Mais n’allez pas croire que son appartement est aussi rangé que la mosaïque d’un atrium patricien. Les rebords de fenêtre sont saturés de pots de boutures, quelques chutes de cuir se sont glissées sous les meubles, et des chapeaux, outils, chaussures de randonnées et autres magazines témoignent d’un esprit empreint de curiosité. Cette demoiselle au rire franc et au tempérament faussement tranquille s’est installée à Rambouillet après une enfance et des études intégralement parisiennes. Paradoxalement, la ville-lumière peut pousser à l’introspection.
Au fond, elle a toujours voulu dessiner. Son père, très exigeant mais dans un souci de vérité ; s’il n’a jamais laissé passer une maladresse de style sans lui faire remarquer, il ne lui a jamais proféré un compliment qui soit faux. La meilleure des écoles. C’est ce désir qui a mené Madeleine à l’école Estienne, dans la section reliure, faute de pouvoir intégrer la section illustration. Cette école prestigieuse forme des artisans au compte-gouttes, pour un métier qui est impraticable s’il n’est pas une vocation. Peut-être est-ce l’aventure scoute à Riaumont qui en a suscité les prémices. La marche, cette école de l’humilité et expérience de la petitesse, cet effort très long et cette approche anti-consommatrice de l’environnement, a forgé dans la sueur son souci du vrai et du détail. Sa sensibilité artistique naissante s’est nourrie des paysages entre Vézelay et Rome, entre Paris et le Mont Saint Michel, les chemins de Brienne et de Rocamadour, les cimes des Alpes…
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Lorsque l’on vit à fond et avec cohérence son scoutisme, lorsque l’on essaie de hisser son âme à la hauteur de la beauté que l’on contemple au grand dehors, l’environnement bourgeois de saint Jean de Passy et sa médiocrité morale sont d’autant plus difficiles à supporter entre la troisième et la terminale, avant de rejoindre l’école de ses rêves. Le souvenir de ces fois parfois factices et de façade ne lui a pas laissé autre chose que de la compassion pour ces condisciples. Et le désir de faire habiter par Dieu son art : « Dans mon travail je me sens portée. Dessiner des sujets parfois spirituels fait que l’on réfléchit à ce que l’on représente ».
Sylvain Tesson, après avoir parcouru le monde en dehors des sentiers rebattus, s’est isolé dans une cabane de Sibérie à la recherche de sa vie intérieure. De la même manière, le dessin et sa recherche perpétuelle de perfectionnement sont une aventure intérieure. L’artiste effectue un voyage fabuleux sur le continent de son âme, un itinéraire dont les beautés et les dangers valent bien toutes les Amazonies de la planète bleue.
Les personnages que Madeleine dessine sont autant de héros qui iront peupler le panthéon intérieur des enfants, cette galerie de guerriers, de prêtres, de reines, de soldats, d’artistes, et qui formeront « la matière dont sont faits les rêves ».
Les personnages que Madeleine dessine sont autant de héros qui iront peupler le panthéon intérieur des enfants, cette galerie de guerriers, de prêtres, de reines, de soldats, d’artistes, et qui formeront « la matière dont sont faits les rêves ». Il y aura un peu du visage d’un tel, un peu des bras de celui-ci, un peu de la grâce de celle-là, dans la stature intérieure que bâtit l’enfant dont le pays n’a pas besoin d’inventer ses héros. Sans doute les a-t-elle rencontrés dans des chants montés au ciel devant des flammes qui faisaient danser les ombres et crépiter les brindilles.
L’observateur averti aura remarqué que le page qui lui sert de logo porte les couleurs patagonnes. Au nom de Sa Majesté, Madeleine Riveron a eu l’honneur de conquérir plusieurs portions des Alpes : mais grand prince, elle a notifié au chef de corps du 93e Régiment d’artillerie de Montagne qu’il avait la permission de s’entraîner encore sur ces pistes. Il s’agit d’être à la hauteur de Kessel, Bernanos, Frison-Roche, Francis Finn, Paul Bonnecarrère, Jean-Louis Foncine, Bazin, Giono, Pierre Loti et autres Serge Dalens qui la regardent depuis les rayonnages. Sans compter Pierre Joubert en embuscade un peu partout.
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Sa vie se partage entre une semaine reliure, une semaine dessin, un peu de calligraphie et la fabrication de ceintures. Un personnage incarnant avec sensibilité une France tranquille et sereine, qui ne brille pas d’une lueur clinquante, vaniteuse et éphémère, mais d’une lueur plus humble, chaleureuse, plus persistante. Une France à mi-chemin entre Paris et Chartres. Une France qui sait se servir de ses mains pour son travail, de son cœur pour son art, et de sa tête pour le monde, tout en délicatesse et en joie. Dans sa bibliothèque plusieurs livres sont en double. « C’est pour pouvoir les offrir ». Spontanée.





