Jusque dans les années 1980, en dehors du Bordelais, de l’Alsace et de la Bourgogne et de quelques pépites ici et là, le choix était limité. Les petits vignobles, ceux qui avaient alimenté les gosiers des ouvriers et des hommes du peuple, dont le vin était vendu en pichet dans les bistrots, étaient condamnés à la disparition. Les habitudes alimentaires avaient changé, les goûts aussi. L’histoire semblait écrite : vins d’Auvergne, de Gaillac, du Languedoc et des Côtes-du-Rhône avaient en face d’eux le sort attendu des vignobles d’Argenteuil et de Suresnes, autrefois abondants, désormais disparus. Il en fut tout autrement, preuve que l’innovation et l’attention portée aux besoins des clients permettent d’infirmer bien des destins fixés d’avance.
Le salut est passé par l’amélioration de la qualité : des cuves en inox, des jus mieux traités, des températures maîtrisées, un soin constant de la vigne, une attention portée lors des vendanges, de meilleures extractions, une meilleure connaissance des produits phytosanitaires à utiliser contre les maladies, etc. S’est ensuivie une adaptation de la communication. Le Beaujolais avait ouvert la voie avec le beaujolais nouveau, aujourd’hui décrié, mais à l’époque véritable innovation culturelle qui permit à cette terre de se faire un nom et d’être apprécié par plusieurs générations. Le vin fut vendu en bouteille et non plus en vrac, les cuvées ont été rendues plus lisibles, le vin est monté en gamme et s’est diversifié autour des rouges, des rosés, des blancs et des crémants.
Lire aussi : La Grande bouffe : SOS Restaurants
Ceux qui devaient disparaître se sont maintenus, mieux ils se sont fait un nom. Le vignoble français a connu une floraison de diversité dans laquelle chaque appellation a mis en valeur ses cépages, s’est inventé des formes de bouteille typiques, a valorisé ses paysages et son histoire par l’œnotourisme. Cette révolution silencieuse a transformé un grand nombre de régions et a développé l’idée de crus, de terroirs et de consommations locales. Les vins d’Auvergne peuvent désormais rivaliser avec ceux de Savoie, de Loire, de Buzet et de bon nombre de noms inconnus encore à la fin des années 1990. Les caves des supermarchés et des cavistes se sont étoffées de nombreuses références rendant plus complexes aussi la connaissance et la sélection des flacons. L’amateur y voit son plaisir décuplé et accru à des prix attractifs. Autrefois en position de quasi-monopole, le Bordelais est le vignoble qui peine le plus face à ces résurrections. C’est à lui aujourd’hui de se réinventer, de retrouver des goûts et des identités tant ce qui allait autrefois de soi n’est plus désormais acquis. Cette vitalité du monde viticole est une bonne chose tant pour les vignerons que pour les amateurs ; elle démontre que ce secteur est toujours bien vivant et capable de s’adapter aux goûts et aux demandes des nouveaux buveurs





