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Dans l’enfer d’OnlyFans

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Publié le

23 octobre 2020

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Payer pour voir : c’est la promesse du site OnlyFans. Un réseau social comme Instagram, à la différence que les « fans » paient un abonnement mensuel pour accéder aux contenus des influenceurs. Mais ce réseau a mauvaise presse : on le surnomme l’« Instagram du porno ».
OnlyFans

Le site britannique a vu le jour en 2016, avec une proposition culottée : monétisez votre influence. Là où les réseaux sociaux classiques logent tout le monde à la même enseigne, OnlyFans rebat les cartes : il y a ceux qui se montrent, et ceux qui payent pour voir. Les contenus se réservent aux fans prêts à lâcher entre 4,99 $ et 49,99 $ d’abonnement mensuel, montant fixé par le créateur de contenu. 80 % pour lui, 20 % pour le site. Un bon mac prend toujours sa part.

Qui est dessus ?

En échange de cette contribution, les fans privilégiés pourront découvrir leurs stars favorites loin des projecteurs, à travers des contenus exclusifs (photos, lives…) et éventuellement faire battre leur petit cœur en échangeant des messages avec elle. En 2020, le site prend son envol, porté notamment par Beyoncé qui y fait référence dans son dernier clip. Bella Thorne, l’ex-égérie de Disney, a empoché un million de dollars la semaine de son inscription. Et fait planter le site au passage.

Lire aussi : Pornovirus : comment la pornographie infecte le cerveau (1/2)

Ces promesses d’argent facile attirent de nombreux « créateurs » plus anonymes. Au premier abord, rien de bien inquiétant, ni de très original : PatreOn, le leader en la matière, propose déjà tous les services aux créateurs de contenus artistiques. Quelle différence, alors ? PatreOn établit une politique stricte contre la nudité. Vous commencez à comprendre.

C’est vraiment porno ?

Si on vous disait que sur OnlyFans, 96 % des gens qui mettent des contenus en ligne sont des femmes, et que 90 % des acheteurs sont des hommes ? Les femmes proposent, les hommes disposent. On vous voit grimacer d’ici. Sur Facebook ou PatreOn, la prostitution, bien qu’existante, reste très marginale et réellement entravée par un algorithme impitoyable avec la nudité. Sur OnlyFans, aucune censure. Cette politique constitue leur manne : alors que les règles se durcissaient sur les autres plateformes, OnlyFans ramassait les transfuges et en faisait son miel. Un miel un peu amer.

Lors du confinement, les tournages de films pornographiques s’arrêtent. OnlyFans devient alors leur plan B pour se dégager un salaire

Lors du confinement, les tournages de films pornographiques s’arrêtent. OnlyFans devient alors leur plan B pour se dégager un salaire. Certains, comme la productrice Liza Del Sierra, y voient même une opportunité : « Les [actrices] ont la chance de pouvoir choisir leurs pratiques, leurs partenaires, de s’affranchir de la pression d’un réalisateur », confie-t-elle au Monde. Une opportunité, semble-t-il.

C’est quoi le problème ?

L’activité des « créateurs » de contenus est d’ailleurs parfaitement légale : si l’achat d’acte sexuel reste interdit, la vente de contenu érotique passe même par l’indispensable case « impôts ». Le problème ne se pose d’ailleurs pas tant pour les professionnels du X, qui se servent simplement de la plateforme comme prolongement (et parfois amélioration) de leur activité. OnlyFans relève d’une uberisation des conditions de travail des professionnels du sexe. En sortant des réseaux de production bien balisés et en offrant les services pornos traditionnels avec en petit bonus un simulacre d’intimité, OnlyFans crée de la précarité dans une profession aux enjeux déjà complexes.

Lire aussi : Culpabilisons !

Mais surtout, la facilité d’inscription déconcertante amène un public de jeunes filles – parfois de très jeunes filles – alléchées par cet argent de poche XXL. Même si la plateforme assure renforcer ses contrôles, les inscriptions de mineures attirées par les promesses d’argent facile restent trop fréquentes, d’autant que la génération des parents ignore tout de cette plateforme.

Et les féministes dans tout ça ?

Nos amies les féministes commencent à bégayer lorsqu’on aborde le sujet OnlyFans. « Je fais ce que je veux », « mon corps mon choix »… Ces discours entrent en collision brutale avec le capitalisme le plus cru. Difficile de se cacher derrière l’argument simpliste de la femme forte et indépendante qui gèrerait son propre business et son image comme elle l’entend. La liberté prend des allures de marché de chair fraîche le plus patriarcal qui soit, avec des hommes lançant des billets sur la fille se soumettant le plus. Cette situation, déjà difficilement tolérable en maison close, devient insupportable lorsqu’elle s’invite dans la chambre de vos ados.

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