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Généalogie de l’antiracisme racisé

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Publié le

10 septembre 2020

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Comment expliquer que la France reste aux yeux des antiracistes une république coloniale, quand bien même la décolonisation a été opérée et achevée depuis plusieurs décennies ? C’est que derrière la critique du colonialisme et du rationalisme républicain, se cache une détestation de la blanchité.
Manif BLM

Au commencement, il y a la colonisation. Tel est le dogme du nouvel « antiracisme » décolonial qu’il s’agit de saisir dans ses présupposés et ses conséquences. Il est le résultat logique de l’échec de la mouvance antiraciste, tendance années 80. Celle-ci était structurée sur un déni des races au bénéfice d’un multiculturalisme vu comme le déploiement du principe d’égalité des droits. Les valeurs de la République étaient considérées comme un socle suffisamment solide pour rendre possible « un vivre ensemble » dans le « respect des différences ». L’agenda multiculturaliste était intrinsèquement lié à l’abandon de toute volonté assimilatrice des immigrés extra-européens, l’assimilation étant perçue comme le refus intolérant des différences culturelles et religieuses. L’adhésion aux valeurs de la République suffirait à « faire société ».

Il n’en a rien été puisque les fameuses valeurs sont purement formelles et qu’une société ne se réduit pas à être un agrégat d’individus ; elle est un être collectif ayant des caractéristiques substantielles. Ce qui devait arriver arriva. Le décalage entre le discours politique centré sur l’égalité des droits et la réalité sociale dans laquelle un « Français de papier » n’est évidemment pas un compatriote, renforça le sentiment victimaire de ces populations. La rencontre de l’abandon du modèle assimilationniste et du peu d’entrain de nombre d’immigrés à faire leur la France engendra l’échec prévisible de l’utopie du « vivre ensemble ».

Le nouvel antiracisme proclame que cet échec vient du fait que la République française est restée coloniale. Les immigrés peuvent bien acquérir des papiers d’identité français, ils resteront des « indigènes ».

Le nouvel antiracisme proclame que cet échec vient du fait que la République française est restée coloniale. Les immigrés peuvent bien acquérir des papiers d’identité français, ils resteront des « indigènes », régis par un code discriminatoire d’autant plus rigoureux qu’il est implicite. Il s’agit donc rien de moins que d’achever la décolonisation et pour cela de procéder à une généalogie de la colonisation. Le principe de la colonisation républicaine peut être formulé de la manière suivante :

Au commencement, il y a la Raison. Celle-ci est une invention de l’Europe pour déployer sa puissance dominatrice. C’est ici que le discours décolonial s’appuie sur la philosophie française d’origine largement nietzschéenne (tendance gauchiste) de Foucault, Deleuze et Derrida. Rappelons que la modernité rationaliste, celle-là même qui se déploie dans les valeurs de la République, est une sorte de messianisme séculier. Les Lumières de la Raison se manifestent dans la science et le progrès moral d’une humanité enfin libérée des superstitions obscurantistes. Tel est le programme bien connu de la République maçonnique qui organise simultanément dans les années 1880 la colonisation des« races inférieures » et l’école laïque et obligatoire pour arracher les terroirs au catholicisme monarchique.

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Mais cette déification de la raison est contemporaine du cri de Nietzsche « Dieu est mort », formule foudroyante révélant que le temps du nihilisme est advenu : « Les plus hautes valeurs se dévalorisent » car elles ne sont justement que des valeurs, c’est-à-dire des affirmations projectives de forces vitales. La Raison moderne n’est qu’un avatar du Dieu judéo-chrétien et le pot-au-rose est en train d’être découvert. Nietzsche et ses épigones ne cesseront de traquer dans les textes canoniques de la tradition européenne les opérations de cette volonté de puissance arbitraire et irrationnelle se donnant autant d’absolus idolâtriques. Et en deçà de la Raison, il y a la déraison, le flux et le reflux des forces vitales. La modernité s’effondre alors sur elle-même et ses partisans vont devenir « postmodernes » sans même s’en rendre compte.

Le délitement de l’école républicaine suit de près la lutte des intellectuels français pour la décolonisation. Il s’agit de traquer dans tout universalisme la volonté d’une particularité à s’imposer à d’autres. Au commencement est donc l’immanence du multiple et du devenir, au commencement est le chaos, c’est-à-dire le règne de l’indifférencié et de l’indéterminé. Le perspectivisme et le relativisme se réalisent alors dans le modèle multiculturaliste promu par cette République qui a perdu de sa superbe rationaliste. Derechef, d’où vient l’échec de l’antiracisme des années 80 ? D’où vient que la France est restée une république coloniale après la décolonisation ? Parce que, répondent les Indigènes, la France est blanche.

Houria Bouteldja : « Notre présence sur le sol français africanise, arabise, berbérise, créolise, islamise, noirise la fille aînée de l’Église, jadis blanche et immaculée. »

Au commencement est la race blanche. L’impensé de tout Français de souche est qu’il est blanc et que les immigrés venus des anciennes colonies ne le sont pas. « La blanchité est une forteresse inexpugnable », crie Houria Bouteldja dans Les Blancs, les Juifs et nous (La Fabrique, 2016). Il faut lire ce petit livre pour entendre ce qui jaillit de ce ressentiment d’une violence inouïe. « Attaqués de toutes parts, dit-elle en s’adressant aux Blancs, suscitant des haines aux quatre coins de la planète, acculés à justifier vos conquêtes, affaiblis par les résistances multiformes et surtout par les luttes d’indépendance, confrontés à votre laideur intrinsèque et à ce que vous considérez comme le paroxysme de votre folie – le nazisme – il vous a fallu vous doter d’un appareil de défense global et structurel qui allait assurer la poursuite de votre projet impérial ainsi que la longévité et la survie de votre corps social. Cet appareil politico-idéologique, c’est le système immunitaire blanc ». À savoir « l’humanisme et le monopole de l’éthique ».

Si le nazisme est intrinsèque à la blanchité, et que l’humanisme en est l’autre nom, on comprend que ce n’est qu’en se reniant indéfiniment eux-mêmes que les Blancs pourront être tolérés dans cette future France. « Notre présence sur le sol français africanise, arabise, berbérise, créolise, islamise, noirise la fille aînée de l’Église, jadis blanche et immaculée, aussi sûrement que le sac et le ressac des flots polissent et repolissent les blocs de granit aux prétentions d’éternité. Nous transformons la France. Elle s’intègre à nous. Nous participons à l’élaboration de la norme identitaire et par là de la remise en cause du pacte républicain qui est aussi un pacte national-racial ». C’est dit. Et tous les idiots utiles du progressisme racisé ne pourront pas se plaindre d’avoir été pris par surprise.

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