Skip to content

Jules Ferry : Symbole de la République coloniale

Par

Publié le

7 janvier 2021

Partage

« Il y aura des noms de rues à changer », a dit Emmanuel Macron. Et pas que de rues. D’écoles aussi. À commencer par toutes celles baptisées du nom de Jules Ferry. Proposition : leur donner, toutes, le nom d’Abu-Muhammad Muslih al-Din bin Abdallah Shirazi.
Ferry4

Nul, à part peut-être Victor Hugo, n’est célébré en France à l’égal de Jules Ferry : pas moins de 1 318 avenues, rues ou places portent son nom ! C’est moitié moins que l’auteur de la Légende des siècles, mais plus que Georges Clemenceau, leur « Père la victoire » ; c’est tout dire. On recense, accrochez-vous, 642 établissements scolaires baptisés du nom de celui à qui on devrait dire merci d’avoir imposé l’« école publique, laïque, gratuite et obligatoire ». C’est-y pas beau, ça ?

Au moins, le mérite de leur école, c’est que ça apprend à compter : 1 318 + 642, ça va faire 1 960 plaques à déboulonner. Sans compter les statues à détruire, comme l’imposant monument du jardin des Tuileries ou l’infâme statue de Saint-Dié, dans les Vosges, le représentant dans son suprême orgueil d’impérialiste blanc avec un Annamite à ses pieds ! C’est quoi ça, l’Annamite, un phalloïde ?

Lire aussi : Cancel culture : effacer l’historique

Ferry, un fieffé salaud, oui, pour qui la République, et c’est justement pour cela qu’il lui fallait imposer l’école à tous, avait un devoir suprême : « civiliser » les « races inférieures » ! D’un côté les Européens blancs, possédant le savoir, de l’autre les pauv’Nèg’arriérés, et les Niakoués, et tout ce que la Terre compte de gens pas encore entrés dans l’Histoire, comme dirait l’autre, le Sarko. Tout ce beau monde à l’« école de la République », après une bonne douche et leur avoir fait moucher leur nez, et hop ! ça allait en faire des gens « civilisés ».

Humanitaire et civilisateur

Vous ne nous croyez pas ? Il l’a dit, dans le style tellement ampoulé de son époque qu’il faut un traducteur pour mettre ça en céfran d’aujourd’hui, le 28 juillet 1885 à la tribune de la Chambre des députés, leur actuelle Assemblée nationale qui n’a même pas fait disparaître le discours tellement ils en sont encore fiers, ces enfoirés de Gaulois.

Il y avait un débat pour savoir si la France devait coloniser Madagascar qui n’était pas très emballée par le protectorat qu’elle lui avait imposé (tu m’étonnes !). Alors Jules Ferry a exposé les « arguments, les principes, les mobiles (sic), les intérêts divers qui justifient la politique d’expansion coloniale ». Premier mobile du crime : les « idées économiques ». En clair, le pognon. « Notre riche et laborieux pays de France » a un « besoin pressant » de débouchés ». Traduction : on produit, mais on est concurrencés, on ne vend plus, la colère sociale monte, faut d’urgence trouver des marchés. Le gonze, faut quand même le dire, aujourd’hui, il passe pour un mec de gauche ! Genre c’est Macron tel qu’on le présentera dans deux siècles si on les laisse les Français écrire leurs manuels d’histoire.

Après quoi, comme tout mec « de gauche » qui se cherche un alibi moral à sa rapacité, Ferry vante « le côté humanitaire et civilisateur » du colonialisme. Toute honte bue, il tonitrue, pour faire taire ses contradicteurs : « Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures » ! Et comme il se trouve quand même quelques députés pour protester, il rétorque :

Toute honte bue, il tonitrue, pour faire taire ses contradicteurs : « Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures » !

« Est-ce que vous pouvez nier, est-ce que quelqu’un peut nier qu’il y a plus de justice, plus d’ordre matériel et moral, plus d’équité, plus de vertus sociales dans l’Afrique du Nord depuis que la France a fait sa conquête ? […] Est-il possible de nier que, dans l’Inde, […] il y a aujourd’hui infiniment plus de justice, plus de lumière, d’ordre, de vertus publiques et privées depuis la conquête anglaise qu’auparavant ? […] Est-ce qu’il est possible de nier que ce soit une bonne fortune pour ces malheureuses populations de l’Afrique équatoriale de tomber sous le protectorat de la nation française ou de la nation anglaise ? »

Clemenceau, qui lui a succédé à la tribune pour lui répondre, a notamment dit ceci : « Races supérieures ? Races inférieures ? Pour ma part, j’en rabats singulièrement depuis que j’ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue […] parce que le Français est d’une race inférieure à l’Allemand. Depuis ce temps, je l’avoue, j’y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation, et de prononcer : homme ou civilisation inférieurs ».

Jules Ferry est mort en 1893 sous la présidence de Sadi Carnot. Sadi ? Le nom sous lequel est connu, en Occident, un homme d’une « race inférieure », le poète persan Abu-Muhammad Muslih al-Din bin Abdallah Shirazi. Honorer cet immense maître en sciences islamiques, qui fut de plus réduit en esclavage par les Croisés, en donnant son nom à tous les lieux qui se déshonorent en célébrant Jules Ferry, ne serait que juste retour de l’histoire, non ?

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest