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Abbé Christian Venard : « Je ressens un manque d’enthousiasme chez ceux qui doivent conduire le troupeau »

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Publié le

20 novembre 2020

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Lors d’une vision conférence lundi, Gérald Darmanin et les représentants des cultes seraient tombés d’accord pour une pré-autorisation des cérémonies religieuses à partir du 1er décembre. De nombreuses manifestations sont prévues ce week-end en France pour revendiquer la liberté de culte, et ce alors que le monde catholique est profondément divisé sur la question. L’abbé Christian Venard, auteur et blogueur, aumônier de la Force Publique de Monaco, a accepté de nous livrer son analyse de cette situation douloureuse. Entretien.
rassemblement

Les messes pourraient être ré-autorisées en France à partir du 1er décembre. Quelle a été votre réaction à cette annonce ?

Pour être franc, je n’attendais pas particulièrement cette décision : étant désormais résident monégasque, nous ne sommes pas soumis ici aux décisions françaises ! Mais d’abord, j’ai ressenti de la joie bien sûr. Comment ne pas se réjouir si les fidèles catholiques français ont de nouveau la possibilité de participer à la messe ? Mais aussi de l’incompréhension devant ces décisions d’un gouvernement républicain laïc qui, selon sa propre Constitution, ne reconnaît aucun culte. Selon la loi de 1905, une fois la porte de l’église franchie, le seul responsable de « la police » est l’affectataire. En l’espèce, il reviendrait au curé d’organiser le culte, selon les règles sanitaires édictées par l’autorité civile, et si cette dernière trouvait un ou des manquements, elle aurait alors à saisir la justice, selon les règles dans un État de droit…

Avez-vous eu des retours sur les échanges entre Gerald Darmanin et les évêques lundi ?

Pas plus que ce qui a été communiqué par la CEF (Conférence des Évêques de France). Les prises de positions de certains évêques depuis, le retrait du débat de certains autres, font penser que le gouvernement français n’a pas dû être bien compréhensif, et que l’épiscopat, ou du moins ceux qui le représentaient, n’a pas voulu aller à l’affrontement.

Lire aussi : Collectif Pour la messe : « Notre revendication est le respect d’une liberté fondamentale : la liberté de culte »

De nombreuses manifestations sont d’ores et déjà annoncées pour ce week-end. Les catholiques ont-ils raison de continuer à manifester ?

Je vous avoue être assez perplexe. J’ai écrit déjà deux tribunes pour le site catholique aleteia.org, dans lesquelles j’essaie de réfléchir sur cette épineuse question. Je comprends à la fois l’exaspération de nombre de catholiques fervents et leur désir d’agir. Je constate aussi la faiblesse numérique des catholiques « observants » (moins de 1,5% de la population française) et je ressens un manque d’enthousiasme et d’unité chez ceux qui doivent conduire le troupeau. Quand bien même il m’apparaîtrait clairement l’inutilité de ces manifestations, il me semblerait vital de respecter profondément la conscience des fidèles baptisés qui y participeraient et d’entendre leur désarroi et leur soif de l’Eucharistie.

Lors des rassemblements du week-end dernier, les préfectures ont interdit aux manifestants de prier, de s’agenouiller, de chanter de cantique, et même de « prier en silence » à Strasbourg. Qu’en pensez-vous ?

Il m’est difficile, depuis Monaco, d’émettre un avis sur ce qui se déroule ainsi. Je reste abasourdi néanmoins par la disproportion de l’usage des forces de l’ordre sur de tels sujets (comme pour la Manif Pour Tous, les manifestations Pro Vie, etc.). Le gouvernement français a, me semble-t-il, d’autres sujets de préoccupation (terrorisme, immigration incontrôlée, mouvements sociaux graves, lutte contre le trafic de drogues pour n’en citer que les plus importants) et donc d’occupations pour les forces de l’ordre.

Ayant été poussé à pacifier ses relations avec la République, le catholicisme français se trouve désormais écartelé entre la volonté de sa hiérarchie de loyalisme au régime et le souci de fidèles de plus en plus minoritaires dans la société française de vivre une foi sans compromission

Les voix des clercs sont dissonantes sur la tenue ou l’interdiction des messes, et des divisions semblent s’instaurer entre les fidèles. Cette désunion est-elle à la hauteur de l’enjeu ?

Cette désunion est dramatique, mais elle est aussi réelle qu’ancienne déjà. Ce qui change peut-être, c’est qu’elle apparaît de plus en plus. Un peu comme dans la société civile, le clivage entre une certaine « France d’en haut » et une « France d’en bas ». Constater ce manque d’unité relève d’abord du pragmatisme. Cela est douloureux, mais nécessaire. Les raisons en sont profondes, et pour ne pas rester sur du franco-français (il y aurait beaucoup à dire), parmi ces raisons une des plus terribles est sans doute l’appréciation de la diplomatie vaticane, depuis plus de cent ans, de la réalité du catholicisme français. Ayant été poussé à pacifier ses relations avec la République, le catholicisme français se trouve désormais écartelé entre la volonté de sa hiérarchie de loyalisme au régime et le souci de fidèles de plus en plus minoritaires dans la société française de vivre une foi sans compromissions, afin de pouvoir la conserver et la transmettre à leurs enfants et petits-enfants.

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