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1983 : l’année où Mitterrand abandonna la classe ouvrière

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Publié le

31 mai 2021

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Changeant radicalement la politique économique du pays, « le tournant de la rigueur » orchestré par Pierre Mauroy a signé l’abandon de la classe ouvrière.
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« Celui qui n’accepte pas la rupture avec l’ordre établi, avec la société capitaliste, celui-là ne peut pas être adhérent du Parti socialiste» (François Mitterrand, 1971). Qu’il est délicieusement rétro de réécouter les discours du congrès d’Épinay ! Mauroy parlant de « révolution » à un auditoire d’adhérents de la CAMIF. On s’en laisserait pousser le collier de barbe de nostalgie ! Pourtant, le PS d’alors n’est guère révolutionnaire : le molletisme, discours couillu et baissage de froc, rassemble encore un tiers des socialistes ! C’est pourtant François Mitterrand qui gagnera le congrès. En jouant sur la « rupture » et l’acceptation du Programme commun avec le PCF.

Programme commun ouvriériste

Pendant dix ans, la gauche louvoiera autour du programme qui, basé sur l’hypercroissance et l’archi-consommation, est déjà obsolète en 81. La France n’est plus dans les Trente Glorieuses et la classe ouvrière commence sa lente dislocation. Relire ce programme commun aujourd’hui est un incroyable voyage dans le temps ! « Pouvoir des travailleurs », « planification démocratique », amélioration de la condition ouvrière occupent la majorité des 16 pages, la « condamnation du racisme » se réduisant au strict minimum.

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La gauche parle en revanche de planifier « le nombre de travailleurs immigrés accueillis chaque année ». On est loin des frontières ouvertes ! Cinq mois avant Mai 81, Georges Marchais appellera encore à « stopper l’immigration officielle et clandestine », le grand remplacement non-syndiqué commençant déjà à toucher la ceinture rouge.

Avant les tournantes, les tournants

Entre 81 et 83, la politique économique socialo-communiste conduit la France à la catastrophe. En mars 83, Mitterrand et Mauroy annoncent « le tournant de la rigueur ». La classe ouvrière va se prendre le mur du sociétal en pleine gueule! Car ce tournant porte en lui l’abandon du prolétariat. Mitterrand, par idéologie européiste, refuse de sortir du Système monétaire européen et d’imposer des barrières douanières. De plus, le PS ne croit plus aux nationalisations et se tourne déjà vers les privatisations. Le charabia marxiste est remplacé par le patois technoworld, tel Fabius prônant la « modernisation des entreprises ». En langage clair : la fermeture des industries lourdes, inadaptées à la concurrence mondiale. En 84, Creusot-Loire, plus important site industriel français, est liquidé. 2 000 ouvriers à l’ANPE qui inaugureront le chômage de masse. En tout, Mitterrand supprimera 21 000 emplois dans la sidérurgie ! En 1981, 70 % des ouvriers avaient voté Mitterrand. Deux ans plus tard, il va les sacrifier pour un nouveau rêve : l’Europe et les nouvelles classes héroïques (les immigrés puis les minorités sociales).

Les classes populaires, désormais fragmentées par la fin de l’usine, le chômage et l’intérim, vont délaisser la gauche et Mitterrand

Et la machine socialiste va mettre les moyens dans ce « tournant sociétal », avec touche pas à mon pote» et la Marche des Beurs. SOS Racisme est créé en 84 et le peuple de gauche invité à écouter du raï. La figure de l’ouvrier sera désormais celle d’un sale connard raciste qui danse en slip dans les campings.

Show biz froufroutant

Parallèlement, Mitterrand purge du Code pénal toutes les restrictions concernant les homosexuels. Les années SIDA débutent aussi en 83. Son appropriation par le show-biz intronisera un autre prolétariat de remplacement : les tarlouzes. L’ouvrier est remplacé par l’immigré et le sidaïque. Le bleu au ciel par le libéralisme économique. Les classes populaires, désormais fragmentées par la fin de l’usine, le chômage et l’intérim, vont délaisser la gauche et Mitterrand. Confrontées à l’avancée des immigrés, elles fuiront les zones urbaines périphériques.

En 1983, la ville de Dreux illustre ce profond changement de civilisation. À partir des années 60, Dreux voit l’arrivée d’immigrés. En trente ans, la population double! En 81, le maire PS demande l’arrêt de l’immigration dans sa commune. Deux ans plus tard, la population vote pour une liste de droite où figure le Front national qui a fait 16,7 % au premier tour.

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C’est le « coup de tonnerre de Dreux » et le début de l’identification du monde ouvrier au Front national ou à l’abstention. Avec la doctrine Terra Nova constatant 28 ans après le divorce entre la gauche et la classe des « sans-dents », celle-ci relèvera que le PS ne lui aura jamais pardonné son refus des « tournants » sur la route de son propre déclassement.

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