Pourquoi souhaitez-vous rester anonyme ?
Pour deux raisons : la première est que j’ai déjà témoigné dans la presse à propos des violations de propriété et des dégradations dont j’ai été victime. Ces articles avaient pour objectif de faire savoir que le lieu était de nouveau sécurisé, que les objets et le mobilier avaient été retirés, qu’il y avait eu des arrestations sur place. Je pensais que ces publications dissuaderaient les auteurs, mais bien loin de ralentir les intrusions, celles-ci ont augmenté. La seconde raison est que ce bien classé monument historique est une copropriété.
Pouvez-vous nous donner les détails des violations et dégradations que vous avez subies ?
Je n’ai su qu’à l’été 2019 que ma propriété était visitée depuis 2016. Ces gens s’introduisent par effraction, en désactivant ou en vandalisant les systèmes de sécurité, ils laissent tout grand ouvert et prennent des vidéos et des photos qu’ils publient sur leurs forums « Urbex ». Et il existe des forums de discussion sur chaque endroit visité illégalement. Ces forums de discussion sont privés, mais il existe désormais des chaînes YouTube dédiées à l’Urbex. Ils sont tellement sûrs de leur impunité qu’il leur arrive même de se filmer sans masque.
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En plus des photos et vidéos sont échangées des informations sur les moyens d’entrer sans se faire prendre, comme par exemple les heures de patrouille de gendarmerie, les plaques d’immatriculation des gardiens, etc. Les châteaux, les grandes bâtisses ne sont pas les seules concernées, les maisons sont elles aussi visitées et vandalisées.
Concernant ma propriété, ce sont mes voisins qui m’ont alerté sur le nombre anormal de passage de voitures, et d’intrusions dans le parc. Un jour en me rendant sur place, j’ai découvert portes et fenêtres grandes ouvertes, tous les meubles déplacés et fracturés, des dégradations, des objets et des meubles manquants.
J’ai donc prévenu les forces de l’ordre, pour un soi-disant début d’enquête. Je suis resté plusieurs jours afin de tout resécuriser, tout refermer. Et malgré ma présence, il y a eu des tentatives d’effraction la nuit. J’ai pu intercepter plusieurs « urbexeurs » moi-même, avant qu’ils ne puissent s’introduire, et leur discours est à chaque fois le même : « On ne fait rien de mal, on ne casse pas, on ne rentre jamais par effraction, seulement quand c’est déjà ouvert, on laisse tout en place. Le but est seulement artistique ». Ça, c’est leur discours officiel, contraire en tout point à la réalité. Et c’est ce discours qu’ils tiennent aux forces de l’ordre, une fois en garde à vue.
Depuis maintenant un an il y a eu une douzaine d’arrestations sur place dont sept personnes en flagrant délit, et sur ces sept, trois prises en flagrant délit après effraction. […] Tous n’ont reçu qu’un simple « rappel à la loi »
Avez-vous l’impression d’être délaissé par les pouvoirs publics ?
Totalement. Depuis maintenant un an il y a eu une douzaine d’arrestations sur place, dont sept personnes en flagrant délit, et sur ces sept, trois prises en flagrant délit après effraction. Les enquêtes ayant commencé n’ont absolument pas avancé : il y a eu une perquisition chez l’un d’eux où des objets m’appartenant se trouvaient, mais il n’y a pas eu de suite. Tous n’ont reçu qu’un simple « rappel à la loi ». J’ai donné aux forces de l’ordre des renseignements très précis comme la plaque d’immatriculation, la date, l’heure de passage d’une voiture avec deux individus vus sortant de chez moi en emportant des objets. Ces personnes ne sont pas poursuivies.
C’est à nous propriétaires de payer les réparations des portes, des fenêtres d’un monument historique classé, et ces personnes ne passent même pas devant un juge ou un procureur de la République. Un simple rappel à la loi et ils sont immédiatement relâchés. Lors des derniers échanges téléphoniques que j’ai eus avec la brigade de gendarmerie, ils me disaient qu’ils n’étaient pas une société de gardiennage et qu’ils souhaitaient que je prenne une société de sécurité privée pour surveiller mon bien. En sachant que sur la vingtaine d’appels que je leur ai passés depuis un an, il y a eu douze arrestations : ce n’était donc pas « pour rien ».
Nous sommes démunis sur le plan de la sécurité puisque nos propriétés sont continuellement visitées et vandalisées, et nous sommes livrés à nous même sur le plan judiciaire. Je connais trois autres gestionnaires de maisons anciennes qui eux aussi sont victimes de l’Urbex et qui ne parviennent pas à s’en sortir. En septembre dernier, devant l’ampleur du phénomène, l’Association de la demeure historique a appelé ses adhérents à témoigner, dans le but de mener une action auprès du ministère de la Culture.
Propos recueillis par





