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La liberté, pour quoi faire ?

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Publié le

10 décembre 2020

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Liberté : le moderne n’a que ce mot à la bouche. Sans en comprendre véritablement le sens.
blaspheme

« La liberté, pour quoi faire ? » C’est ce que répondait Lénine aux socio-démocrates qui lui reprochaient, lors de la révolution russe d’octobre 1917, d’avoir confisqué le pouvoir à son profit et de l’exercer en tyran au nom du parti bolchévique. « Le peuple n’a pas besoin de liberté, ajoutait Lénine dans L’État et la Révolution, car la liberté est une des formes de la dictature bourgeoise ».

« La liberté, pour quoi faire ? » C’est également le titre d’un ouvrage posthume de Georges Bernanos issu d’une conférence prononcée au sortir de la Deuxième Guerre mondiale où l’écrivain, reprenant la phrase terrible de Lénine, lui donne un sens tout particulier. Si la victoire du monde libre sur la servitude du nazisme ne sert qu’à devenir esclave d’une technique qui broie toujours plus la personne humaine, alors vaine est notre victoire : « La pire menace pour la liberté, explique Bernanos, n’est pas qu’on se la laisse prendre, – car qui se l’est laissé prendre peut toujours la reconquérir – c’est qu’on désapprenne de l’aimer, ou qu’on ne la comprenne plus ».

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De fait, il semble qu’on ne comprenne plus réellement ce qu’est la liberté. Pour les anciens, elle était orientée, c’est-à-dire qu’elle avait un objectif qui en était le terme logique et l’accomplissement nécessaire : la recherche de la vérité. L’homme, tant au niveau personnel que sur le plan social et politique, devait, par son libre arbitre, s’acheminer librement et sans contrainte vers cette vérité qui, à son tour, illuminait sa liberté dans un cercle vertueux que résume la formule de l’apôtre saint Jean : « La vérité vous rendra libres » (Jn, VIII, 32). C’est ce qu’exprimait le cardinal Ratzinger dans un article accordé à la revue Communio en 1999 : « La liberté, pour ne pas conduire au mensonge et à l’autodestruction, doit s’orienter vers la vérité, c’est-à-dire vers ce que nous sommes véritablement, et qui correspond à notre être ».

La liberté des modernes exalte le libre arbitre mais lui supprime toute orientation pour la cantonner dans un choix infini de possibles. C’est la liberté de choisir tout et le contraire de tout, dans une indétermination qui est le critère même de cette liberté. Dans ce contexte, l’homme est libre par sa capacité à pouvoir tout choisir, sans contrainte de quelque ordre qu’elle soit (physique, psychologique ou morale) et sans direction vers un objectif qui donnerait à la liberté sa raison d’être. La liberté devient alors une fin en soi : tout est admissible pourvu que le choix soit libre. Mais pour quoi faire ?

L’esprit Charlie est puéril en ce qu’il consiste à se glorifier d’une possibilité de pouvoir exprimer tout et son contraire sans s’interroger sur la qualité de ce qu’on exprime, la beauté d’un dessin ou la vérité d’une idée

S’exprimant un an après l’attentat contre Charlie Hebdo, Rémi Brague résume ainsi le problème s’agissant de la liberté d’expression : « De manière générale, je dirais que défendre la liberté d’expression est un très noble devoir, mais j’aimerais demander ce que l’on tient tellement à exprimer et souhaiter que l’on essaie d’avoir vraiment quelque chose à dire. Si la liberté d’expression sert à nous chier dans la cervelle, passez-moi l’expression, mérite-t-elle qu’on se donne tant de peine pour elle ? » (entretien donné à Valeurs actuelles le 7 janvier 2016).

De fait, la liberté d’expression reste un moyen et non une fin en soi. C’est un moyen très noble qu’il faut défendre contre tout système d’oppression mais on ne peut en rester là. L’esprit Charlie est puéril en ce qu’il consiste à se glorifier d’une possibilité de pouvoir exprimer tout et son contraire sans s’interroger sur la qualité de ce qu’on exprime, la beauté d’un dessin ou la vérité d’une idée. C’est même dans cette volonté de se prouver à soi-même qu’on est libre que réside l’esprit Charlie qui absolutise un moyen tout en s’interdisant de s’interroger sur sa finalité. C’est tout le problème de l’esprit Charlie.

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