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Jérémy Bouhy : « Pour les deuxième et troisième places, il y aura l’une des plus belles oppositions des cinq ou six dernières saisons »

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Publié le

21 septembre 2020

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Alors que la Ligue 1 a repris le 21 août dernier, l’agent de clubs Jérémy Bouhy nous donne son regard sur l’actualité du football français, de l’excellence de son système de formation à ses belles prestations sur la scène européenne.
Bouhy

Quels sont vos favoris pour cette saison 2020-2021 de Ligue 1 ?

Le Paris Saint-Germain est imbattable, la saison est déjà écrite. Derrière, il y aura une lutte farouche, qui sera d’ailleurs l’une des plus belles oppositions des cinq ou six dernières saisons, pour les deuxième et troisième places. Je mets sur un pied d’égalité Marseille, Lyon, Lille, Rennes et Nice. Impossible de dire parmi ces cinq clubs qui sera deuxième et troisième.

Faute de matchs européens à jouer cette saison, Lyon n’a-t-il pas les moyens d’aller challenger Paris ?

Je ne pense pas. Parmi les cinq prétendants, ils ont effectivement les moyens d’être deuxième parce qu’ils ne jouent pas de coupe d’Europe, contrairement aux autres. Mais je pense que le PSG est dans une autre galaxie. Ils sont très costauds : ils peuvent perdre trois titulaires, leurs trois remplaçants seront du niveau des titulaires de Lyon. Je pense vraiment que l’écart est trop important. Même si le PSG commence mal, je pense que le championnat est joué, tout comme la Coupe de France d’ailleurs.

Les qualifications du Paris Saint-Germain et de Lyon en demi-finale de la Ligue des Champions peuvent-elles avoir des retombées favorables sur le football français ?

Je pense que ces qualifications valident le système de formation français. Et elles pourront être un argument pour des clubs – Marseille, Lyon, Lille, Rennes et Nice – afin d’aller chercher les meilleurs joueurs sud-américains par exemple. Le championnat français est très compétitif. Quand les joueurs brésiliens, argentins ou même européens auront des propositions de clubs français ou allemands, italiens ou anglais, les clubs français pourront faire valoir qu’on avait deux représentants en demi-finale de Ligue des champions.

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Comment expliquer le grand écart entre le niveau relativement moyen du championnat français, et l’excellence des joueurs français qui évoluent dans les plus grands clubs européens ?

Je pense que le niveau de la Ligue 1 est assez important aujourd’hui. Certes, on ne le voit pas en Europa League parce que les clubs français sont souvent éjectés dès le premier tour, n’ayant pas la surface pour pouvoir se défendre à la fois en Ligue 1 et le jeudi soir en Europa League. Mais si on compare le niveau de jeu, je ne suis pas persuadé que la Ligue 1 soit si en retard que ça sur les aux autres championnats. Bien-sûr, on voit de très belles affiches dans le championnat anglais et le Classico en Espagne. Mais en comparant le niveau moyen du championnat espagnol et du championnat français, on n’a pas un grand retard.

Pourquoi des clubs comme Porto, Benfica ou Séville sont-ils capables de faire de grosses performances en Europa League, alors que des clubs français qui ont des budgets à peu près équivalents et qui sont de bons clubs en France n’y arrivent pas ?

La réponse est très simple. Dans leur championnat domestique, ces clubs n’ont que six matchs difficiles dans l’année. Quand tu es Séville, après avoir joué deux fois le Barça et deux fois le Real, plus une autre fois peut-être en coupe, tu joues contre Eibar, Elche et Granada. Donc tu as le temps de récupérer, de faire souffler les joueurs, et de te concentrer sur l’Europa League. A l’inverse, un club français qui joue l’Europa League, par exemple le Stade de Reims cette année, doit se farcir tous les week-ends l’un des clubs cités plus tôt, en plus des Saint-Etienne et des Bordeaux.

Le drame du championnat français, si on peut dire ça comme ça, c’est que derrière l’élite stratosphérique que représente le PSG, il y a un embouteillage de la deuxième à la dixième place avec un niveau très dense et donc des matchs très compliqués. Voilà pourquoi il est difficile de briller le jeudi soir.

En fin de compte, il est difficile pour un club français moyen jouant l’Europe League d’être compétitif le jeudi soir six fois à l’automne, tout en jouant trois jours avant et trois jours après les clubs cités plus haut. Ce n’est pas le cas de Porto : dans l’année, ils n’ont que cinq matchs difficiles Le drame du championnat français, si on peut dire ça comme ça, c’est que derrière l’élite stratosphérique que représente le PSG, il y a un embouteillage de la deuxième à la dixième place avec un niveau très dense et donc des matchs très compliqués. Voilà pourquoi il est difficile de briller le jeudi soir.

Comment expliquer le fait que les clubs français soient incapables de conserver les jeunes joueurs, souvent d’un très bon niveau, formés en France ?

On a un système de formation qui est l’excellence en Europe. C’est la raison pour laquelle aujourd’hui, tous les grands clubs et mêmes les clubs moyens (comme le Red Bull Leipzig, le Red Bull Salzbourg, Mayence ou Francfort) viennent faire leur recrutement en France. Ils savent que jusqu’à 18 ans, on a un modèle de formation excellent.

C’est une volonté délibérée des clubs que de vendre leurs jeunes joueurs. Il faut bien comprendre que le modèle économique des clubs francais repose sur la formation et la vente de joueurs. Quand on voit que Crystal Palace vient chercher un joueur à Dijon, il ne faudrait pas croire que les pauvres Dijonnais se font braquer leurs jeunes joueurs. Il faut plutôt voir que Dijon a formé un joueur, l’a mis en valeur avec l’équipe première et qui l’a vendu pour 10 ou 15 millions. L’exode des jeunes joueurs est la conséquence d’une volonté délibérée des clubs de les former et de les vendre pour empocher des plus-values, soit pour les dividendes des actionnaires, soit pour réinvestir dans le centre de formation ou dans des infrastructures de manière plus générale.

Quelle est la santé financière du football français, notamment au regard de l’augmentation considérable des droits télévisés ?

Il y a beaucoup de sources d’informations différentes. Quand vous écoutez Jean-Michel Aulas, c’est une situation dramatique, et lui met justement en avant le fait que le coronavirus a bouleversé l’écosystème du football français. Mais vous avez d’autres clubs qui reconnaissent de manière plus neutre que finalement les droits TV ont été versés. On a basculé vers un nouveau modèle de contrat télévisé qui est versé par Média pro à partir de cette saison et jusqu’à 2025. Les droits TV ont été versés, les matchs ont lieu, je ne suis pas persuadé que cela ait réellement bouleversé l’économie du football français.

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Il faut aussi bien identifier qu’aujourd’hui la plupart des clubs de Ligue 1 ont un actionnariat très solide, qui le cas échéant peut mettre la main au portefeuille et renflouer les clubs. Pour le PSG, c’est l’Etat qatari. Nice appartient au milliardaire anglais Jim Ratciffe, propriétaire d’INEOS qui est l’une des plus grosses fortunes d’Angleterre. Marseille appartient à un milliardaire américain. Rennes appartient à la famille Pinault.

Quelles sont les raisons pour lesquelles le groupe City a racheté l’ESTAC Troyes, dans la mesure où la ville est sans commune mesure avec Manchester et New York ?

Cela fait le lien avec ce que j’évoquais tout à l’heure : le niveau de formation d’excellence, donc je pense qu’ils viennent à la source. Je pense que cela va devenir la plaque tournante du City Football Group, qui rappelons-le n’est pas un seul club : c’est Manchester City, New York City Football Club, Yokohama Marinos au Japon, Melbourne City en Australie, et bien d’autres encore. En allant chercher à la source la matière première, donc les petits joueurs français formés de 15 ans à 18 ans, ils vont réussir à irriguer tous leurs clubs. Les très bons joueurs de Troyes iront à Manchester City et les autres seront ventilés un peu partout. Ça veut dire qu’ils paieront moins cher que d’aller chercher des joueurs français et de les acheter à Reims, à Nancy, à Orléans et au Havres. Ils vont les former chez eux et ça ne leur coûtera rien.

Un peu comme veut le faire le groupe Red Bull ?

Oui exactement comme l’a fait Red Bull, qui eux sont allés encore plus loin. Ils ont ouvert des académies en Afrique et au Brésil, et récupèrent les gamins talentueux à 12 ans.

Ça rappelle un peu ce que faisait l’Udinese en Italie : ils avaient 400 joueurs sous contrat.

Tout à fait, ils avaient 400 joueurs sous contrat, qu’ils prêtaient partout. Quand les joueurs étaient bons, ils les récupéraient ou ils les revendaient. Et surtout, la famille Pozzo, propriétaire de l’Udinese, a racheté Watford en Angleterre et Granada en Espagne, qu’ils ont revendu depuis. Donc la famille Pozzo possédait, à un moment donné, l’Udinese, Watford et Granada.

J’ai adoré la phase finale de Ligue de Champions : avec huit clubs dans une même ville pour les quarts, les demis et la finale, on avait un peu l’impression de retrouver un Euro ou une Coupe du monde avec les matchs de la muerte.

De nouvelles dispositions ont été testées durant le Final 8 de Lisbonne, comme les cinq remplacements ou les qualifications en un seul match. Seront-elles amenées à être pérennisées?

Je crois que l’UEFA a rétropédalé et a annoncé récemment que la phase finale de la Ligue de Champions à huit clubs ne serait pas poursuivie. Et je crois aussi que le système d’élimination directe pour les tours préliminaires de Ligue de Champions et d’Europa League n’a pas vocation à perdurer.

S’agissant des cinq remplaçants, je n’ai pas d’informations, sachant que cela dépend non pas de l’UEFA mais de la FIFA. Je n’ai pas d’avis particulier sur les cinq remplacements, si ce n’est que moi – et là je sors du business du football et me replace en tant que pur passionné et spectateur – j’ai adoré la phase finale de Ligue de Champions et je trouve dommage qu’on ne réédite pas l’expérience. Je trouve que c’est même plus intéressant que les années habituelles, où on commençait en huitième de finale avec les matchs aller-retour. Ça s’étalait sur un mois, on ne savait plus qui jouait contre qui. Alors que là, avec huit clubs dans une même ville pour les quarts, les demis et la finale, on avait un peu l’impression de retrouver un Euro ou une Coupe du monde avec les matchs de la muerte.

Mais plus on a des matchs de la muerte, moins s’en sont : on perd la magie de l’attente d’une phase finale de coupe du monde, qu’on met quatre ans à attendre.

Oui effectivement. Si ce n’est que pour moi c’est quand même encore un autre produit, parce que là pour le coup, on supporte une équipe alors qu’en coupe du monde, on supporte son pays. Ce n’est pas vraiment le même calendrier, ni la même façon de vibrer. Et si on en juge par les deux dernières éditions, je trouve qu’il y a vraiment eu des matchs au couteau cette année. Par exemple, le PSG match aller-retour face à l’Atlanta Bergame, ils auraient peut-être été en danger là-bas, mais sur les deux matchs ils seraient passés facilement. Alors que là, jusque la 89ème minute, les Parisiens sont menés et peuvent être battus. Sur un match en tout cas, qui plus est sur terrain neutre, on redistribue les cartes et on remet un peu plus d’incertitudes du sport.

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Le 30 avril dernier, le Conseil d’administration de la LFP a décidé de mettre un terme à la saison 2019-2020 de Ligue 1, alors que les autres grands championnats ont repris leur saison. Rétrospectivement, cette décision était-elle une erreur ?

Je suis d’ordinaire très critique à l’encontre des instances françaises, mais pour le coup je vais prendre le contre-pied de mes positions habituelles. Sur ce point très précis, je trouve que la LFP – mais il faut remonter plus haut, c’est une décision gouvernementale –  a pris une bonne décision en arrêtant la Ligue 1. Au moment où on décide d’arrêter, on a d’autres préoccupations : il y a des gens qui meurent dans les hôpitaux tous les jours. Il y a donc d’autres priorités en France que de savoir si Lille va aller gagner à Montpellier. On ne savait pas si ça allait durer un an, six mois ou trois semaines.

Pour moi, il n’y a pas eu d’injustice dans la mesure où le PSG était largement en tête et allait être champion. Lyon, qui est mon club de cœur, peut dire qu’il n’a pas eu l’égalité des chances pour se qualifier en LDC, mais si il était aussi loin au classement à ce moment de la saison, c’est qu’il y avait une justification : ils n’ont pas été bon sur la saison. Si Amiens est descendu, c’est peut-être qu’il devait descendre. Je ne vois pas d’injustice notoire. La décision est bonne, il fallait arrêter. On avait autres choses à penser à ce moment-là que le football, les qualifications en Ligue des Champions ou le maintien en Ligue 1. Il y a des moments où la raison dépasse la passion.

Propos recueillis par Louis Lecomte et Rémi Carlu

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