Pourquoi affirmer sans critique que nous sommes en 2020 ? Pourquoi déclarer quotidiennement, à chaque fois que l’on marque la date, que l’on vit en telle année après la naissance supposée du fondateur d’une religion patriarcale, misogyne et intolérante ? Ce mono-calendarisme ou tempo-normativité constitue une emprise psychique qui s’exerce sournoisement depuis notre plus jeune âge, depuis le moment où la maîtresse d’école demande d’écrire la date au tableau et où les fayots s’empressent de lui obéir.
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Comment peut-on accepter une chose pareille au XXIe siècle ? C’est une marque de soumission inconsciente, une intériorisation répétée de l’obscurantisme chrétien. Or il est notoire que les chrétiens avec leurs « messes » ne respectaient pas la distanciation sociale imposée par l’empereur Néron, et ils mangeaient des enfants non vaccinés, ce qui a conduit à l’épidémie de peste de l’année où elle s’est produite.
Un calendrier théo-phallogo centré
Le calendrier imposé par le pouvoir est théo-phallogo centré. En tant que tel, c’est une micro-agression constante envers les apostats, les athées, les musulmans et les juifs. Dans son livre-programme Moi, le temps, je le déteste, la chercheuse Siegfried Peezdulish, doctorante en « temporalités ouvertes » à l’université Playkubovis, en Transylvanie intérieure, et militante pour les droits des « minorités temporelles », écrit : « La tempo-normativité a des effets aussi délétères que l’hétéronormativité, car Kant a montré que le temps est une forme pure de l’intuition sensible, si bien qu’imposer de mesurer le temps à partir de la naissance d’une “figure d’emprise” déforme irrémédiablement cette sensibilité. »

Siegfried Peezdulish avance que « chacun devrait avoir le droit de définir dans quelle temporalité il ou elle ou iel vit, à partir d’un événement librement choisi ». Elle appelle à la convergence des luttes entre « tempo-discriminés », pour revendiquer notre droit à l’émancipation par rapport au mono-calendarisme dictatorial. Les Grecs anciens mesuraient le temps en fonction des Jeux olympiques, pourquoi ne pourrait-on pas le faire par exemple en fonction du « coup de boule » de Zidane ? Ou de l’invention du fard à paupières? Ou de l’éviction de Loana de Loft Story ?
Tout chronos doit être librement choisi
Peezdulish appelle chacun à faire un travail d’introspection sur son « privilège temporel », sur la façon dont l’adhésion à la « temporalité dominante » a été facteur de son avancement social. Tout refus de le faire n’est que la marque d’une « fragilité temporelle », c’est-à-dire d’un attachement inconscient à la norme oppressive, et une volonté de poursuivre à extorquer une « plus-value chronologique ».
Mais protester avec véhémence contre la violence symbolique que consiste l’imposition tyrannique du calendrier officiel actuel n’est pas assez radical. Chaque individu devrait avoir le droit de définir quand il est né, quand il aura atteint sa majorité. Car imposer une temporalité précise, n’est-ce pas une injustice ?





