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Arnaud Benedetti : Élections municipales, à qui le tour ?

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Publié le

9 mars 2026

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Le 22 mars prochain, les Français éliront leurs maires. À quoi faut-il s’attendre ? Réponses avec Arnaud Benedetti, directeur de la Nouvelle Revue Politique et l’un des plus fins connaisseurs de la vie politique française.
© Benjamin de Diesbach

Quelles vont être les répercussions du meurtre de Quentin par les antifas ? Peut-on imaginer des barrages massifs contre les candidats LFI ?

À ce stade, il est difficile de l’évaluer, ne serait-ce que parce qu’il reste du temps avant la fin de la campagne et que d’autres éléments peuvent encore impacter cette dernière. Ce qui est certain, c’est que même si elles demeurent locales, ces élections seront fortement nationalisées en raison de leur proximité avec l’élection présidentielle de 2027. Ce que l’on peut d’ores et déjà noter, c’est que pour la première fois et ce de manière explicite, le curseur de la problématique de la diabolisation paraît s’être fortement déplacé sur la gauche de l’échiquier. La question se pose à la gauche réformiste mais aussi au centre : comment légitimer la fréquentabilité d’une formation politique, LFI, qui entretient des relations organiques avec des groupuscules ultra-violents étrangers à toute culture démocratique ? Le sondage réalisé après le drame lyonnais montre que 76 % des Français désavouent une alliance PS/LFI, y compris dans l’électorat PS où une majorité s’y déclare hostile et que 61 % sont prêts à faire barrage à LFI si une liste LFI est susceptible de l’emporter. À ce stade, l’opinion a tranché, même si ensuite des facteurs plus locaux peuvent moduler cette réponse globale.

Une vague RN est-elle prévisible, et quels seraient les critères d’une victoire pour eux ?

La nationalisation du scrutin peut constituer un accélérateur mais les paramètres locaux ne doivent pas non plus être négligés. L’insuffisante notabilisation du RN sur le plan local peut en quelque sorte constituer un facteur limitatif à son enracinement. Les difficultés pour constituer des listes dans certaines villes en témoignent. Dans les grandes métropoles, c’est dans le Sud-Est que la droite nationale dispose des plus grandes possibilités de gains : à Toulon, à Nice mais principalement sous l’étiquette ciottiste, éventuellement mais plus difficilement à Marseille, à Nîmes potentiellement, etc. Toujours sur cet axe méditerranéen de Menton jusqu’à Perpignan, il faudra regarder de près ce qui opère dans les villes moyennes et les petites villes : des listes RN pourraient créer des surprises, sans compter que sous le radar médiatique dans certaines localités, comme dans le Var ou les Alpes-Maritimes par exemple, une stratégie d’union des droites peut opérer le cas échéant à bas bruit. Le but du RN consiste à multiplier les élus municipaux pour pouvoir en septembre prochain viser la constitution d’un groupe RN au Sénat. Les zones rurales, où qu’elles soient au demeurant, serviront de leviers à cette stratégie de maillage en vue des prochaines sénatoriales.

Quelles sont les conséquences du changement de mode scrutin à Paris, Marseille et Lyon ?

Elle est censée assurer une meilleure représentativité des équilibres politiques, et surtout elle vise en principe à éviter qu’un maire minoritaire en voix puisse être élu comme ce fut le cas à Marseille en 1983 lorsque Gaston Defferre l’emporta face à Jean-Claude Gaudin. Désormais les électeurs de ces villes voteront deux fois à Paris et à Marseille, pour les listes d’arrondissements et pour les membres du conseil municipal, auquel il faudra rajouter un troisième scrutin à Lyon pour les conseillers métropolitains. Avec l’abaissement de la prime majoritaire de 50 à 25 %, le risque d’une fragmentation de la représentation a été pointé.

Lire aussi : Arnaud Benedetti : « Le cordon sanitaire n’a jamais été aussi faible »

Lors des dernières municipales, les grandes villes avaient été gagnées par la gauche et les écologistes. À quoi faut-il s’attendre cette fois-ci ?

Tout dépendra dans beaucoup de configurations des seconds tours et notamment des alliances potentielles ou non avec LFI, lorsque LFI est en mesure de présenter des listes. Pour autant, ces alliances au regard de la radicalisation de LFI pourraient avoir un coût politique suscitant un effet d’éviction de l’électorat modéré de gauche. Les élections municipales serviront de test pour mesurer l’efficacité de ces arrangements. Du côté des Verts, grands gagnants du scrutin de 2020, le reflux est possible, notamment à Lyon ou Strasbourg entre autres. Ce d’autant plus que les préoccupations environnementales sont devancées par les enjeux régaliens dans les attentes des Français. La sécurité, sujet où les maires verts sont particulièrement contestés, en s’invitant dans le débat municipal à un an de la présidentielle, discrimine fortement les offres qui par idéologie en minorent l’impact. Après les municipales, la perspective de redevenir pour les écologistes une force bien plus d’appoint qu’une force-pivot comme ils entendent l’être est un risque réel. En perdant certains des bastions conquis en 2020, c’est leur ambivalence permanente entre réformisme et gauchisme qui serait sanctionné à l’échelon local, échelon où pour durer il est indispensable de désidéologiser sa pratique du pouvoir. Ce que n’ont pas su ou voulu faire un certain nombre des édiles écologistes, élus qui plus est en 2020, sur fond d’abstention record.

La désunion des droites peut-elle permettre à la gauche de se maintenir à Paris ?

Paris offre une situation originale : une majorité de gauche usée par plus de vingt années de pouvoir municipal mais qui en effet pourrait se maintenir en raison des divisions de ses oppositions. À ce stade, cinq listes sont en mesure de se maintenir au second tour, une hypothèse qui rend encore plus incertaine l’issue du scrutin. La mathématique ne garantit pas pour autant le succès électoral qui est toujours indissociable d’une alchimie singulière. L’acceptabilité d’un ticket de second tour Dati/Knafo est l’une des clefs de l’élection ; quelques sondages validant une dynamique pourraient avoir un effet d’entraînement sur les équilibres internes de la droite et du centre mais cette perspective d’une union des droites victorieuses dans une ville où la sociologie de gauche reste encore imprégnée de l’imaginaire du « barrage républicain » suscitera sans aucun doute une pression politico-médiatique d’une très grande intensité. Si de l’autre côté de l’échiquier parisien, monsieur Grégoire, forcé par les circonstances, trouvait un modus vivendi avec madame Chikirou, Paris offrirait le visage d’une re-bipolarisation droite/gauche dont il faudrait s’interroger si elle est préfiguratrice en vue du scrutin présidentiel.

À l’approche des élections, on ne parle que de victoire ou de défaite des différents partis politiques. Mais le vrai sujet n’est-il pas quel rôle et quel pouvoir doivent revenir aux maires dans une France en crise ?

Le maire est la rare figure d’élu qui continue à disposer d’une crédibilité populaire. Les études d’opinion en témoignent, quand bien même sans doute faudrait-il qualitativement moduler cette perception en fonction des communes, de leurs tailles, des territoires aussi. Plus généralement, l’échelon local dans un pays d’histoire hyper-centralisée à la faveur des Français. Pourquoi ? Parce que la globalisation non-régulée a démonétisé l’échelon étatique national qui n’apparaît plus en mesure d’agir et de mener ses missions sur tout le spectre de ses compétences. Une récente étude publiée par l’IFOP a même révélé ainsi qu’une majorité de Français se déclare favorable à une évolution fédérale de la France. Dans ce contexte, parce qu’il est particulièrement identifié, le maire condense les attentes. Par sa proximité naturelle avec la population, par la visibilité des politiques qu’il peut conduire sur le terrain, il incarne la politique dans ce qu’elle recèle de concret et de capacité à agir. Faut-il élargir les missions de ce dernier et plus généralement des municipalités ? Sans doute mais sous réserve de simplifier le mille-feuille administratif dont la complexité est coûteuse, et d’éviter que sous couvert de décentralisation se constituent des féodalités qui affaiblissent le sentiment d’appartenance nationale dont nous avons plus que jamais besoin dans un monde travaillé par des logiques impériales et de rapports de force brutaux.

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