Paradoxalement, c’est aux États-Unis que la french theory essaime le plus au cours des décennies suivantes, générant des mouvements soucieux de déconstruire l’ensemble des valeurs qui régissaient depuis trop longtemps la société occidentale blanche, réactionnaire et patriarcale. Trente ans plus tard, au début des années 2000, la french theory fait son retour en France à travers les gender studies ou les postcolonial studies, qu’une nouvelle génération découvre à travers les écrits de Judith Butler, Edward Said ou Donna Haraway. Les postcolonial studies connaissent depuis le début des années 2000 une vogue certaine dans les départements de sciences sociales.
Elles postulent que la France, nation « post » et « néo-coloniale », a imposé un statut inférieur aux populations colonisées, statut perpétué aujourd’hui dans un pays devenu multi-ethnique
Elles postulent que la France, nation « post » et « néo-coloniale », a imposé un statut inférieur aux populations colonisées, statut perpétué aujourd’hui dans un pays devenu multi-ethnique. Ainsi a pu émerger le concept de « racisation », assignant à certaines catégories de la population des représentations qui prouvent leur infériorisation. Le concept est développé par la sociologue Colette Guillaumin, dans son ouvrage L’idéologie raciste, publié en 1972, mais son usage politique et militant se répand largement à partir des années 2000, dans le champ universitaire et les mouvances militantes.
La fortune du concept de « racisation » représente aujourd’hui un casse-tête pour les mouvements antiracistes traditionnels. Dans un article publié en 2019 sur le site d’ATTAC, Patrick Simon, chercheur à l’INED, démontre que l’antiracisme traditionnel fondé sur l’invisibilisation des origines ethniques, est obsolète, car depuis la fin de la colonisation, l’immigration massive a modifié en profondeur la composition de la population française et fait clairement apparaître en son sein des populations « racisées », soumises au régime de la discrimination.
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S’interdire de parler de « races » pour considérer la société française actuelle revient donc à fermer les yeux sur les discriminations qui s’exercent au sein d’une population française multiethnique, encouragées par un véritable « racisme d’État ». Cette position, loin d’être marginale à l’université, se trouve défendue par des figures médiatiques, comme Geoffroy de Lagasnerie, sociologue qui a coécrit en 2019 Le Combat Adama avec Assa Traoré, ou encore Maboula Soumahoro, maître de conférence spécialiste des « french diaspora studies », qui a soutenu Houria Bouteldja (Porte-parole des Indigènes de la République), jusque dans ses délires les plus racistes, antisémites ou homophobes au nom de la solidarité avec les « racisés ».
80 personnalités avaient, en novembre 2018, lancé un appel dans Le Point pour mettre en garde contre l’influence grandissante de ces mouvances et leur volonté de promouvoir le racialisme, le différentialisme et le ségrégationnisme en neutralisant médiatiquement leurs adversaires. Verrons-nous bientôt sur certains campus des associations exigeant la démission d’un professeur parce qu’il aura eu l’audace de s’opposer à un « jour sans blancs » réclamé par un collectif d’étudiants comme cela avait été le cas en 2017 aux États-Unis sur le campus d’Evergreen State College ? Les petits-enfants monstrueux de la french theory sont aujourd’hui à la manœuvre au sein de l’université française.





