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Guillaume Lapaque, caviste à l’enseigne de « La Dive bouteille », préside depuis février l’Union commerciale de Bourgueil (Indre-et-Loire), cité viticole de 4 000 habitants. Il fut candidat centriste à la mairie de Tours en 2008.
Le 25 avril, Jean Carmet, originaire de Bourgueil et inoubliable interprète de La Soupe aux choux, aurait eu 100 ans. La commémoration que vous organisiez a dû être annulée. Un crève-cœur pour vous on l’imagine ?
Oui, mais Jean, « Jeannot les petits bras » comme l’appelait son ami Gérard Depardieu, on le fête tous les jours, et on aura d’autres occasions ! Le vrai crève-cœur, c’est que j’avais prévu de fleurir la tombe de ses parents au cimetière de Bourgueil. Mais des technocrates abrutis ont fait fermer ce cimetière dans lequel on ne croise pourtant jamais personne ! Ne le dites pas à la gendarmerie locale ni aux associations véganes, mais j’ai organisé un rendez-vous interdit chez un charcutier du coin: autour de la fabrication du fromage de tête, spécialité charcutière préférée de Jean Carmet, on prépare un hommage clandestin !
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Les conséquences policières du coronavirus frappent ces grands solitaires que sont les pêcheurs à la ligne ou les cueilleurs de champignons, sans oublier les jardiniers retraités dont le jardin n’est pas contigu à la maison. La réponse pénale du gouvernement est-elle un complot contre les usagers de la nature ?
C’est un délire qui n’est même plus descriptible ! À Bourgueil a habité un autre grand nom de mon imaginaire français: Pierre Desproges. Il se serait bien marré de cette époque incongrue ! Le weekend dernier, la préfète a déployé des dizaines de véhicules de gendarmerie, et même de l’Office français de la biodiversité. L’OFB, je ne savais même pas que ça existait ! Ils avaient même un hélicoptère pour traquer les dangereux délinquants qui se promènent sur les bords de la Loire… Après des heures de recherches, ils ont attrapé trois péquins qui lambinaient au bord du fleuve royal. Avec leur hélicoptère, j’aurais préféré qu’ils aillent nous chercher des masques ou des tests.
Les adhérents de votre association vont-ils survivre économiquement au confinement ?
Comptent-il se mobiliser si besoin est pour obtenir des compensations de l’État à une situation qui leur est imposée et qui n’est pas couverte par les assurances ? Je ne sais plus quoi dire. Le sang et les larmes qui n’étaient pas dans le discours que Macron nous avait annoncé « churchillien », je les encaisse tous les jours. Ici, comme dans beaucoup de jolis coins de France, l’activité est touristique. Perdre la saison et perdre la clientèle étrangère, c’est perdre tout. Je suis évidemment très inquiet pour la survie de mes voisins. Il a fallu que je leur trouve des masques pour préparer le déconfinement parce que l’État a disparu. Faut-il aussi que je demande au cordonnier, à la fleuriste et au quincaillier de Bourgueil d’essayer de trouver un vaccin ?
C’est ma France qui tient le pays ! Et si Paris n’envoie pas rapidement les taxis de la Marne, Paris tombera !
Paradoxalement, alors que les citadins redécouvrent les joies de la vie à la campagne, l’onde de choc économique du coronavirus ne risque-t-elle pas de marginaliser encore plus la France périphérique ? Quel remède faut-il y appliquer d’urgence pour limiter la casse ?
Quand vous parlez de « France périphérique », vous voulez parler de celle qui est à l’intérieur du périphérique et qui ne comprend plus rien à rien ? Ma France à moi, c’est la vraie. Celle où sont nés Vercingétorix, Jeanne d’Arc, Henri IV, de Gaulle et Jean Carmet. Une France où on sait manger avec les doigts. Si cette France-là venait à tomber, je ne donne pas cher du ridicule parc d’attractions que vous appelez « région parisienne ». C’est ma France qui tient le pays ! Et si Paris n’envoie pas rapidement les taxis de la Marne, Paris tombera !
Un vin de circonstance pour fêter la fin du confinement ?
Des bulles bien sûr, comme pour toute libération ! À ma cave, j’ai rentré en début de saison le Montlouis-sur-Loire brut 2007 de François Chidaine. Un magnifique chenin qui a pris le temps d’arriver parfaitement à maturité. N’en dites rien aux services fiscaux, sinon ils viendront recompter mes stocks, mais j’en ai bu quelques-unes pour affronter les épreuves de ces dernières semaines. J’espère qu’il m’en restera pour la libération ! On pourra alors crier: « Bourgueil confiné, mais Bourgueil libéré »!
Propos recueillis par Jérôme Besnard
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