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Paul-Marie Coûteaux : « Il y aura une France après le chaos »

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Publié le

8 septembre 2020

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L’ancien conseiller de Michel Jobert, Boutros Boutros-Ghali et Philippe Séguin, figure du souverainisme français, lance ce mois-ci une nouvelle revue trimestrielle, Le Nouveau Conservateur. Entre rêves de renaissances et projets de restaurations, Paul-Marie Coûteaux espère enfin rassembler les souverainistes et les identitaires.
Paul-Marie Couteaux

Faut-il voir une filiation avec le journal de Chateaubriand, Le Conservateur ?

Le Conservateur, lancé en 1818 par des « ultras » eut un tel succès que Chateaubriand put dire à bon droit que cette revue « étonna le monde et changea les ministères » puisque c’est en bonne part grâce au courant d’opinion qu’elle a créé en vue de limiter certains effets « libéraux » de la Charte, que Villèle (principal créateur de la revue avec le contre-révolutionnaire Bonald) arriva peu après au pouvoir. Ce formidable mouvement d’opinion rétablit les principes politiques qu’avait niés le cycle de la Révolution française et donné sa tonalité à la Restauration – qui fut à bien des égards une magnifique période.

Conservateur, national, catholique, moral et social : vous comprenez pourquoi nous avons choisi avec Jean-Frédéric Poisson et mes amis du PCD, un titre si heureusement chargé de sens.

Certes, cette revue n’a guère duré plus de deux ans ; mais elle eut un succès fulgurant parce qu’elle rassemblait et organisait les tenants du monde ancien, qui ont remis sur ses rails une France ruinée et disqualifiée. Conservateur, national, catholique, moral et social : vous comprenez pourquoi nous avons choisi avec Jean-Frédéric Poisson et mes amis du PCD, un titre si heureusement chargé de sens…

Pourquoi ne pas avoir lancé un mook (hybride magazine-livre), qui donne l’avantage de pouvoir être vendu à la fois en kiosque et en librairie ?

Le « noyau dur » sera constitué par nos abonnés (l’abonnement est d’ailleurs fixé à un prix modique, soit 48 euros, pour les quatre numéros de l’année). Mais Le Nouveau Conservateur sera vendu aussi dans un certain nombre de librairies à 15 euros le numéro, et nous envisageons la possibilité de devenir  nous aussi « hybride » en nous associant à une maison d’édition.

Lire aussi : Philippe Herlin : « le conservateur a abandonné l’existence de normes universelles pour se rabaisser dans l’historicisme »

Notre ambition est de restaurer en somme la pensée française autour du paradigme de la souveraineté nationale, qui me tient tant à cœur depuis trente ans et dont je me félicite que, après Chevènement, elle soit reprise par une partie de la gauche. La souveraineté, condition de toute politique authentique, qu’elle soit de gauche ou de droite, est notre « point de communion ». Le Nouveau Conservateur a pour ambition de recréer une pensée proprement « de droite » et de réunir autour d’elle ses composantes actuellement si dispersées. Nous entreprenons de donner toute son ampleur au concept de souveraineté, laquelle ne se dresse pas seulement contre la supranationalité européenne, mais est aussi l’affirmation de l’autorité de l’Etat face aux féodalités de tous poils, financières mais aussi partisanes ou syndicales, et, en troisième lieu, l’affirmation de la singularité de la culture française – le réflexe identitaire étant à mes yeux inclus au plus haut point dans le souverainisme, si l’on veut bien donner à ce mot tout son sens.

Comment refaire une nation lorsqu’elle a été détruite ?

Les civilisations se métamorphosent sans cesse, mais elles ne disparaissent pas, en tous les cas pas si vite qu’on ne croit : elles sont très lentes à mourir – et, de toute façon, ce n’est pas parce que, ailleurs un peu vite, on les dit mortelles qu’il faut les tuer. Certes il y a des génocides, tel celui qu’ont subi les Indiens d’Amérique, aujourd’hui réduits à de pauvres figurants à plume dans des réserves qui amusent encore quelques touristes.

Aussi menaçant soit-il aujourd’hui, flottant au-dessus de nos jours, il y aura une France après le chaos ; il faut penser et instruire ces métamorphoses, ces regains et ces renaissances.

Mais voyez l’Allemagne qui, après Frédéric Hohenstaufen, disparut en tant que telle pendant le « long interrègne » de trois siècles ; voyez Israël, longtemps dispersé et qui maintenant domine toute une région ; voyez la renaissance de la Hongrie, nation longtemps enfouie mais qui renaquit magnifiquement au milieu du XIXe, récréant sa langue en une génération : l’Histoire est remplie de regains, de renaissances et restaurations. Aussi menaçant soit-il aujourd’hui, flottant au-dessus de nos jours, il y aura une France après le chaos ; il faut penser et instruire ces métamorphoses, ces regains et ces renaissances.

Propos recueillis par Hadrien Desuin

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