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Relocaliser en France, est-ce possible?

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Publié le

20 mai 2020

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Patriotisme économique, délocalisation, souveraineté économique, des idées enfin de retour. Des idées aux actes, ce ne sera pas si simple, ainsi que le montre l’exemple de la relocalisation.

 

La relocalisation a le vent en poupe. Pandémie oblige, les Occidentaux s’aperçoivent, à leur corps défendant pour certains, que la santé est un secteur stratégique qui ne doit pas être régi par les seules lois du marché. Car il est trop dangereux de dépendre d’un État comme la Chine qui contrôle aujourd’hui à lui seul 80 % de la production des principes actifs utilisés par l’industrie pharmaceutique dans le monde. Le basculement s’est opéré sur trente ans, à partir des années 90 où dans le vent fou de la mondialisation néolibérale qui a suivi la chute du mur de Berlin, l’Occident a cru qu’il pouvait déléguer à l’Asie la transformation des matières premières et de l’activité industrielle pour ne vivre que de la rente du secteur tertiaire, comme si celui-ci pouvait se concevoir indépendamment des activités qui lui servent de support.

 

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Dans une stratégie à court terme, les patrons y ont vu l’occasion de profiter d’une main d’œuvre à bon marché et le consommateur a bénéficié de la baisse généralisée des prix de vente. Mais voilà que l’enjeu de souveraineté nationale reparaît à l’occasion de la pandémie. D’après un sondage publié par Odoxa-Comfluence pour Les Échos et Radio Classique au mois d’avril, neuf Français sur dix souhaitent désormais relocaliser nos productions industrielles. Mais est-ce si facile que cela ? D’abord, il faut bien avoir à l’esprit qu’une relocalisation ne se décrète pas par un coup de baguette magique. Elle demande le développement de savoir-faire qui exigent de lourds investissements humains et financiers; s’agissant de l’industrie pharmaceutique, c’est plutôt l’affaire d’une génération. Ensuite, il faut que l’environnement économique, social et fiscal du pays qui souhaite relocaliser son activité, soit stable et attractif.

Aucun chef d’entreprise ne relocalisera son activité s’il est confronté à une administration tatillonne, une réglementation complexe et en perpétuelle évolution ainsi qu’un niveau élevé d’impôts et de charges sociales sur fond de contestation sociale permanente. Il appartient donc à l’État de mettre en œuvre ce climat sans lequel aucune entreprise ne relocalisera ses activités. Par ailleurs, il faut connaître nos atouts et savoir les mettre intelligemment en valeur. Ainsi en va-t-il, par exemple, de la robotisation. Kusmi Tea, qui avait délocalisé son entreprise d’ensachage de thé au Maroc a décidé de relocaliser son activité au Havre en 2014 : « Grâce à la robotisation, résume son PDG Sylvain Orebi, fabriquer en Normandie nous revient moins cher qu’au Maroc ». Mais la plupart du temps, les atouts d’un pays résident, en matière industrielle, dans la qualification de ses ouvriers.

 

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Quand on ne peut pas rivaliser avec le coût de la main d’œuvre asiatique, il faut investir sur la qualification et développer des savoir-faire artisanaux uniques. Et puis, il ne faut pas oublier que le temps joue pour nous puisque l’écart de prix entre l’Europe et la Chine s’est considérablement réduit en raison de l’augmentation des salaires dans l’Empire du Milieu. Mais tant qu’il ne sera pas totalement résorbé, il est indispensable de fixer des protections douanières ou un label éthique n’autorisant la seule importation de produits réalisés dans des conditions dignes pour les travailleurs. En effet, le libre-échange suppose que les règles du jeu ne soient pas pipées et que personne ne pratique le dumping social.

Enfin, il ne faut pas négliger l’impact du Made in France qui conduira, de plus en plus, des entreprises soucieuses de leur image, à en faire un argument commercial de vente. Bien qu’encore faible, la tendance à la relocalisation progresse aussi bien dans les esprits que dans les faits (98 cas de relocalisations en France entre mai 2014 en septembre 2018). Reste à inverser la tendance sur le long terme : ce sera l’affaire de la génération post-Covid qui devra pour cela braver fièrement les règles de libre-circulation édictées par l’Union européenne pour ne défendre que l’intérêt national.

 

Benoît Dumoulin

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