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Faut vous le dire en quelle langue ?

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Publié le

6 septembre 2017

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VincentYOU-ŠYann Calvez-Web

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La clause Molière dont il est l’inventeur a été vilipendée et raillée par des dirigeants politiques hors sol. Aujourd’hui il ne lâche rien, pour notre plus grand plaisir. Rencontre avec Vincent You pour qui l’apprentissage du français en France est le chantier le plus urgent !

 

S’appeler You et se battre pour l’usage de la langue française, il connaît la blague et la chanson. Et n’y voit d’ailleurs aucun paradoxe, fier de son patronyme qu’un corsaire illustra naguère, qui faillit bien libérer Bonaparte à Sainte-Hélène. Puis une famille d’officiers français, à la progéniture nombreuse, qui ne fait pas spécialement dans l’anglomanie. Mais ce n’est pas la langue de Shakespeare qui trouble aujourd’hui l’inventeur de la clause Molière : plutôt les divers parlers de l’est, majoritairement slaves, dont les locuteurs forment les gros bataillons de ce que l’Europe nomme pudiquement les travailleurs détachés.

Dans la réalité, on le sait, de la main-d’œuvre à bas-coût qui règle ses cotisations sociales directement au pays, rendant le travailleur français ou installé en France hors de prix. Certains ont voulu voir de la xénophobie dans cette clause qui oblige l’employeur, principalement du BTP, à recourir pour des raisons de sécurité ou à des employés maîtrisant le français ou à un interprète, dont l’emploi réduit alors considérablement la marge pratiquée sur ces travailleurs.

 

   A lire aussi : Travailleurs détachés, une victoire réduite au strict minimum

 

Il n’en est rien, puisqu’elle n’interdit aucunement à l’étranger, à l’immigré ou au descendant d’immigré parlant français de travailler sur le territoire national. Non, ce que défend l’adjoint au maire d’Angoulême qui se targue d’être apparenté à Roland Laudenbach, le grand éditeur de droite d’après-guerre, et notamment protecteur d’Antoine Blondin – que la carrure de rugbyman et le visage éclairé d’un perpétuel sourire de Vincent You auraient ravi – c’est d’abord le travailleur dans le cadre évident de la nation.

La politique comme souci, l’homme comme pièce centrale, la France comme héritage précieux : Vincent You est le pur produit d’un ancien christianisme social, qui tient dans la même gerbe amour du pauvre et du faible, passion de la patrie et soif d’enracinement local. Une formation théorique à l’IEP de Strasbourg vite doublée d’une spécialité concrète, celle de directeur d’hôpital, et un premier engagement précoce derrière Philippe Séguin au sein du Rassemblement pour une Autre Politique (RAP), l’auront finalement conduit au cabinet de Christine Boutin quand elle était ministre du Logement, période qu’il résume ainsi : « Une expérience de droite sociale avec un goût d’inachevé, puisque l’arrivée de Fadela Amara au bout d’un mois nous a privés de la possibilité d’agir sur le fond du problème de la politique de la ville ».

Ce que défend l’adjoint au maire d’Angoulême, c’est d’abord le travailleur sans le cadre évident de la nation

Le rusé Sarkozy avait en effet mis dans les pattes de l’égérie de la droite catholique la présidente de Ni putes ni soumises afin que leurs actions contradictoires s’annihilent mutuellement.

Pourtant, « dans notre équipe, il y avait Jean-Marie Petitclerc et Xavier Lemoine, le maire de Montfermeil : quel dommage de ne pas leur avoir laissé les mains libres ! J’y vois un raté historique, alors qu’on aurait pu apporter une vraie réponse à la crise des banlieues ». Maintenant éloigné du PCD, c’est comme chargé des finances d’Angoulême et Vice-Président de « Grand Angoulême » chargé de l’urbanisme que You tâte de la politique noble, celle du problème concret à résoudre : ainsi de l’autosuffisance alimentaire ou bien entendu de cette clause Molière.

« Dans mon métier de directeur d’hôpital, j’ai mené un chantier qui m’a fait comprendre que l’on peut se battre pour choisir des entreprises du coin, sans que cela ne se traduise paradoxalement par de l’emploi local. C’est ce qui m’a choqué : construire un hôpital avec l’argent de notre Sécu, pour constater que les ouvriers sont embauchés justement parce qu’ils ne paient par leurs charges ici ? Je me suis promis de ne pas me faire avoir une deuxième fois. »

Défait aux législatives par le macroniste de l’étape, notre Vincent « Molière » You ne lâche pourtant rien et fustige pêle-mêle la contradiction hamoniste de réserver 50% des marchés publics au « made in France » tout en récusant sa clause, le chantier de la ligne à grande vitesse Bordeaux-Paris dont chacun assurait qu’elle créerait de l’emploi local pendant que Vinci se gavait de travailleurs détachés, ou les premiers pas de Macron dans le champ européen qu’il considère comme un recul.

« Voilà que l’on laisse le champ libre à une conception de l’économie où les emplois non-délocalisables eux-mêmes ne sont plus ancrés dans un territoire. C’est la quadrature d’un cercle dramatique : la financiarisation de l’économie utilise notre épargne pour tuer nos entreprises. »

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