Et ces villes ont également évolué en panneaux Giraudy de la mondialisation. Mêmes enseignes partout. Mêmes « Starbucks Doubleshot Iced Coffee ». Mêmes sushis. Et même effacement du prolétariat autochtone. Mon père me racontait qu’il était ouvrier dans une entreprise du bâtiment sise dans la célèbre rue de la soif à Rennes. Cette rue est depuis longtemps le temple de la beuverie, des restos et des fringues pour connasses. Autrefois, il y avait pourtant une vie ouvrière dans cette rue. Désormais, elle est « festive ». Car les travailleurs qui ont longtemps peuplé les mondes urbains sont aujourd’hui rejetés dans les périphéries. Comme à Nantes avec les chantiers Dubigeon en plein centre-ville, sur l’île Beaulieu devenue résidence pour bobos. Pour vous donner une idée, c’est un peu comme si l’Île de la cité à Paris avait accueilli un chantier naval durant deux siècles où auraient travaillé jusqu’à 7 000 ouvriers (blancs) !
Cette présence ouvrière n’existe donc plus. Les villes d’aujourd’hui sont consacrées à trois mono-activités : les bureaux, la chouille, la mode, plus un peu de culture dans les coins. Mais au-delà de l’activité professionnelle, les villes deviennent également le laboratoire de toutes les folies architecturales, de toutes les densifications, de toutes les excroissances de cages à hamster. Dans les villes modernes et rationalisées, il n’y a pas de place pour la maison d’autrefois. Pour le petit jardin qui sent bon le bassin parisien. Pour l’entrée sans digicode. Pour la poésie urbaine.
Lire aussi : Communes nouvelles : la foire aux noms idiots
Bien toucher de la rétine le malheur du modernisme démolisseur ! J’invite, à cet effet, le lecteur à revoir Mélodie en sous-sol de Verneuil. Gabin revenant dans sa maison de Sarcelles après 5 ans de placard voit son petit pavillon entouré de grues et d’immeubles du Grand Ensemble. Dernier soldat du monde d’avant les Trente Glorieuses immobilières. Aujourd’hui Sarcelles bocage est devenu une wilaya du grand califat mondial. Pourtant dans chaque ville, il existe encore des lieux ayant échappé à la chute de Rome et aux agences d’urbanisme. Et notre devoir est de défendre ces ZAD identitaires ! Parfois, il s’agit juste d’un couple d’anciens attachés à leur bicoque qui refuse les brouettées de pognon que leur propose un promoteur. Et qui refusent l’expropriation à coups de bêche dans la gueule. Défendons ces exotiques du hameau des gourdiflots, ces derniers des Mohicans des mares aux grenouilles de faubourg !
Car dans chaque ville de France, il existe des micro-résistances pour tel ou tel quartier qui ne veut pas être « restructuré ». Qui cherche à garder sa spécificité. Rien que pour la ville de Rennes, il y a actuellement trois ou quatre projets controversés de ce genre. Pas besoin d’aller dans la cambrousse pour trouver des ZAD à défendre camarades ! Nos villes sont en train d’être mondialisées à la vitesse 5G. Parfois les écolos locaux, à la tête de la municipalité, sont favorables au béton et contre la mare aux canards parce que les verrues en question sont « végétalisées » et prévoient des « jardins partagés » à la place des jardins ouvriers. Vu la gueule des immeubles, il ne faudra pas 10-15 ans pour que les bobos se barrent et que tout cela constitue un nouveau Chanteloup-les-Vignes sur Vilaine. Avec palais de la seringue dans les « espaces de convivialité citoyenne » ouvert 24/24 ! Avant d’abandonner les villes un jour, que les conservateurs défendent ces dernières parcelles d’humanité. Ces enclaves de la France d’avant au milieu de la France orange mécanique.





