Pouvez-vous nous rappeler les faits relatifs à l’affaire du « Mur des cons » et le déroulé de la procédure judiciaire qui a suivi ?
Les faits remontent à 2013 où dans un local du Syndicat de la magistrature était épinglé un tableau sur lequel figuraient principalement, mais pas uniquement, des personnalités politiques, avec pour sous-titre « Le Mur des cons ». Toutes ces personnalités étaient donc des cons, des cons parce qu’opposants politiques au Syndicat de la magistrature, évidemment très marqué à gauche. Mais il y avait aussi des gens qui n’étaient pas du tout des hommes politiques, je pense notamment à des parents d’enfants assassinés qui ont été placardés de la même manière outrancière.
Il y a eu de nombreuses plaintes déposées par différents plaignants qui étaient placardés sur ce mur. Un juge d’instruction a été saisi, ce qui a abouti à la mise en examen puis au renvoi devant le tribunal correctionnel de la présidente du Syndicat de la magistrature de l’époque, considérée comme la directrice de publication, sous plusieurs chefs d’accusation dont injure publique. Cela a abouti à une condamnation devant le tribunal correctionnel, puis il y a eu appel de la part du Syndicat de la magistrature et de sa présidente. En appel, ils ont perdu également. Ils ont utilisé tous les moyens de droit puisqu’ils ont formé des pourvois devant la Cour de cassation, qui vient donc de les rejeter. Est donc définitive la décision de la Cour d’appel condamnant Madame Martres en sa qualité de présidente du Syndicat de la magistrature de l’époque à une amende avec sursis et à des dommages et intérêts auprès des victimes, parmi lesquelles le RN qui a obtenu 2 500 € de dommages et intérêts.
Comment avez-vous réagi à cette annonce, vous qui étiez affiché sur le « Mur des cons » ?
J’étais en effet affiché sur le « Mur des cons », mais je ne m’étais pas manifesté si ce n’est pour dire ce que j’en pensais. Lorsque j’ai appris le rejet de ces pourvois, et donc que la condamnation du Syndicat de la magistrature était définitive, j’en ai été très satisfait. Je me suis dit que la justice enfin rendait sa décision face à un syndicat qui a utilisé tous les moyens pour ralentir le cours de la justice.
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Sept ans plus tard, justice est faite, et bien faite, d’autant que les choses n’étaient pas si évidentes sur le plan juridique. Les images de ce mur avaient été récupérées par un journaliste, qui a d’ailleurs été ensuite lui-même placardé parce qu’il avait extrait ces photos. À propos du local syndical, il y avait une question sur le caractère public ou non. Il y avait donc de grandes incertitudes juridiques, mais qui ont été bien réglées. Je suis particulièrement heureux pour les parents d’enfants assassinés : il était totalement inadmissible que ces personnes face à une situation terrible soient qualifiées de cette façon.
Vous êtes président de l’Association professionnelle des magistrats, syndicat plutôt classé à droite. Quels sont les rapports de force au sein de la magistrature, notamment au moment des élections syndicales ?
D’un point de vue purement syndical, le Syndicat de la magistrature est minoritaire et il connaît d’ailleurs une décroissance régulière depuis de nombreuses années. Aujourd’hui, il est à moins de 20 %, ce qui n’est certes pas négligeable. Bien que minoritaire, il reste cependant très interventionniste et il a eu bien entendu l’écoute des pouvoirs de gauche. C’est un syndicat qui a été très virulent et qui a d’ailleurs disséminé à l’intérieur de la magistrature une certaine idéologie que bien sûr je condamne et à laquelle je me suis beaucoup opposé.
Quels sont les risques que fait courir la politisation de la justice ? Quid de la séparation des pouvoirs ?
Les magistrats, comme les militaires bien que dans un domaine différent, représentent le pouvoir régalien. Ce sont des piliers de la République et l’expression de l’autorité judiciaire aux côtés des pouvoirs exécutifs et législatifs. Ils ont un rôle majeur à jouer dans lequel ne doit pas intervenir la politique politicienne, afin que les citoyens aient confiance dans leur justice. Or, le Syndicat de la magistrature est très politisé : je rappelle qu’il a appelé à voter pour François Hollande. C’est pour cette raison que cette affaire du « Mur des cons » est un scandale considérable, parce qu’on ne doit pas mélanger le judiciaire et la politique : je ne suis pas opposé à des syndicats dans la magistrature, mais il faut que ce soit un syndicat strictement professionnel. Dans le cas de la magistrature, il est d’ailleurs tout à fait légitime de défendre notre profession car elle manque cruellement de moyens.
Cette décision est remarquable, très courageuse quand on voit parfois le cours des choses, et c’est tout à l’honneur de la justice d’avoir rendu une décision de cette nature qui dit stop d’une façon très claire à tout débordement syndical inadmissible
La politisation de la justice induit forcément une suspicion sur les juges : bien entendu, si vous avez en face de vous un juge classé au Syndicat de la magistrature, il y a une question de partialité qui se pose. Or un juge doit être à l’abri de toute accusation de partialité pour qu’aucune accusation ne soit portée et qu’il y ait pleine confiance dans le système judiciaire.
Cette affaire n’est-elle pas simplement le révélateur, certes choquant, de l’impossibilité pratique du mythe de la neutralité du juge ?
Non, je ne pense pas. Je suis personnellement favorable à une réforme qui débarrasserait la justice de tout syndicat politisé. On peut mettre en place cette réforme via quelques idées – par exemple la composition du Conseil supérieur de la magistrature – mais je suis persuadé que c’est possible. Grâce à cette affaire et à cette décision de la Cour de cassation, le Syndicat de la magistrature ne peut plus faire n’importe quoi. Vraiment, cette décision est remarquable, très courageuse quand on voit parfois le cours des choses, et c’est tout à l’honneur de la justice d’avoir rendu une décision de cette nature qui dit stop d’une façon très claire à tout débordement syndical inadmissible. Je pense que déjà avec cette décision, il y a un blocage qui est intervenu, mais qui ne sera pas suffisant si on veut débarrasser la justice de tout syndicat politisé. Il faut aller plus loin.





