« Je ne savais même pas qu’ils existaient encore ». Prononcée le week-end dernier par la présidente du Rassemblement nationale Marine le Pen, lors d’une interview sur France 3, la petite phrase a fait grincer des dents de l’Action française (AF). Condamnant fermement la récente intrusion au sein du Conseil régional d’Occitanie par des militants qu’elle a qualifiés « d’idiots », la députée s’est étonnée que la célèbre école de pensée fondée par Charles Maurras existe encore. À regarder les faits de plus près, il est pourtant difficile de croire que la fille de Jean-Marie Le Pen puisse faire preuve d’autant d’aveuglement sur le sujet.
De l’Algérie française aux Gilets jaunes en passant par la Manif’ pour tous, fort de 3000 adhérents et d’un millier de sympathisants (autant dire que ce n’est pas un groupuscule), l’Action française a été de tous les combats depuis des décennies, et continue de faire régulièrement la une des médias. Le mouvement reste aussi très présent sur les réseaux sociaux, l’un de ses principaux vecteurs de communication avec son mensuel Le Bien commun. Un vivier de voix et un appareil politique structuré que le fondateur du Front national (FN) a longtemps courtisé, après avoir brièvement vendu le journal du mouvement à la criée, sans que pour autant le mouvement ne lui accorde aussi aisément son soutien.
Trois ans plus tard, devenue vice-présidente exécutive du FN, elle accorde même un entretien exclusif au bimensuel du mouvement, se payant le luxe d’avoir une pleine page, évoquant en filigrane sa volonté de « dédiaboliser » le parti de « papa »
C’est en 2007 que le premier contact officiel de Marine Le Pen avec les maurrassiens se fait, lors des obsèques de Pierre Pujo, figure historique de l’Action française, où elle représente son père qui n’a pu se déplacer. Elle ne pouvait décemment ignorer où elle mettait les pieds. Trois ans plus tard, devenue vice-présidente exécutive du FN, elle accorde même un entretien exclusif au bimensuel du mouvement, se payant le luxe d’avoir une pleine page, évoquant en filigrane sa volonté de « dédiaboliser » le parti de « papa » et son ambition d’en faire un « pôle de rassemblement à vocation majoritaire ». Le logo, une fleur de lys, et le nom du journal, Action française 2000, sont sans équivoque. La future candidate à l’élection présidentielle sait donc pertinemment à quel public elle s’adresse.
« Ni droite, ni gauche mais royaliste ! ». Réfutant les stéréotypes qu’on lui colle régulièrement à la peau et ayant expurgé de ses rangs tous les éléments non-compatibles avec sa perception du royalisme, l’AF laisse volontiers à ses militants le choix de voter pour le candidat qui leur paraît le plus « national » aux élections présidentielles. Pour autant, nombre de ses « camelots du roi » n’hésitent pas, à titre « indépendant » précise l’Action française, à se présenter sur les listes du FN/RN voire d’assurer le collage de leurs affiches de campagne ou de faire son service de sécurité.
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Maire RN du VIIème secteur de Marseille (2014-2017), Stéphane Ravier avait d’ailleurs remercié publiquement les partisans du roi sur les antennes régionales de France télévision, le jour de son élection, en des termes très explicites : « Les militants de l’Action française sont exemplaires. […] J’assume les soutiens qui sont les miens. J’ai été très heureux et très fier de ces jeunes gens ». En 2016, c’est Marion Maréchal qui avait fait le show au cours d’une conférence organisée par le mouvement royaliste dans une salle parisienne comble de maurrassiens, affirmant que le « FN était le plus monarchiste des partis français ». Peut-on imaginer à un seul moment que Marine Le Pen ait ignoré où sa nièce mettait les pieds, à un événement qui avait fait les manchettes principales des grands quotidiens nationaux ?
Très agacée par l’attitude de Marine Le Pen, « surjouée » selon l’Action française qui dénonce une « macronisation des esprits » après que l’ensemble de la classe politique ait condamné leur action, les royalistes ont rappelé que le mouvement de Charles Maurras, « n’a jamais eu pour vocation à soutenir l’extrême droite ». Encore moins directement le Rassemblement national qui souhaite « apparaître comme un parti lisse, dont toutes les aspérités ont été méticuleusement passées à la toile émeri du politiquement correct ». Même si il est « évidemment possible que, faute de mieux, ils appellent à voter pour elle en 2022 » notent dans un éditorial les nostalgiques de Maurras, un brin dépités par tant d’ingratitude de la part de Marine Le Pen. Verba volant, scripta manent.






