On connaît en France Jonathan Franzen le romancier, pas l’essayiste : on le découvre aujourd’hui avec Et si on arrêtait de faire semblant ?, sélection d’essais tirés de deux recueils parus en 2012 et 2018. Le pingouin de la couverture, juché sur un baril de pétrole, indique le thème du livre, l’écologie. Mais ce n’est pas le seul : Franzen parle aussi du 11-Septembre, des nouvelles technologies, de littérature, du progressisme et des oiseaux – passionné d’ornithologie, Franzen connaît des milliers d’espèces et traverse souvent la planète pour en admirer de nouvelles.
Les menaces qui pèsent sur ses chers volatiles le préoccupent énormément ; les parcs d’éoliennes, notamment, ces hachoirs à oiseaux plantés trop souvent sur le trajet des migrateurs. Du coup, il se trouve en porte-à-faux avec ses amis écolos qui, défenseurs du tout-éolien, préfèrent imputer pudiquement la mortalité des oiseaux… au réchauffement climatique, « un coupable politiquement plus acceptable ». Sur ce plan, Franzen est honnête : il se réclame du camp progressiste, mais il ne cherche pas à dissimuler les difficultés et contradictions du progressisme.
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Il lui arrive même – à soixante-et-un ans, c’est inévitable – de pencher du côté des conservateurs, par exemple quand il se plaint de l’envahissement de New-York par de jeunes ahuris accros au portable, qui font profiter des métros entiers de leurs conversations intimes – une charge contre le manque de savoir-vivre qui ne déparerait pas en dernière page de L’Incorrect ! Quoique parfois longuets, ses essais sont toujours brillants, artistement construits (un peu de reportage, un peu de d’autobiographie, un peu réflexion), et dépourvus de manichéisme. L’art d’écrire des essais tel que le lui a enseigné Henry Finder, son mentor du New-Yorker, compte d’ailleurs parmi les sujets abordés, au même titre bien sûr que l’art d’écrire de la fiction, sa « religion ».
Le court essai final, qui donne son titre au recueil, nous ramène à l’écologie. Équitable, il peut mettre d’accord tous les défenseurs de la Création, quelle que soit leur chapelle. « Un jour viendra peut-être où l’agriculture locale traditionnelle et les communautés soudées ne seront plus simplement des termes progressistes à la mode. Se montrer courtois avec ses voisins et respecter la terre – maintenir un sol sain, gérer l’eau avec parcimonie, protéger les pollinisateurs – seront des choses essentielles pour la société qui affrontera et survivra à la crise ». Dit comme ça, amen.

Jonathan Franzen
L’Olivier
350 p. – 22,50 €





