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Livre numérique : révolution manquée

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Publié le

21 juillet 2020

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Pour conclure notre feuilleton au sujet de l’influence du numérique sur les nouveaux modes de consommation culturelle, nous nous penchons ce mois-ci sur le plus ancien et vénérable objet de création qui soit : le livre. Et, au contraire du récent disque compact, ce n’est pas le numérique qui parviendra à le détrôner.

Passées les années 2000 et devant le ravage de l’industrie musicale par la numérisation et internet, le marché français du livre se mit à trembler. Et s’il était le prochain secteur à être bouleversé de fond en comble par de nouveaux supports et de nouvelles pratiques ? « Le papier disparaîtra ! » entendait-on alors très régulièrement scander, et l’inquiétude diffuse du milieu se voyait encore accentuée par les slogans péremptoires des prophètes de la religion technicienne. Une inquiétude d’autant plus prégnante qu’aux États-Unis, au début du XXI e siècle, l’expansion du livre électronique allait de pair avec le délitement des librairies et que notre avenir se joue en général outre-Atlantique.

LA GRANDE RUPTURE N’A PAS EU LIEU

« Cela n’a pas été le bouleversement qu’on aurait pu craindre », explique Florian Lafani, pionnier de la littérature numérique qui monta en 2008, et sans doute un peu trop tôt pour le marché français de l’époque, une maison exclusivement dédiée au livre électronique, avant de diriger une maison classique, Fleuve Éditions. « Les éditeurs ont simplement développé petit à petit un catalogue d’offre numérique, qui ne s’est nullement substitué au catalogue classique, mais constitue plutôt un accompagnement ». Les Français sont en effet restés attachés aux libraires et à l’objet livre, demeurant plus récalcitrants que les Anglo-Saxons à la littérature numérique. D’autres facteurs sont aussi entrés en jeu : une prédominance de la tablette, par exemple, sur la liseuse, outil offrant un moindre confort de lecture ; le prix du fichier numérique, réduit de seulement 30 % par rapport au livre-papier, et dans un marché protégé par le prix unique du livre, ne permettant pas des économies drastiques pour démultiplier sa bibliothèque.

UN CRÉNEAU POUR L’ÉROTISME ET L’AUTO-ÉDITION

Il y a bien des genres de littérature qui ont bénéficié du marché numérique. « Ce qui se vend le plus en numérique, témoigne Florian Lafani, avant tout le reste, c’est l’érotique. Ce sont toujours les meilleures ventes sur Amazon, Kindle ou Apple. » Sans doute qu’il est plus simple de lire La Culotte ou Jeux insolents sur liseuse, que la couverture du livre présentée nonchalamment au regard des passants. Les succès de librairies donnent aussi des succès en numérique, ainsi que les livres et documents liés à l’actualité, téléchargés après une émission, par exemple. Enfin, l’auto-édition, dépourvue de frais et donc à même de casser les prix, a réussi quelques percées complètement inenvisageables auparavant. Aurélie Valognes et ses 25 000 exemplaires vendus en ligne, ou Agnès Martin-Lugand qui passa d’Amazon à Michel Lafon pour un premier roman atteignant les 300 000 ventes. « Ces auteurs sont vraiment parvenus à s’agréger un lectorat via Internet », constate Lafani.

LE LIVRE POUR S’ÉVADER… DU NUMÉRIQUE

Hormis ces quelques spécificités, le numérique n’a donc nullement transformé le marché du livre, et dans les pays anglo-saxons où sa croissance fut bien plus importante, après avoir atteint un point maximum, 25 % en 2013, par exemple, aux États-Unis, il commença de s’affaisser pour être ramené à 13 % en 2018, ne s’affirmant donc jamais que comme une marge plus ou moins significative de cette économie. « Le numérique est davantage lié à d’autres pratiques et d’autres arts: musique, séries, etc. Si bien, que le livre papier reste préféré comme support de lecture », expose encore Florian Lafani. S’ajoute à cela la tendance à revenir au relationnel et au local, qui fait privilégier le conseil du libraire plutôt que les sélections des algorithmes pour ajouter des volumes à sa bibliothèque. Le livre aura prouvé que les révolutions techniques n’entraînent pas mécaniquement des révolutions culturelles et fait mentir tous les obsédés du changement. Ce qui est l’une de ses nombreuses vertus.

Lire aussi : Le salut par les punk

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