Face à la déconstruction opérée depuis des décennies par les associations de gauche subventionnées, la droite n’a pas construit son propre environnement associatif. Elle commence à peine. À la place, elle a créé des associations qui ont accompagné la démolition.
Samuel Grzybowski est né en 1992. Il a grandi à Paris, dans le XVe arrondissement. Son père est journaliste à La Vie, qui appartient au groupe Le Monde. Cette précision est utile comme on le verra plus tard. Le jeune Samuel a été scout de France. Dans les jamboree mondiaux, il a rencontré des juifs et des musulmans. Cela lui a donné l’envie de travailler sur le dialogue interreligieux. À 16 ans, il a eu l’idée de fonder un mouvement autonome. À 17 ans, il a manifesté pour la paix et contre l’importation du conflit israélo-palestinien en France. C’était en 2009. La gauche incitait à déployer des « initiatives » et des « prises de paroles ». Le jeune Samuel est tombé dans le panneau. Il proposa de donner son sang pour la paix. Évidemment, c’était symbolique : aucun prélèvement ne finirait en Palestine, mais cela lui permit de passer sur France 3.
Coexister était payé par l’Éducation nationale, et l’est toujours, pour expliquer aux collégiens et lycéens que le grand remplacement peut se vivre sans violence si tout le monde considère que l’islam est une religion qu’il faut comprendre
En 2010, il a commencé à étendre son association dans d’autres villes et rejoint l’organisation Religions for Peace, un machin de l’UNESCO. La même année, le journal La Vie le cita parmi les dix jeunes qui font bouger l’Église de France. Celle-ci se mit alors à le soutenir. En 2011, il devint membre d’un comité Théodule de l’Église dédié à l’interreligieux, ce qui donna lieu à une interview dans Le Monde. Coexister put ouvrir ses propres locaux chez les pères maristes du 104, rue de Vaugirard. Entre 2011 et 2012, il reçut une pluie de distinctions provenant de machins internationaux. L’argent est entré dans les caisses. Il provenait de dons de fondations et d’actions de « sensibilisation » dans les lycées. Coexister était payé par l’Éducation nationale, et l’est toujours, pour expliquer aux collégiens et lycéens que le grand remplacement peut se vivre sans violence si tout le monde considère que l’islam est une religion qu’il faut comprendre, et qu’il est normal que de la place lui soit faite. Nous n’avons trouvé aucun budget sur la période 2010-2013. Mais l’association revendiquait alors trois salariés et dix volontaires en service civique. Le budget total devait être compris entre 150 et 200 000 euros annuels. C’était déjà coquet.
À partir de 2013, Coexister a changé de braquet grâce à « l’InterFaith Tour ». Désormais étudiant à la Sorbonne, Samuel Grzybowski affirmait qu’il suffirait aux gens de se parler pour coexister en paix. Toute l’anthropologie politique comme l’histoire de l’humanité le contredisaient ? Pas de problème, il a organisé un tour du monde de la foi pour sélectionner des initiatives interreligieuses afin de les partager au retour. Est-ce que cela réglait quelque chose au fond du problème qu’il ne peut y avoir plusieurs définitions du bien et du mal dans un État ? Non, mais la posture était tout de même plus « généreuse ». Et puis il suffit que le christianisme s’efface pour que l’islam ne pose plus de problème. L’initiative fut appuyée par Christian de Boisredon, autre entrepreneur catholique « humaniste ». L’exposition médiatique permit d’obtenir le soutien du Fonds d’Expérimentation de la Jeunesse, un mécanisme de subvention de l’Éducation Nationale. Najat Vallaud-Belkacem a financé Coexister. Les fonds ont permis de tripler le nombre des salariés, de quintupler les volontaires en service civique, et de mobiliser 340 personnes au quotidien. Le budget s’est envolé.
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L’association ne publie pas ses comptes, ce qui est obligatoire, mais nous l’estimons autour de 700 000 euros par an. Il faut cela pour enfumer 52 000 lycéens par an dans 40 villes. L’enfumage dépasse désormais la sphère publique. Pour augmenter sa part d’autofinancement, Coexister a créé une société de conseil nommé Convivencia. Ce nom désigne la période de la conquête musulmane de l’Espagne pendant laquelle la paix aurait régné entre les trois religions du Livre. Total par exemple a mordu à l’hameçon. Désormais Coexister avance encore d’une case. L’association lutte pour la liberté de conscience. Bravo. Mais elle veut aussi lutter contre « l’invisibilisation des minorités » et pour faire reconnaître « l’aspect systémique des racismes ». Pour que le message passe, le bureau national de Coexister « construit un positionnement politique ». Au moins c’est plus clair.





