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Réouverture des cinémas : les films à voir et à fuir

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Publié le

19 mai 2021

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Les cinémas viennent de ré-ouvrir (merci Castex !), mais ce n’est pas une excuse pour aller voir des navets. Arthur de Watriguant, Marc Obregon, Jacques de Guillebon et Ange Appino vous font gagner du temps en listant les films à voir absolument, et ceux à éviter à tout prix.

À VOIR ABSOLUMENT


Adieu les cons d’Albert Dupontel avec Virginie Efira, Albert Dupontel et Nicolas Marié. 1h27.

Après sa grande fresque Au revoir là-haut (2017), son plus grand succès public mais son film le plus conformiste, Albert Dupontel revient avec Adieu les cons à ce qu’il sait faire de mieux : la farce tragique. Lorsque Suze Trappet apprend à 43 ans qu’elle est sérieusement malade, elle décide de partir à la recherche de l’enfant qu’elle a été forcée d’abandonner quand elle avait 15 ans. Sa quête administrative va lui faire croiser JB, quinquagénaire en plein burn out, et M. Blin, archiviste aveugle d’un enthousiasme impressionnant. À eux trois, ils se lancent dans une quête aussi spectaculaire qu’improbable. Dialogues qui font mouche, folie créatrice utra-maitrisée, à la limite de la maniaquerie, et découpage de bande dessinée : le réalisateur de 9 mois fermes est un véritable auteur. Son univers inclassable lorgne à la fois chez Terry Gilliam, les Expressionnistes, Chaplin et les Pieds-Nickelés, mais souffre aussi du syndrome de marionnettiste quand il délaisse ses personnages. Avec Adieu les cons, Dupontel perd un peu de son insolence mais gagne en humanité. Il livre ici son film le plus touchant et Virginie Efira y est pour beaucoup. Bouleversante, elle offre au réalisateur français ce qui lui manquait encore : l’émotion brute. Arthur de Watrigant


Mandibules de Quentin Dupieux avec David Marsais, Grégoire Ludig et Adèle Exarchopoulos. 1h17.

Sur la côte, deux pieds-nickelés volent une mercedes dans le coffre de laquelle ils découvrent une énorme mouche, de la taille d’un nourrisson. Ils décident de la dresser. Voilà à peu près à quoi se résume le scénario du fantastique monsieur Dupieux, qui fait une fois encore la démonstration de son insolente maîtrise du nonsense. Autour des visages imbéciles et heureux des deux comédiens du Palmashow, Grégoire Ludig et David Marsais, dont on ne jurerait pas qu’ils sachent réellement jouer, se dégage une poésie mi-comique mi-mélancolique qui dilate la rate et réjouit l’âme. Servi de plans Nouvelle vague et encombré de personnages délirants, parmi qui brillent Adèle Exarchopoulos et étrangement l’infâme rappeur Roméo Elvis, le film mène son spectateur où il veut et le manipulant gentiment lui fait aimer pour un court instant le n’importe quoi. Jouissif. Jacques de Guillebon


Falling de Viggo Mortensen avec Viggo Mortensen, Lance Henriksen et Terry Chen. 1h53

Falling, c’est l’histoire d’un pilote de ligne maqué à un jeune chinois, tous deux « papas » d’une jeune mexicaine adoptée, et obligés de se coltiner le vieux daron réac’ du premier. On s’attendait au pire mais c’était sans compter toutes les nuances dont Viggo Mortensen est capable. Évitant toutes les facilités, tous les écueils de la moraline, l’acteur-réalisateur offre un bouleversant portrait de père, celui que campe ici un Lance Henriksen complètement halluciné, possédé par ce rôle d’Américain vieille école qui ne reconnaît plus ni son pays, ni son fils. Porté par des flashbacks incessants qui remettent en perspective les relations du père et du fils, avec une ambition presque malickienne par moments, interrogeant constamment la place du père et de l’homme dans un pays trop vite passé des cow-boys de John Ford à ceux de Village People. Falling déroule assez implacablement sa démonstration – le temps détruit tout – et laisse à voir ici et là quelques sacrés moments de jeu d’acteur et des passes mélodramatiques qui à chaque fois touchent juste. Pour un premier film en tant que réalisateur, Mortensen fait très fort. Marc Obregon


Drunk de Thomas Vinterberg avec Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen et Lars Ranthe. 1h 56.

Quatre professeurs de lycée se lancent un curieux défi afin de combattre la crise de la quarantaine : boire toute la journée, y compris pendant leurs cours, persuadés que maintenir une alcoolémie minimum leur permettra de tirer le meilleur d’eux-mêmes. Sur cette idée simple mais casse-gueule, Thomas Vinterberg tisse un joli conte social et excelle dans la peinture de l’intime. En évitant le film à thèse, il s’attache à mettre en lumière les paradoxes d’une société partagée entre hygiénisme et hédonisme, tout en dépeignant une génération sacrifiée : celle de ces quadragénaires mis à l’écart, confinés dans une vie de famille décevante où la place du père est réduite à la portion congrue. Avec un tel sujet, on pouvait légitimement s’attendre à un Vinterberg plus acide, mais le réalisateur danois semble avoir trouvé la paix et nous livre quatre beaux portraits d’hommes tout en nuances, maniant avec souplesse le drame et la comédie – jusqu’à un final solaire qui donne furieusement envie de lever le coude. Mads Mikkelsen, en mari et prof d’histoire largué, est comme toujours foudroyant de justesse. Marc Obregon


À FUIR D’URGENCE


Poly de Nicolas Vanier avec François Cluzet, Julie Gayet, Elisa de Lambert et Patrick Timsit. 1h42.

Cécile, 10 ans, déménage dans le sud de la France avec sa mère, Louise. L’intégration avec les autres enfants du village n’est pas facile. Lorsqu’un cirque de passage s’installe à côté, Cécile découvre que Poly le poney vedette est maltraité. Elle décide de le protéger et d’organiser son évasion ! Poursuivis par Brancalou, l’inquiétant directeur du cirque, et le mystérieux Victor, Cécile et Poly s’embarquent dans une cavale pleine de rebondissements, un véritable voyage initiatique et une incroyable histoire d’amitié. Après Belle et Sébastien, Nicolas Vanier adapte un nouveau feuilleton de Cécile Aubry. Bien qu’inoffensif, tout sonne faux. La reconstitution fait carton-pâte, Cluzet cachetonne, Timsit nous rappelle pourquoi il a disparu des écrans et le scénario se révèle aussi excitant qu’une conférence de presse de Castex. Arthur de Watrigant


30 jours max de Tarek Boudali avec Tarek Boudali, Philippe Lacheau et Julien Arruti. 1h27.

Rayane est un jeune flic trouillard et maladroit sans cesse moqué par les autres policiers. Le jour où son médecin lui apprend à tort qu’il n’a plus que trente jours à vivre, il comprend que c’est sa dernière chance pour devenir un héros au sein de son commissariat et d’impressionner sa collègue Stéphanie. Tarek Boudali troque ici sa casquette de second rôle (percutant), de faire-valoir de son pote Lacheau, réalisateur des drôlissimes Baby-Sitting, pour celle d’acteur-réalisateur. Il n’aurait pas dû. Mais vraiment pas. Aucune finesse dans la lourdeur, zéro idée et ringard, 30 jours max est si mauvais que le premier qui arrive au bout des 1h30 (mais sans pause) se verra offrir un abonnement à L’Incorrect. Arthur de Watrigant


Garçon chiffon de Nicolas Maury avec Nicolas Maury, Nathalie Baye et Arnaud Valois. 1h48.

Jérémie est un comédien parisien qui peine à faire décoller sa carrière. Sa jalousie excessive met en danger son couple. Afin de se couper de ses soucis et préparer une audition pour un rôle crucial, il passe les vacances d’été chez sa mère, dans le Limousin. Le thème du film, la guérison par le retour aux racines, était très prometteur. Il est malheureusement très mal exploité. La faute d’abord aux personnages, et surtout Jérémie, beaucoup trop geignard pour qu’on ressente une véritable empathie à son égard. Nicolas Maury, primo-réalisateur et rôle principal de son propre film, nous montre une humanité trop faible. Par ailleurs, le long-métrage s’endort rapidement par une absence d’évènements presque complète. Or seul le fait d’en traverser pourrait expliquer la métamorphose finale du protagoniste, laquelle apparaît par conséquent totalement artificielle. Il y a pourtant quelques moments de grâce qui interviennent quand le film oublie de se prendre au sérieux et rit de la neurasthénie de ceux qu’il montre à l’écran. Ange Appino


ADN de Maïwenn avec Maïwenn, Louis Garrel, Fanny Ardant et Marine Vacth. 1h30.

N’y voyez surtout pas là un film autobiographique. Elle refuse ce terme « réducteur et inadéquat » tout en avouant que « le personnage de mon grand-père ressemble au mien […], tout comme mon personnage et le film d’ailleurs ». Tout comme le personnage de son père, breton et vietnamien, et tout aussi affreux si l’on en croit ses témoignages. Le personnage de sa mère ressemble encore à sa mère qui serait aussi violente et névrosée que celle du film. Ce qu’elle préfère, c’est parler d’elle, quitte à prendre le spectateur en otage de ses névroses. Après tout, puisqu’il est là, autant qu’il serve ! ADN s’ouvre sur un rassemblement de famille. Émir, le patriarche algérien, que sa famille entoure pour son anniversaire, a mauvaise mine : il est atteint d’Alzheimer. Parmi ses petits-enfants, Neige/Maïwenn est sur tous les plans. Divorcée et mère de trois enfants, elle déteste ses parents, eux-mêmes divorcés et affreusement toxiques. C’est son grand-père qui l’a élevée. Il est son pilier. Une fois cela posé, la mise en scène patine, les dialogues sonnent faux et l’on regarde déjà sa montre autant que la toile. Heureusement pour nous, Émir meurt et Maïwenn réajuste un peu la mire, s’oubliant le temps de quelques scènes, esquissant même une chorale familiale stimulante. Pourtant, une fois le grand-père sous terre, Maïwenn revient à ce qu’elle préfère : parler d’elle. Et l’on s’emmerde à nouveau. Maintenant Neige souffre, alors elle part en quête d’elle-même. Elle se rêve en Algérienne mais son test ADN ne confirme pas ses envies. Elle rompt avec sa mère et son affreux père qui vote Marine Le Pen, arrête de bouffer et s’isole. Sous couvert de vraies questions comme le déracinement et la transmission, l’actrice, plus narcisse que jamais, enchaîne les séquences à la Martine : Maïwenn traverse Paris en scooter, Maïwenn à l’hôpital, Maïwenn découvre l’Algérie. La réalisatrice se garde bien d’offrir un autre point de vue. Tout ce qui existe autour ne sert que de faire-valoir et elle travaille chacun de ses plans en vue de s’offrir une ambiance faussement chill. « J’ai voulu faire un film CONTRE le racisme et POUR les immigrés », a-t-elle l’audace d’affirmer. Au risque de vous divulgâcher, Maïwenn semble bien proposer une solution afin d’assumer de tels vœux, une solution qui rejoint pleinement les propositions de Renaud Camus : la remigration. Décidément, tout fout le camp ! Arthur de Watrigant


Sous les étoiles de Paris de Claus Drexel avec Catherine Frot, Mahamadou Yaffa et Jean-Henri Compère. 1h30.

Depuis de nombreuses années, Christine vit sous un pont, isolée de toute famille et amis. Par une nuit comme il n’en existe que dans les contes, un jeune garçon de huit ans fait irruption devant son abri. Suli ne parle pas français et il est perdu. Il ne manquait plus que ça : le conte de la clocharde et du migrant. Malheureusement, pas de miracle, comme souvent dans les contes français. Si Sous les étoiles de Paris tente de soigner son cadre en y injectant de la pseudo-féerie, le tout dégouline salement de niaiserie, de bêtise et de fausseté. Les migrants sont des mathématiciens et l’éboueur français raciste. Au milieu, Catherine Frot surjoue la SDF au grand cœur et vous, spectateur, vous êtes surtout prié de ne pas réfléchir. Le migrant comme cadeau de Noël, il fallait oser, Drexel l’a fait. Une sacrée daube. Arthur de Watrigant

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