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Liban : avec le plan Trump, l’impossible retour des Palestiniens

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18 mars 2020

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Au Liban, l’annonce du plan Trump qui abolit le droit au retour des Palestiniens a fait l’effet d’une bombe. Avec plus de 174 000 réfugiés déclarés sur son sol, l’État libanais craint leur implantation définitive. Parqués dans des camps aux allures de bidonvilles, les Palestiniens sont livrés à eux-mêmes.

 

 

 

« C’est ici, c’est l’entrée du camp ». Quelques minutes après avoir quitté la voie rapide qui mène à l’aéroport de Beyrouth, la voiture s’engouffre dans une ruelle étroite au sol jonché d’ordures. Dans l’air flotte une odeur pestilentielle. Bienvenue à Burj Barajneh, l’un des douze camps de Palestiniens du Liban. Cigarette aux lèvres, Nadim, habitant des lieux, nous guide. Pour lui l’annonce de Trump s’inscrit dans la continuité d’un processus amorcé il y a longtemps: « Mon père vivait en Palestine. En 1948, les Israéliens et les Britanniques lui ont dit qu’il allait devoir aller deux, trois jours au Liban puis revenir. Il s’était fabriqué une tente pensant que ce n’était que provisoire ». Un peu plus loin, une femme vêtue d’une abaya porte un carton rempli à bout de bras. « Ça, c’est des aides du Hamas qu’elle emporte. C’est très récent, depuis quelques jours le Hamas nous envoie des vivres et des couvertures ». Sans aucune crainte d’être assimilé au mouvement palestinien considéré comme terroriste par l’Europe ou les États-Unis, Nadim sourit: « Rien ne peut être pire que ce qu’on a maintenant ».

Ce plan appelle aussi les réfugiés palestiniens à s’établir dans les pays d’accueil où ils se trouvent, supprimant au passage leur droit au retour pourtant prévu par l’ONU en 1948.

Le 28 janvier, Trump dévoilait un plan de paix permettant à Israël d’annexer de l’ensemble des colonies israéliennes et de la vallée du Jourdain en Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis 1967. Ce plan propose Abu Dis (banlieue de Jérusalem) comme capitale d’un éventuel État palestinien. Les Palestiniens eux souhaitent faire de Jérusalem-Est la capitale de l’État auquel ils prétendent. Ce plan appelle aussi les réfugiés palestiniens à s’établir dans les pays d’accueil où ils se trouvent, supprimant au passage leur droit au retour pourtant prévu par l’ONU en 1948.

 

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Depuis, la communauté palestinienne au Liban s’interroge?: le plan va-t-il être réellement mis en œuvre et quand ? Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité Palestinienne, est-il toujours apte à les représenter ? Le 11 février dernier à l’ONU, ce dernier échouait à organiser un vote rejetant le plan américain, faute de voix. Pour éviter une nouvelle humiliation, les Palestiniens ont préféré retirer le texte. Abbas est rentré nu à Ramallah, sa tentative de faire évoluer la cause palestinienne sur le plan diplomatique international restant vaine.

« Ce plan est un marché entre les États-Unis, Israël et les pays arabes qui ont vendu la Palestine. Nous avons accepté la paix en 1993 à Oslo, mais pas les Israéliens »

À Burj Barajneh une certitude demeure : la Palestine et Jérusalem sont à eux, le droit au retour, leur boussole. Quelques enjambées entre les flaques d’eau croupie et les échoppes de légumes nous amènent dans une salle commune. Là se retrouvent quotidiennement des réfugiés originaires du village de Tarshiha dans l’ancienne Palestine, aujourd’hui au nord d’Israël. Assis sur un canapé, Ahmad, Palestinien de 53 ans explique : « Ce plan est un marché entre les États-Unis, Israël et les pays arabes qui ont vendu la Palestine. Nous avons accepté la paix en 1993 à Oslo, mais pas les Israéliens ». Entre deux gorgées de café, il poursuit: « Nous rêvons d’y retourner car nos conditions de vie sont terribles, il faudrait 8 000 volumes pour les décrire. Même la mort ici coûte cher », faisant allusion aux frais d’enterrement.

Quant aux autres, « l’Italie et l’Espagne m’ont carrément dit sans complexe qu’ils craignaient que je vienne chez eux pour y rester ».

Partir ? Oui, sauf que pour un réfugié Palestinien, voyager relève de l’exploit. Dépourvus de passeport digne de ce nom, l’État libanais leur délivre un simple « Document de voyage pour réfugié palestinien », rendant toute demande de séjour (même court) compliquée, voire impossible. Si certains pays comme la Turquie accordent des visas facilement, d’autres refusent de manière systématique. C’est le cas de l’Italie, l’Espagne ou encore des États-Unis où Nadim tente de se rendre. Ce sera la douche froide et 480 000 livres libanaises de perdues (environ 320 dollars), l’ambassade américaine à Beyrouth lui refusant le document dans une lettre laconique. Quant aux autres, « l’Italie et l’Espagne m’ont carrément dit sans complexe qu’ils craignaient que je vienne chez eux pour y rester ».

 

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Un peu plus loin, je rencontre Layla, 38 ans et mère de famille. Elle voit un aspect positif dans le plan: « Cela pourrait nous permettre d’avoir enfin des droits civiques, car il prévoit de nous donner la nationalité libanaise. Avec ces droits nous pourrions partir vivre ailleurs, en Europe, partout sauf ici ».

« Nous allons mettre en échec le plan d’implantation, et les Palestiniens ainsi que les Syriens vont rentrer chez eux. Voilà notre objectif, voilà le Liban que nous connaissons: celui de la dignité de toute personne libre, et non une terre d’asile dont la dignité est bafouée »

Seul bémol, le Liban n’envisage aucune naturalisation par crainte de voir les Palestiniens s’implanter durablement sur son territoire. En 2019, le ministre des Affaires Étrangères et chef du CPL (la plus grande formation chrétienne au Liban) Gebran Bassil en fait son cheval de bataille : « Nous allons mettre en échec le plan d’implantation, et les Palestiniens ainsi que les Syriens vont rentrer chez eux. Voilà notre objectif, voilà le Liban que nous connaissons: celui de la dignité de toute personne libre, et non une terre d’asile dont la dignité est bafouée ». La Constitution libanaise rejette en outre toute implantation au Liban. Les Palestiniens sont également interdits d’exercer une soixantaine de métiers, dont celle de chauffeur de taxi. Le droit à la propriété leur est aussi interdit.

 

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Un petit groupe d’hommes élève la voix. Adel, 63 ans, ne prend pas au sérieux cette « offre américaine ». Pour cet ingénieur père de deux enfants, le « deal du siècle » ne serait qu’une utopie utilisée à des fins électorales américaines (3 novembre) et israéliennes (2 mars). Lui souhaite la lutte armée contre Israël, légitimant au passage la « Résistance » incarnée par le Hezbollah, prenant toutefois soin de différencier les « sionistes » des « juifs », à qui il ne « reproche rien ». Nabil Haydar, 67 ans et muezzin d’une mosquée de Burj Barajneh fait le même constat: « La Palestine a été violée. Comme le disait Nasser, ce qui a été pris par la force ne peut être rétabli que par la force ». Faisant allusion au « lâchage » des pays arabes (ces derniers, Arabie saoudite en tête, se sont abstenus de réelle condamnation du plan) l’homme au large front marqué d’une zabiba poursuit: « Cela fait 72 ans que les pays arabes ne nous soutiennent qu’à la télévision. On sait que tous les chefs de ces pays sont choisis par les États-Unis ».

Et même avec les 50 milliards de dollars d’investissement annoncés dont 6 pour le Liban, cette politique américaine de la paix par l’argent se révèle inefficace.

Avec ce « plan de paix » censé régler un conflit vieux de plus de soixante-dix ans, la politique musclée de Donald Trump a ravivé la rancœur des Palestiniens. Ces derniers refusent de négocier sur cette base, invoquant une violation de leur droit au retour consacré par le droit international. Et même avec les 50 milliards de dollars d’investissement annoncés dont 6 pour le Liban, cette politique américaine de la paix par l’argent se révèle inefficace.

 

 

Marguerite Silve-Dautremer

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