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Racisés ou (dé)racinés ?

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Publié le

11 septembre 2020

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Derrière le discours victimaire des racisés se cachent des individus doublement déracinés : coupés de leur terre natale, ils sont accueillis par un pays en déshérence culturelle et religieuse qui ne propose plus rien.
déracinés

Le néologisme « racisé » signife la qualité assignée par un système dominant à un individu ou à un groupe en raison de ce qu’il nomme « race ». Cela permet de réduire la race à un simple concept raciste, à une construction sociale légitimant la domination des « non-racisés ». « Racisé » désigne donc concrètement aujourd’hui l’envers du privilège de la blanchité. « Ce privilège, tout comme le privilège de la masculinité et de l’hétérosexualité consiste concrètement dans le fait qu’il n’existe pas sur l’individu ainsi identifé de récit social de son abjection éventuelle qui le précéderait et qui ramènerait toutes ses conduites à des conduites d’espèces, à un particularisme potentiellement déviant et/ou dangereux » (Médiapart, 5 février 2018, tribune de N. Ajari, H. Bentouhami, JC Goddard).

Seuls les racisés peuvent utiliser de manière non-raciste le mot « race ». Et ils ne s’en privent pas. Ce retournement dialectique, la fameuse « inversion du stigmate » participe de la lutte politique du nouvel antiracisme qui repose sur la double thèse : la race n’existe pas mais le racisme (intrinsèque aux Blancs) existe et doit être combattu. L’intérêt est également que les Arabes et les Noirs ne peuvent pas être accusés de racisme. Le bénéfice politique de ce tour de passe sémantique est évidemment important puisqu’il permet d’utiliser la grille de lecture de la lutte des races en en interdisant l’accès à ceux que l’on combat.

Dans cette nouvelle doctrine d’un péché originel unilatéral, nulle rédemption n’est attendue d’un divin sauveur. En bonne vulgate marxiste, seule la révolution sociale […] et la rééducation des masses feront advenir une humanité enfin réconciliée avec elle-même. On connaît la suite…

Dans les luttes intersectionnelles, le mâle hétérosexuel blanc est ainsi condamné au silence et n’est autorisé qu’à s’agenouiller pour expier la faute intrinsèque à sa condition héritée. Dans cette nouvelle doctrine d’un péché originel unilatéral, nulle rédemption n’est attendue d’un divin sauveur. En bonne vulgate marxiste, seule la révolution sociale (ou plutôt ici « sociétale ») et la rééducation des masses feront advenir une humanité enfin réconciliée avec elle-même. On connaît la suite… Il convient néanmoins de reconnaître la condition de possibilité d’un tel discours, signe d’un malaise identitaire indéniable. Derrière les discours vindicatifs des « racisés », on découvre rapidement des personnes en réelle souffrance, une errance engendrée par un déracinement profond. La posture victimaire est certes un sport répandu aujourd’hui et qui peut rapporter gros, mais elle se fonde le plus souvent sur une mémoire collective blessée.

La situation dramatique que nous vivons aujourd’hui vient d’un déracinement généralisé et des indigènes et des autochtones. Comment réaliser l’assimilation des premiers si les seconds sont eux-mêmes coupés de leurs racines civilisationnelles ? Chez Cicéron, la culture de l’âme s’entend encore comme une analogie greffée sur la culture de la terre. Il s’agit d’abord de cultiver les végétaux, modèle des êtres naturels. Ainsi raciner signifie prendre racine, commencer à produire des racines. Raciné désigne donc au sens strict un végétal nouvellement implanté. On reconnaît là l’acte propre de la transmission. Chaque génération nouvelle doit être racinée par celle qui l’accueille et qui l’a fait naître. Or on ne peut raciner que si l’on a soi-même pris racine.

Lire aussi : Généalogie de l’antiracisme racisé

Barrès et Péguy ont médité sur ce mouvement axial grâce auquel un peuple demeure lui-même. Raciner consiste à faire participer une nouvelle génération à l’âme d’un peuple, c’est-à-dire à ce par quoi il est ce qu’il est en vie et un. Mais qu’advient-il lorsque l’âme devient principe de dispersion et d’arrachement ? Le peuple perd sa personnalité et se délite en un agrégat d’individus cherchant désespérément à donner sens à leur vie et se regroupant en communautés électives.

Les racisés ont été doublement déracinés. Leurs parents ou leurs grands-parents ont quitté leur terre natale. Et ils ont été accueillis dans un pays, la France, qui ne sait plus qui elle est si ce n’est « la patrie des droits de l’homme, de la liberté et de l’égalité », autant de valeurs formelles au nom desquelles nombre de traditions et de coutumes ancestrales ont été ridiculisées et bannies de l’espace public. Le drame civilisationnel que nous vivons vient du fait que simultanément l’école républicaine et l’Église catholique ont renié en grande partie leur mission de transmission. Ces deux institutions avaient pour cœur battant la « romanité », c’est-à-dire pour reprendre Hannah Arendt et Rémi Brague, cette attitude intérieure de se savoir héritier d’un amont d’origine plus noble que soi-même et de se recevoir de cette source afin d’en transmettre le contenu à un aval à élever. La romanité est cette secondarité culturelle et religieuse qui a constitué la grandeur de Rome, médiatrice d’Athènes et de Jérusalem pour les peuples barbares.

Le terroir est comme un palimpseste où, labourant / sur les sillons des anciens, les paysans mettront / sans fin même semence de graines palpitantes

La décolonisation honteuse est contemporaine de la crise de l’Église consistant pour nombre de ses fils à deshelléniser la foi et à abandonner la liturgie et la culture latines. Le progressisme chrétien est un déracinement dont l’une des manifestations a été la fermeture de nombreux patronages au moment même où des immigrés d’origine musulmane arrivaient dans les banlieues de nos grandes villes. La nature humaine ayant horreur du vide, la déshérence culturelle et religieuse créa l’appel d’air de la racisation et de l’islamisation des populations de l’ancien empire colonial.

Ainsi notre tâche ne se réduit pas à critiquer le discours antiraciste mais à promouvoir une authentique racination. Celle-ci est au cœur du combat culturel et politique des décennies à venir. Se plonger dans le génie de notre race est la meilleure réponse à toutes les tentatives de culpabilisation des victimes racisées. Cela permettra de rappeler que l’acception biologique du mot race n’est pas la plus intéressante, même si elle n’est pas à nier. Renaud Camus nous a donné une analyse stimulante d’un tel mot dans son petit livre Le mot « race » (Chez l’auteur, 2018). Le génie de la race ne perdure que s’il est transmis dans les cœurs et les intelligences. Rien d’automatique. Rémi Soulié cite dans son magnifique Racination (Pierre Guillaume de Roux, 2018) un poète occitan : « Le terroir est comme un palimpseste où, labourant / sur les sillons des anciens, les paysans mettront / sans fin même semence de graines palpitantes. »

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