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Vaccination : Interview d’un Français en Israël

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Publié le

23 mars 2021

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En Israël, les vidéos de scènes festives et sans gestes barrières donnent l’impression d’un retour à la normale sanitaire. Une situation largement due à l’efficience de la politique de vaccination. Qu’en est-il vraiment ? Entretien avec un Français habitant l’État hébreu.
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Quelle est la situation actuelle en Israël ? À quel point y a-t-il un retour à « la vie normale » ?

Nous sommes dans une situation où plus de 50% des Israéliens ont reçu les deux vaccins, et à peu près 60/70 % ont reçu le premier. Les vaccinés se sont vu fournir par le ministère de la Santé un passeport vert. Grâce à celui-là, on peut entrer dans tous les commerces qui ont rouvert, mais également les salles de sport, les théâtres, les musées, les stades de foot, les bars, les restaurants… Donc nous avons l’impression que le retour à la vie normale est complet, en tout cas pour ceux qui ont reçu le passeport vert, c’est-à-dire une majorité des citoyens. Il y a vraiment une ambiance de retour à la normalité.

Que sont ces fameux passeports vert et rouge, et quelles restrictions demeurent avec eux ? Les non-vaccinés peuvent-il vivre normalement ?

Il y a deux cas de figure. Par exemple, les professeurs des écoles ne sont pas obligés d’être vaccinés, mais doivent se faire tester tous les trois jours. Par contre, les salles de sport, les restaurants ne sont pas autorisés à ceux qui n’ont pas le passeport vert.

Nous avons l’impression que le retour à la vie normale est complet, en tout cas pour ceux qui ont reçu le passeport vert

Contrairement à certaines informations, il n’y a pas de passeport rouge. Il y a un macaron pourpre pour ceux qui ont reçu aucune ou une seule dose, et un macaron vert pour les double-vaccinés, avec un QR code que vous avez sur un papier ou sur votre téléphone, et qui peut être demandé à l’entrée. Mais parfois, le simple fait de montrer un vague document vert vous permet d’entrer. En tout cas, dans les endroits où je suis allé, c’est-à-dire les bars et les restaurants pour le moment, ce n’est pas un contrôle particulièrement strict. Après, peut-être que dans les salles de sport, ou de concert, c’est plus strict.

Quel est le vaccin utilisé, et comment est-il accueilli par la population ?

C’est le vaccin de Pfizer qui a été utilisé au début. Nous avons reçu énormément de doses, car elles ont été négociées directement par le Premier ministre Benyamin Netanyahou. Il n’y a pas longtemps, le PDG de Pfizer, qui s’appelle Albert Bourla, a expliqué que Netanyahou l’avait appelé trente fois directement sur son portable depuis le début, ce qui fait que nous avons pu avoir beaucoup de vaccins. Nous les avons payés à peu près 40% plus cher que le prix du marché. Nous n’avons pas eu de prix, et en échange Israël est devenu, selon l’expression consacrée, un « pays test ». C’est-à-dire qu’on a donné à Pfizer tous les retours. Mais pas les données personnelles : apparemment, il y a eu une distinction nette qui a été faite entre les données personnelles et les données publiques. Nous avons fait remonter à Pfizer les informations sur les effets indésirables et secondaires : le sexe de la personne, son poids, ses antécédents, ses allergies, etc., pour qu’ils puissent mesurer l’efficacité du vaccin, lequel est bien accueilli par la population.

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Comment est expliquée la baisse du taux de vaccination ces derniers temps ? D’où viennent les réticences contre la vaccination ?

Il y a certaines personnes qui ne veulent pas encore se faire vacciner. Nous ne sommes qu’à 60%, alors que contrairement à la France il y a beaucoup de doses de vaccin disponibles. Si vous voulez vous faire vacciner, c’est très facile aujourd’hui. À Tel Aviv, il y a eu des opérations où si vous alliez vous faire vacciner vous receviez un shot de vodka ou de whisky au choix. Il y a eu des opérations « houmous contre vaccin ». Il y a eu des caravanes qui sont allées sur les lieux de villégiature des gens pour aller vacciner sur place, etc.

Il y a un certain nombre de questions qui se posent au sujet de la protection des données, mais les gens ne s’en alarment pas beaucoup. Ils ont confiance en l’État

Cependant il y a encore une partie des Israéliens qui, pour différentes raisons, ne veulent pas du vaccin. Certains ont peur pour leur fertilité, certains ont juste peur car le vaccin est nouveau. Il y a quelques théories complotistes, mais pas avec le même degré qu’en France. Ici ça existe un peu, mais pas dans les mêmes proportions. En tous cas, les gens sont très volontaires pour se faire vacciner.

Les noms, adresses, numéros de téléphones sont donnés aux autorités pour les non-vaccinés. Y a-t-il des réactions politiques ou civiles à ces privations de liberté publiques massives ?

Oui, il y a eu des réactions. La Cour suprême de la haute cour de justice a interdit aux organismes de santé de communiquer les noms des personnes non vaccinées aux municipalités et aux écoles. Il semble que c’était dans le but de faire un flicage à l’échelon municipal, mais cela a été stoppé. Il y a un certain nombre de questions qui se posent à ce niveau-là, mais les gens ne s’en alarment pas beaucoup. Ils ont confiance en l’État. Il y a bien eu une affaire où cent cinquante mille données de patients ont fuités, mais ici ce n’est pas un gros sujet. La minorité de personnes qui protestent contre le gouvernement ne se fait pas beaucoup entendre. Il n’y a pas la même méfiance vis-à-vis du gouvernement ici, même si Netanyahou est accusé de s’être servi de l’État à des fins personnelles.

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