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Jeanne Barret, La première femme autour du monde

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Publié le

29 janvier 2021

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Longtemps, le métier de marin est resté prohibé aux représentantes du beau sexe. Au XVIIIe siècle encore, les règlements de la Royale défendaient aux femmes de monter à bord, sauf lors d’une courte visite. Les officiers contrevenant à cette directive encouraient un mois de suspension, les simples matelots quinze jours de fer. C’est ainsi que, pour tourner cette interdiction, une certaine Jeanne Barret n’a pas hésité à endosser l’habit masculin.
Jeanne

Fille de métayers bourguignons, née en 1740, elle recevra assez d’éducation pour entrer au service du botaniste et médecin Philibert Commerson, dont elle devient tout à la fois la gouvernante, l’assistante indispensable… et la concubine. Et quand le savant naturaliste décide de participer à l’expédition de circumnavigation de Bougainville, il ne songe pas une minute à se séparer d’un « bras droit » si précieux.

Afin de détourner les soupçons, Jeanne se travestit en moussaillon et s’enrôle sous le nom de « Jean Barret ». Après quoi, elle s’arrange pour être mise à la disposition de Commerson en qualité de domestique. Les cheveux coupés, la poitrine bandée, des vêtements amples pour cacher ses formes, Jeanne donne aisément le change, d’autant qu’elle n’a rien d’une beauté fatale ! Petite et trapue, large d’épaules et de bassin, une tête ronde tavelée de tâches de rousseur, elle est « assez laide et mal faite » aux dires d’un témoin du périple.

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Le 1er février 1767, Commerson et son « valet de chambre » embarquent à Rochefort sur la flûte de ravitaillement L’Étoile. Le capitaine Chesnard de La Giraudais a mis à leur disposition sa propre cabine, où le botaniste peut installer son matériel et ses instruments. En juin suivant, le navire rejoint à Rio la frégate La Boudeuse, partie de Nantes, et commandée par Bougainville. Durant la traversée, Commerson et son équivoque comparse, souffrant du mal de mer, n’ont guère quitté leurs quartiers. Au Brésil, puis en Argentine et en Patagonie, tous deux vont herboriser et récolter des spécimens de minéraux et de coquillages. « Jean Barret », infatigable à la tâche, s’y taille auprès de l’équipage une réputation méritée de force et de courage.

La supercherie ne sera éventée qu’au cœur de l’océan Pacifique, en mai 1768. Selon certains récits, ce sont les naturels de Tahiti qui auraient découvert le pot-aux-roses, refusant de se laisser berner par les apparences. La culture polynésienne reconnaît d’ailleurs aux « mahus », hommes aux manières efféminées, un rôle spirituel et social. En attendant, la malheureuse doit être renvoyée au navire pour sa protection. Bougainville, qui entreprend alors de l’interroger, relate dans son journal : «  Quand je fus à bord de L’Étoile, Barret, les yeux baignés de larmes, m’avoua qu’elle était fille […], qu’au reste elle savait en s’embarquant qu’il s’agissait de faire le tour du monde, et que ce voyage avait piqué sa curiosité. Elle sera la première, et je lui dois la justice qu’elle s’est toujours conduite à bord avec la plus scrupuleuse sagesse ».

« Abandonnant les tranquilles occupations de son sexe, elle avait osé affronter les fatigues, les dangers et tous les événements que l’on peut moralement attendre dans une navigation de ce genre. L’aventure, je crois, peut avoir place dans l’histoire des filles célèbres »

Prince de Nassau-Siegen

Le prince de Nassau-Siegen, l’un des officiers de l’expédition, place la révélation quelques semaines plus tard, en Nouvelle-Irlande : « Les matelots découvrirent à bord de L’Étoile une fille déguisée sous des habits d’homme qui servait de laquais à M. Commerson. Sans soupçonner le naturaliste de l’avoir engagée à un voyage aussi pénible, j’aime à accorder à elle seule tout l’honneur d’une entreprise aussi hardie. Abandonnant les tranquilles occupations de son sexe, elle avait osé affronter les fatigues, les dangers et tous les événements que l’on peut moralement attendre dans une navigation de ce genre. L’aventure, je crois, peut avoir place dans l’histoire des filles célèbres ».

Sur la route du retour, Jeanne s’établit à l’île de France – l’actuelle île Maurice – avec son maître, à l’invitation du gouverneur Pierre Poivre. À la mort de Commerson, en 1773, elle ouvrira un cabaret à Port-Louis, avant d’épouser un officier de marine, Jean Dubernat, originaire du Périgord. Le couple regagne la métropole vers 1775. Dix ans plus tard, Louis XVI reconnaîtra les mérites de notre intrépide navigatrice en lui faisant verser une rente annuelle de 200 livres : « La nommée Jeanne Barré (sic), à la faveur d’un déguisement, a fait le voyage autour du monde sur un des bâtiments commandés par M. de Bougainville. […] Sa conduite fut très sage et M. de Bougainville en a fait une mention honorable. Monseigneur [le ministre de la Marine] a bien voulu accorder à cette femme extraordinaire une pension de deux cents livres sur les Invalides et cette pension aura lieu à compter du premier janvier 1785 ».

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