Tant pis si le centenaire du traité de Trianon, ce 4 juin, passe inaperçu. Il est moins connu que celui de Versailles mais il l’égale pourtant par sa déconnexion avec les réalités et son mépris des grands équilibres européens. C’est un lieu commun de dire que l’ingénuité et l’orgueil du personnel diplomatique de l’époque ont conduit tout droit aux catastrophes des années 30 et 40.
On pensait qu’un tribunal à La Haye et une assemblée à Genève résoudraient les contentieux. Briand abolissait la guerre par de grands discours.
On pensait qu’un tribunal à La Haye et une assemblée à Genève résoudraient les contentieux. Briand abolissait la guerre par de grands discours. Il est certes facile de refaire l’histoire après coup mais quand on regarde avec quelles prudences l’Europe se redécoupait minutieusement avant la première guerre mondiale, on peine à comprendre que de telles folies aient pu être paraphées dans les châteaux de Louis XIV.
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Triple erreur que ce traité de dépeçage de l’empire austro-hongrois. La chute d’une dynastie certes vieillissante mais pondérée et susceptible d’un renouveau avec le jeune empereur Charles et son épouse Zita de Bourbon-Parme ne pouvait être que funeste. Avec un Habsbourg, l’Anschluss de 1938 avec Hitler eût été impossible.
La séparation de l’Autriche et de la Hongrie a désarmé l’Europe centrale et balkanique face à une Allemagne revancharde. Ce découpage outrageusement favorable aux Tchéco-Slovaques, Yougoslaves et Roumains se paye encore aujourd’hui. La Hongrie n’a toujours pas digéré ce traité de Trianon. L’Autriche est restée un dominion allemand. Ne parlons pas de la Yougoslavie…
Le traité de Sèvres, signé le 10 août 1920, devait organiser pour lui le partage de l’empire ottoman. La France qui obtenait un mandat en Syrie se montra fidèle à sa mission de protectrice des chrétiens d’Orient et fonda le Liban cette même année.
Il est certes facile de refaire l’histoire après coup mais quand on regarde avec quelles prudences l’Europe se redécoupait minutieusement avant la première guerre mondiale, on peine à comprendre que de telles folies aient pu être paraphées dans les châteaux de Louis XIV.
L’idée était bonne mais le découpage fut, là encore, invraisemblable. Avec le district sunnite de Tripoli au nord et celui à majorité chiite de Tyr au sud, les Maronites ne pouvaient pas diriger longtemps ce pays sans la protection française. Beyrouth, qui fut jadis la ferté et la gloire de l’Orient, est aujourd’hui dans une situation proche de celles de la Syrie et de l’Irak. Mépris de la géographie, désintérêt de l’Histoire, et rêveries progressistes, l’interventionnisme moderne se nourrit souvent des meilleures intentions mais il aboutit toujours à de grandes catastrophes. La pandémie a au moins cet avantage paradoxal et provisoire : chacun voit midi à sa porte.





