C’est la correspondance de deux géants que Pierre-Guillaume de Roux, associé en cette occasion aux éditions Krisis, offre à la connaissance du lecteur initié et ravi de découvrir par l’exemple de ces missives, ce qu’il connaissait déjà, soit la proximité entre Ernst Jünger, écrivain platonicien tout entier tourné vers le symbole, et Carl Schmitt, strict penseur du droit dont les catégories d’ami et d’ennemi en politique ont connu une pérennité méritée étendue désormais bien au-delà des sphères de la Révolution conservatrice dans lesquelles les deux amis évoluent, à l’orée des années trente.
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Débutant dès leur rencontre, en 1930, à l’initiative de Carl Schmitt et continuant de manière plus ou moins ininterrompue jusqu’à deux ans avant sa mort en 1985, cette correspondance couvre un demi-siècle, une guerre mondiale, et quelques brouilles occasionnées notamment par des divergences politiques – Jünger reprochant notamment à Schmitt son engagement nazi. Jusqu’alors inédite en France et brillamment préfacée par Julien Hervier, cette correspondance nous permet de contempler les regards croisés sur le siècle de ces deux contemporains essentiels. Essentiel aussi cet ouvrage, mais d’abord pour ceux qui habitent déjà dans la proximité de Schmitt et de Jünger, il risque de laisser sur le bord de la route les autres qui, ignorants des œuvres de l’auteur des Falaises de marbre et de la pensée de Carl Schmitt, auront peut-être du mal à en saisir l’intérêt immédiat. Autrement dit, il s’agit d’une pierre de plus ajoutée à l’édifice de la connaissance de ces deux écrivains et penseurs, tout à la fois polémiques et classiques ; une pierre désormais visible qui demande qu’on la contemple avec une certaine exigence.

Pierre-Guillaume de Roux/Krisis, 664 p., 39 €





