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Enquête : Veolia et Suez, un match qui dure depuis 150 ans

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Publié le

2 mars 2021

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La semaine dernière, le conseil d’administration de Suez a rejeté l’offre de rachat de Veolia à 18 euros par action. Son directeur général Bertrand Camus a toutefois réitéré sa volonté de trouver un accord le plus vite possible. Ce mardi, une nouvelle journée de mobilisation contre cette fusion est organisée par les syndicats qui croient 4 000 emplois menacés, alors que le PDG de Veolia Antoine Frérot a annoncé qu’il n’y aurait aucune suppression. Derrière cette agitation se cache un véritable enjeu de souveraineté économique pour la France. Enquête.
veolia

Fondée en 1853, la Compagnie Générale des Eaux (CGE) devenue Veolia, veut manger la Lyonnaise des Eaux, créée en 1880 et désormais appelée Suez. Si elle y parvient, son capital étant émietté, elle ne serait pas à l’abri d’une OPA. Les eaux françaises pourraient passer sous drapeau étranger.

En 2006, le président de Veolia, le sarkozyste Henri Proglio, qui avait sorti sa maison des griffes de l’aventure Vivendi menée par Jean-Marie Messier, essaya de racheter Suez avec l’italien Enel. Le Premier ministre Villepin sauva Suez en l’adossant à Gaz de France. En 2009, Antoine Frérot prit les rênes de Veolia. À son tour, le groupe souffrit de difficultés en 2012. Frérot repoussa une tentative de rachat de Suez. Aujourd’hui, Veolia emploie 178 000 personnes pour un chiffre d’affaires de 27 milliards d’euros. Le 4 septembre, les 567,2 millions d’actions du groupe valaient presque 11 milliards d’euros.

Lire aussi : Désindustrialisation : une passion française

Pour mener son raid sur Suez, Veolia est aidé de… Jean-Marie Messier, devenu banquier d’affaire, et de la branche française de la banque Perella Weinberg Partners, dirigée par David Azéma. En 2014, ce dernier était directeur de l’Agence des Participations de l’État. Il avait candidaté au poste d’Antoine Frérot, avant de se retirer de la course. À l’APE, David Azéma a travaillé avec le secrétaire général adjoint de l’Élysée de l’époque, Emmanuel Macron. Azéma a quitté l’APE en juillet 2014 pour devenir numéro deux pour l’Europe de Bank of America-Merril Lynch. En août 2014, Emmanuel Macron fut nommé ministre de l’Économie. La vente d’Alstom à General Electric fut enclenchée. Bank of America-Merril Lynch fut choisie comme banque-conseil.

De son côté, Suez remonte au percement du canal du même nom, en 1858. Fondée par Ferdinand de Lesseps, elle a traversé des scandales financiers mais finit par exploiter le canal, jusqu’à sa nationalisation par Nasser en 1956. L’Égypte versa un trésor à la compagnie, qui se retrouva riche mais sans actif. Elle commença à investir. Elle entra en 1967 dans la Lyonnaise des Eaux. De 1980 à 1997, l’utra chiraquien Jérôme Monod en fut le patron. Il accepta de fusionner en 1995 avec Suez. L’ensemble se développa dans l’eau et l’énergie. Dans cette optique, le nouveau PDG Gérard Mestrallet racheta le belge Electrabel. Il fusionna en 2006 avec Gaz de France pour échapper à Veolia. L’activité énergie devint Engie, qui détient 33% de l’activité eau, devenue Suez Environnement puis Suez. Sur le fond, Suez est l’ancienne Lyonnaise des Eaux, avec 90 000 employés et un chiffre d’affaires de 18 milliards d’euros. Avec un cours d’environ 12,8 euros fin août, ses 621 millions d’actions valaient environ 8 milliards d’euros.

Si Veolia se développe vraiment, il va gêner des gens. Ces gens pourraient avoir envie de lancer une OPA pour avaler le problème. Toute la distribution de l’eau française appartiendrait alors à des capitaux étrangers

Si Veolia avale Suez, le groupe vaudra quelque chose compris entre 10 et 20 milliards de dollars. Et il représentera 5% du marché mondial. Pour la France, le véritable enjeu ne serait pas l’emploi : il existe toute une palette d’outils pour empêcher l’établissement d’un monopole. D’ailleurs, Veolia n’imagine pas intégrer les équipes de Suez, mais de les revendre au fonds Meridiam, spécialisé dans les infrastructures. Le projet est de développer l’international. Bravo !

Oui, mais le capital de Veolia est totalement émietté. Le plus gros de ses actionnaires, la Caisse des Dépôts, ne détient que 5,7% de ses actions. Si Veolia se développe vraiment, il va gêner des gens. Ces gens pourraient avoir envie de lancer une OPA pour avaler le problème. Toute la distribution de l’eau française appartiendrait alors à des capitaux étrangers. L’eau ne bougera pas, mais les capitaux, les décisions, la recherche et le développement menés dans des laboratoires français seraient à risque. Pour rappel, l’Indien Mittal a mis la main sur Arcelor pour 26,9 milliards afin de créer un groupe qui représenta alors 10% du marché mondial.

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