qu’une intelligence au-dessus de la moyenne disciplinait.
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L’illusion était parfaite. « En même temps », il envoyait des signaux à la jeunesse et aux forces vives entrepreneuriales de la nation, incarnant ce que le « monde d’avant » avait de meilleur et les espoirs de voir la France entrer de plain-pied dans celui de demain. Emmanuel Macron a donc exploité à fond la Ve République, en occupant le positionnement le plus central possible. De la sorte, il était à peu près certain d’être élu au second tour d’une élection présidentielle au suffrage universel.
Le défaut initial de son raisonnement est que la légitimité d’un monarque ne peut pas se fonder sur le manque de légitimité des prétendants battus. Il était donc écrit qu’aux premiers soubresauts nationaux, sécuritaires ou sociaux, le versatile peuple français entendrait décapiter ce monarque arrogant. Un monarque dont l’autorité ne pouvait être que contestée, faute d’un soutien massif et d’un sacre en bonne et due forme.
Il était donc écrit qu’aux premiers soubresauts nationaux, sécuritaires ou sociaux, le versatile peuple français entendrait décapiter ce monarque arrogant.
De plus, le caractère transgressif de sa personnalité n’a pas manqué d’effrayer les Français, de même que ses airs d’éternel étudiant de prépa hypokhâgne. Ainsi, dans les premiers rassemblements de Gilets jaunes où les femmes étaient fortement présentes, de même que des gens de sa génération, Emmanuel Macron a subi des attaques personnelles extrêmement fortes. C’était le corps du « roi » qui était visé.
Jupiter était auparavant progressivement descendu de son Olympe. Fini le temps où il pouvait régler l’horloge interne de la France, celle-ci ayant décidé de suivre son propre rythme. En multipliant les postures et les attitudes symboliques grotesques, comme ce soir de Fête de la musique où le président et son épouse étaient entourés par des LGBT africains en bas résilles, Emmanuel Macron a sapé son propre pouvoir.
Monarque républicain est une position complexe dans une nation qui ne fait plus corps, divisée et tiraillée par des mouvements contraires.
Il ne valait pas plus que François Hollande, peut-être moins. Monarque républicain est une position complexe dans une nation qui ne fait plus corps, divisée et tiraillée par des mouvements contraires. La synthèse, dans ces conditions, tient à peu de choses. L’homme providentiel s’est avéré n’être qu’un simple mortel, faillible et moins brillant que d’aucuns l’espéraient. Au cœur de l’Europe comme en France, la voix d’Emmanuel Macron n’a pas été entendue.
Au fond, Emmanuel Macron est peut-être le dernier avatar de cette vision très verticale du pouvoir qui est le ciment de la Ve République. Telle que pensée par le général de Gaulle, la Ve doit être incarnée par des hommes très au-dessus du lot, légitimés par le scrutin. Ce n’est plus possible pour deux raisons. La première est qu’il n’y a plus d’hommes ou de femmes envoyés par la providence. La deuxième est qu’il ne peut y avoir de consensus parfait, ou suffisamment majoritaire, pour que cette personnalité soit sécrétée par le peuple français en demande. Pour accepter d’être infantilisés et gouvernés par une figure paternelle, les Français doivent sentir que l’individu qui a été choisi pour occuper cette fonction est à la hauteur de millénaires d’Histoire glorieuse.
Sans aller jusqu’à réclamer la destruction de la démocratie représentative comme l’ont fait une partie des Gilets jaunes les plus actifs, l’État pourrait ne pouvoir restaurer son autorité qu’en rendant le fonctionnement de ses institutions plus représentatif de son peuple. Emmanuel Macron promettait la proportionnelle pour l’élection des députés à l’Assemblée nationale, comme François Hollande. Il n’a rien fait, souhaitant jouer sa carte jusqu’au bout et ne pas s’opposer au Sénat républicain. Soit, mais qu’en sera-t-il de son autorité si d’aventure il était réélu en 2022 ? Pourra-t-il gouverner quand il ne le peut déjà plus vraiment aujourd’hui ? Quelqu’un le pourra-t-il vraiment d’ailleurs ?
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L’obsession pour l’élection présidentielle du personnel politique français est malsaine. La machine politique et institutionnelle française est en bout de course. Notre système électoral met en danger la France.
La déconnexion du pouvoir et de la rue est telle qu’elle offre la voie à des aventures plus que périlleuses.
La déconnexion du pouvoir et de la rue est telle qu’elle offre la voie à des aventures plus que périlleuses, puisqu’il n’y a pas d’échappatoire possible dans le champ politique traditionnel. Emmanuel Macron n’était pas le point de départ du monde d’après. Son « dégagisme » était, au contraire, le dernier clou dans le cercueil du monde d’avant.
Gabriel Robin
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