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La Poudrière : notre critique

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Publié le

11 février 2021

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Aux éditions Grasset, les journalistes Jean-Michel Décugis, Pauline Guéna et Marc Leplongeon font paraître La Poudrière, enquête dans laquelle ils présentent une « ultra-droite » prétendument prête à en découdre par les armes. Un pétard mouillé.
GUD

La droite radicale, mue par des pulsions violentes en réaction à la perdition culturelle dont elle croit être la spectatrice, s’organise en groupuscules et s’arme au point de menacer la paisible société française. Voilà ramassée en quelques mots la thèse de cet essai, dont le ton par trop dramatisant donne la sensation malsaine d’auteurs détournant nos regards des dangers bien plus grands qui nous guettent. Certes, l’enquête est bien conduite : appuyés sur une bonne documentation et par des entretiens avec les protagonistes, les auteurs dressent des portraits pénétrants et dessinent avec exhaustivité l’historique et la cartographie de leurs réseaux. Ci et là, dans l’ordre chronologique, sont évoqués succinctement quelques événements pour montrer le danger supposé.

Mais outre l’absence de définition sérieuse de cette « ultra-droite » – si ce n’est une pompeuse et risible référence à Joseph de Maistre : qu’aurait pensé le Savoyard de cet « ultra-jaune » Didier qui en appelle au remploi de la guillotine ? – et les approximations idéologiques – L’Incorrect serait économiquement libéral – l’essai pèche encore par deux bouts.

Lire aussi : Commentaires sur la guerre d’egos

Primo, parce que les auteurs amalgament des individus et groupes sans grands rapports : quelle identité entre Renaud Camus et les Soraliens, entre le réveil catholique d’Angers et le survivalisme, entre le GUD et les Brigandes ? Le témoignage de François Bel-Ker, chef d’Action française, montre du reste une « ultra-droite » victime plutôt que coupable de violences. Deuxio, parce que les auteurs, s’en tenant à une collection de faits, ne disent rien de la plateforme de résonance de ces quelque 3 000 ultras français. Cataloguer n’est pas peser, et les faibles stocks de poudre paraissent bien épars et humides pour mériter pareille attention. Plutôt qu’à lancer des anathèmes, les auteurs eussent dû questionner les phénomènes politiques sous-jacents qui expliquent cet attrait nouveau, cette acceptabilité retrouvée de la violence, par peur de mourir civilisationnellement.

La Poudrière de Jean-Michel Décugis, Pauline Guéna et Marc Leplongeon
Grasset, 240 p., 19 €

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