« Isten, áldd meg a magyart ! » Que Dieu bénisse les Hongrois ! Arrière-petit-fils du régent de Hongrie et archiduc Joseph (1872-1962), issu de la branche palatine des Habsbourg-Lorraine, le prince Édouard de Habsbourg-Lorraine approuve sans réserve le préambule de la constitution hongroise (Magyarország alaptörvénye). Auteur et producteur de documentaires, sa nomination le 7 décembre 2015 comme ambassadeur de Hongrie auprès du Saint-Siège, n’est pas passée inaperçue. « Le christianisme est considéré comme un élément indissociable de l’identité de notre nation », déclare-t-il volontiers.
À 53 ans, ce père de 6 enfants est apprécié du pape François même s’il avoue une affection particulière pour Benoît XVI. Il doit coordonner la visite officielle du Souverain Pontife en Hongrie en 2021 (initialement prévue cette année, mais repoussée pour cause de pandémie). L’archiduc encourage également la future béatification du cardinal et primat de Hongrie, József Mindszenty. Sa cause, ouverte en 1996, est en bonne voie. Le pape François a signé le 12 février 2019 un décret de reconnaissance de l’héroïcité des vertus du primat de Hongrie. En 1946, le Vénérable avait courageusement demandé au parlement le retour des Habsbourg dans une Hongrie opprimée par les Soviétiques. Son opposition au régime communiste, qui culmine lors de la révolte de Budapest en 1956, lui a valu plusieurs années de prison et de torture avant de mourir en exil. « Un véritable martyr », pour le pape François.
En Hongrie, les femmes ont le choix. Elles peuvent autant poursuivre leurs activités professionnelles au travail que chez elles, ou s’occuper de leurs enfants. Les familles sont soutenues dans les deux cas, y compris lorsqu’il y a de nombreux enfants à charge
Aujourd’hui, Édouard de Habsbourg est devenu une voix incontournable de la Hongrie chrétienne et entend mettre le prestige de son nom au service de son pays : « La marque Habsbourg est de nouveau perçue de manière très positive dans le monde entier », observe-t-il dans les colonnes de L’Osservatore Romano. Comme son frère Paul, prêtre à Paris, il ne dédaigne pas défendre ses convictions sur internet et les réseaux sociaux : « Je me suis inscrit sur Twitter pour montrer au monde entier que les catholiques ne sont pas des gens tristes, arriérés, fuyant le monde, mais des gens qui aiment la culture, qui sont aussi modernes, peuvent se divertir et discuter ouvertement ».
Interrogé par le média International Family News le 2 juillet dernier, Édouard de Habsbourg-Lorraine y a défendu avec ferveur la politique familiale mise en place par le gouvernement de Viktor Orbán et regreté que les « Européens ne fassent plus d’enfants ». Il se félicite d’ailleurs de la remontée démographique de son pays. Entre 2010 et 2018, le taux d’avortement a chuté significativement de 33,5 %, les mariages ont augmenté de 43 % et les divorces ont également diminué de 22,5 % entre 2010 et 2017. La réforme familiale, votée il y a deux ans, a encore accéléré les choses. Les mariages en 2019 étaient plus élevés de 84 % qu’en 2010. « Le nombre d’enfants par femme est 20 % plus élevé qu’en 2010 », précise-t-il.
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En mars 2019, il a assisté au XIIIe Congrès mondial des familles à Vérone sans état d’âme et s’irrite de certaines positions du Parlement européen qui critiquent la politique familiale hongroise : « C’est un non-sens ! En Hongrie, les femmes ont le choix. Elles peuvent autant poursuivre leurs activités professionnelles au travail que chez elles, ou s’occuper de leurs enfants. Les familles sont soutenues dans les deux cas, y compris lorsqu’il y a de nombreux enfants à charge ». Il salue au passage le travail de son gouvernement : « Le Premier ministre Orbán est clairement père de famille et pro-famille, notre ministre de la Famille Katalin Novák et bien d’autres aussi. Cela donne l’exemple et encourage les gens ».
Concrètement, l’ambassadeur près le Saint-Siège ne manque pas d’idées : « Si un État souhaite encourager les familles à se lancer dans l’aventure des (grandes) familles, il doit d’abord y mettre les moyens. Un mélange d’allégements fiscaux et de soutien financier direct est très important. Quelques exemples : à partir du troisième enfant, vous ne payez pratiquement aucun impôt sur le revenu, une femme avec quatre enfants ne paie plus d’impôts. Il existe des prêts pour les jeunes couples mariés que vous n’avez pas à rembourser à partir du troisième enfant. Il existe également des prêts pour la construction de maisons, un soutien financier pour les grandes voitures familiales. Les grands-parents reçoivent un soutien pour la garde d’enfants ». L’archiduc conclut : « Le problème démographique en Europe devrait tous nous concerner, la famille est un des éléments importants de notre constitution ».
[Un] pays ne devrait accepter les réfugiés que s’il est en mesure de les intégrer correctement […] que celui-ci a un droit aux frontières et ces frontières doivent également être protégées quelques soient ces moyens
En retour, le diplomate hongrois n’hésite pas à tacler sévèrement l’Union européenne sur sa politique migratoire. En juin 2018, interrogé par Vatican News, il déclarait qu’un « pays ne devrait accepter les réfugiés que s’il est en mesure de les intégrer correctement » avant d’ajouter « que celui-ci a un droit aux frontières et ces frontières doivent également être protégées quelques soient ces moyens ». « Donnons aux différents pays qui composent l’Europe le droit de trouver des solutions différentes », proposait l’ambassadeur. Il est aidé en cela par son cousin de la branche aînée, Georges de Habsbourg-Lorraine, président de la Croix-Rouge hongroise entre 2004 et 2012, ambassadeur hongrois depuis 24 ans et représentant spécial chargé des questions de l’ONU et des affaires olympiques : « L’Europe est en danger, perd sa foi ! ».
C’est un « continent chrétien qui repose sur des bases chrétiennes […] » et « si un vide surgit dans le domaine de la religion, il sera rempli par une autre religion », allusion évidente à l’islam, croyance dominante chez les immigrés transitant par Budapest. Ces craintes sont justifiées selon l’archiduc Édouard : « Il ne faut pas oublier qu’un siècle et demi d’occupation turque est restée une expérience traumatisante dans la mémoire collective hongroise […] Cela explique aussi la nervosité des Hongrois à l’idée de recevoir des milliers de migrants musulmans sur son territoire ». En 2016, l’archiduc Édouard de Habsbourg-Lorraine s’est félicité de la création d’un secrétariat d’État pour aider les chrétiens persécutés au Moyen-Orient. Une initiative qui fait de la Hongrie un exemple pour l’Europe.
Propos recueillis par Frédéric de Natal et et Hadrien Desuin





