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Coronavirus au Liban, la crise de trop

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Publié le

15 juin 2020

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Liban

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Alors que le pays du Cèdre a récemment annoncé être en défaut de paiement pour la première fois de son histoire et assiste, impuissant, à l’effondrements de sa monnaie nationale, l’épidémie mondiale de coronavirus pourrait davantage faire tanguer le navire. Pour faire face, dans un contexte de regain de contestation populaire, le Premier ministre Hassan Diab a dévoilé un plan de redressement ambitieux, dont les modalités d’application restent à trouver.

 

« Le peuple ne peut plus faire preuve de résilience ». Ces mots du président de la République libanais Michel Aoun dans une interview à l’agence de presse russe Sputnik début mai résument le contexte tourmenté du Liban en cette sortie de déconfinement. Accablés par des mois de marasme socio-économique auquel est venue se greffer une crise sanitaire mondiale inattendue, c’est dans la rue à nouveau que les Libanais expriment leur colère, notamment à Tripoli, ville la plus pauvre du pays, face à une inflation galopante et une dépréciation de la livre libanaise sans précédent. Happé par une spirale de surendettement depuis la fin de la guerre (1975-1990), le Liban adopte dans le même temps un modèle économique qui fait la part belle aux services, notamment le tourisme et sollicitant les investissements étrangers en provenance de la diaspora libanaise et des pays du Golfe.

 

Les premiers signes graves de l’effondrements de son économie interviennent au début des années 2000.

 

Les premiers signes graves de l’effondrements de son économie interviennent au début des années 2000. C’est alors le temps des grandes conférences de donateurs internationaux Paris I, II et III organisées sous l’impulsion de Jacques Chirac et en présence de son ami l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, assassiné en 2005. Elles octroient des milliards d’aides au pays dont 7,6 milliards pour la seule dernière. Beaucoup d’argent pour le Liban donc, mais vingt ans plus tard, l’inexistence de réformes et le laisser-aller de l’administration sur fond de corruption et de partage communautaire du pouvoir ont eu raison des caisses de l’État, incapable de régler la facture.

 

À cela s’ajoute un système bancaire bien rodé qui sert des taux d’intérêt ahurissants, pouvant atteindre 20 %. Attirés par ces rendements avantageux, de nombreux Libanais n’investissent plus dans l’économie réelle, ce qui affaiblit davantage cette dernière, déjà fragile. « Nous avons créé un monstre de paresse et de rente », souligne un économiste rencontré à Beyrouth.

 

Coronavirus : le coup de grâce

 

Sur les avenues de Beyrouth, après un long calme plat, la vie a repris peu à peu son cours et la corniche un temps désertée ravit à nouveau les promeneurs et les familles venues flâner et respirer l’air frais d’une Méditerranée s’étalant à perte de vue. Derrière cette image d’Épinal se cache pourtant une autre réalité, plus dure, celle d’une économie étranglée depuis des mois et que le coronavirus n’a pas épargnée. Selon l’économiste et journaliste libanais Albert Kostanian qui répondait aux questions de L’Incorrect : « La situation est catastrophique et elle l’était déjà avant le coronavirus. Le Liban a eu trois crises successives en l’espace de six mois. D’abord politique avec les manifestations d’octobre 2019 où tous les business ont dû fermer, puis le krach financier avec un défaut de paiement de l’État libanais pour la première fois de son histoire et une cessation de paiement des banques.

 

Lire aussi : Liban : avec le plan Trump, l’impossible retour des Palestiniens

 

Enfin il y a eu le coronavirus mi-mars. C’est une crise qui touche une population déjà exsangue ». Selon des données officielles, la moitié des Libanais vivent désormais sous le seuil de pauvreté. Un sondage réalisé en janvier 2020 par le site InfoPro nous indique que 220 000 Libanais ont perdu leur emploi depuis octobre 2019, tous secteurs confondus. Et pour ceux qui ont la chance de garder leur activité ce n’est pas brillant non plus, la pratique courante des entreprises consistant à réduire les salaires (66 % de moins en moyenne en 2019), quand d’autres travaillent carrément gratuitement.

 

L’abondance de masques au Liban aura protégé la population, mais n’aura malheureusement pas pu protéger son économie vacillante. Le pays croule sous une dette de 92 milliards de dollars soit 170 % de son PIB, l’un des taux les plus élevés du monde. Avec un confinement et des mesures de précautions efficaces qui ont certes porté leurs fruits mais entraîné dans le même temps la paralysie du pays, le Liban accuse le coup.

 

En l’absence de données imminentes de l’impact financier du virus, M. Kostanian pointe cependant un premier indice alarmant, celui de l’effondrements du secteur touristique

 

En l’absence de données imminentes de l’impact financier du virus, M. Kostanian pointe cependant un premier indice alarmant, celui de l’effondrements du secteur touristique : « Il y avait 200 000 Libanais qui travaillaient dans ce secteur. Tous ces gens-là sont au chômage, car ce sont en général des contractuels qui n’ont pas vraiment de contrats pérennes. Le coronavirus était le coup de trop pour l’économie ».

 

Il poursuit : « Le problème le plus grave, c’est l’inflation combinée à la perte de pouvoir d’achat », faisant référence à la dévaluation de la monnaie nationale (indexée sur le dollar depuis 1996 au taux de change de 1 507 LL/dollar – contre 4 200 aujourd’hui) alors qu’une majorité de la population est rémunérée en livres. « La dollarisation de l’économie est à peu près de 75 % au Liban, mais les salaires sont loin d’être polarisés. Tout le secteur public est payé en livres : fonctionnaires, éducation nationale, armée, télécoms, enseignants du secteur privé, employés des hôpitaux… Ces gens-là ont vu leur pouvoir d’achat divisé de 50 à 70 % en quelques mois ».

 

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Les mesures de ce plan d’austérité sont draconiennes : taxes de 17 à 20 % sur les entreprises, hausse de la TVA sur les produits dits « non-essentiels », alourdissement des prélèvements sur les tranches hautes d’imposition, baisse de pensions et gel de l’emploi dans le secteur public, etc. D’autres secteurs ont des jours difficiles devant eux, du commerce de produits importés à la restauration, en passant par la vente au détail ou encore le transport aérien.

 

Plan Diab de restructuration

 

Soixante-quinze jours après la mise en place de son gouvernement, le Premier ministre Hassan Diab a dévoilé le 30 avril un plan de relance très attendu. Outre des objectifs fixés à cinq ans qui prévoient notamment la réduction du déficit commercial à 5,6 % et la baisse de la dette à moins de 100 % du PIB, c’est la demande d’aide au FMI de 10 milliards de dollars qui constitue la clef de voûte du texte. Et ce, en complément des 11 milliards déjà promis en 2018, lors de la conférence CEDRE tenue à Paris en échange de réformes structurelles.

 

« C’est un plan qui va dans le bon sens. Le FMI a le mérite d’installer de la transparence dans le système et le Liban devra lui rendre des comptes. C’est un plan sobre, qui reconnaît et fixe les pertes. En cela il est très positif car cette fois-ci il n’y a pas de déni », analyse l’économiste. Les mesures de ce plan d’austérité sont draconiennes : taxes de 17 à 20 % sur les entreprises, hausse de la TVA sur les produits dits « non-essentiels », alourdissement des prélèvements sur les tranches hautes d’imposition, baisse de pensions et gel de l’emploi dans le secteur public, etc.

Le texte fixe aussi une orientation pour la restructuration du secteur financier dont les pertes atteignent 63 milliards de dollars. Selon le gouvernement, plus de la moitié de ces pertes serait imputable à la Banque Centrale.

 

Le texte fixe aussi une orientation pour la restructuration du secteur financier dont les pertes atteignent 63 milliards de dollars. Selon le gouvernement, plus de la moitié de ces pertes serait imputable à la Banque Centrale. Pour ce faire, le plan préconise d’éponger les dettes via les capitaux de banques ou le rapatriement de capitaux qui auraient gagné l’étranger. En dernier ressort, le plan envisage de ponctionner les gros déposants, soit 2 % des comptes au Liban (ceux supérieurs à 500 000 dollars), ce qui a suscité une crainte parmi ces derniers. Mi-avril, Hassan Diab avait assuré, face à l’appréhension des Libanais, que 98 % des déposants ne seraient pas touchés.

 

Déterminé à « bâtir le Liban de demain », le gouvernement de Hassan Diab a fixé un cap, dont la bonne tenue dépendra non seulement du consensus politique, mais aussi du soutien de la rue. Afin de pouvoir mettre en œuvre ses réformes que les Libanais désespèrent de voir un jour.

 

 

par Marguerite Silve Dautremer

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