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Chine : la fin de l’enfant unique

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Publié le

31 mai 2021

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Après quarante ans de planification familiale ultra répressive, la Chine vient finalement d’autoriser tous les couples à avoir trois enfants. Il était temps. Car les conséquences de la politique de l’enfant unique, sont vertigineuses.
enfant chinois

Face à l’effondrement démographique auquel elle est confrontée depuis les années 90, la Chine était revenue progressivement sur le dogme de l’enfant unique en autorisant les couples de paysans à avoir un deuxième enfant si le premier était une fille. Mais cet allègement n’avait permis d’enrayer ni la chute démographique, ni la disparition des femmes.

Déclin démographique

En 1979, le gouvernement chinois, préoccupé par la croissance trop rapide de sa population, décide de mettre en place la politique « de l’enfant unique ». Cette loi interdit aux couples chinois d’avoir plus d’un enfant. Ce planning familial de masse qui a pris fin en 2015, a eu des conséquences effroyables en termes de violations des droits humains : des centaines de millions d’avortements forcés, même à 8 ou 9 mois de grossesse, sur dénonciation, des enlèvements suivis de tortures, des stérilisation forcées, et la traque des couples contrevenants à la règle. Des récits atroces d’hommes torturés jusqu’à ce qu’ils avouent où se trouve leur épouse enceinte de 7, 8, parfois 9 mois, et qui sera avortée de force une fois retrouvée. Les chiffres officiels du ministère de la Santé chinois font état de 281 millions d’avortements et 516 millions d’opérations de pose de contraceptifs et de stérilisation.

Les couples aisés qui décidaient d’avoir un deuxième enfant, pouvaient payer une amende de plusieurs milliers de dollars pour échapper à l’avortement. Mais la sanction prévoyait également la perte de leur emploi. Durant 30 ans, les couples contrevenants sont traqués par l’armée des 500 000 fonctionnaires et de leurs supplétifs du planning familial. Les sanctions varient selon les régions. Dans les plus pauvres, les amendes sont privilégiées car principale source de revenus de l’administration locale. Et quand les besoins financiers des administrations sont moindres, on passe à l’avortement forcé.

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L’indice de fécondité des Chinoises est passé de 2,9 enfants par femmes en 1975 à 1,6 en 2005. Si l’UE souffre effectivement d’un vieillissement de sa population, on ne parle pas encore d’effondrement démographique (même si l’immigration change la donne). La baisse de l’indice de fécondité ne suffit donc pas à expliquer le déclin démographique chinois, il faut y ajouter la disparition des femmes, particulièrement dans les campagnes.

Primauté ancestrale du mâle

En Chine comme dans d’autres pays asiatiques, les garçons priment sur les filles. Ce sont les hommes qui travaillent dans les champs et qui nourrissent leurs parents quand ceux-ci sont trop vieux pour subvenir à leurs besoins. C’est aussi le fils qui transmet le nom et l’héritage de la famille. Avoir une fille c’est « cultiver le champs du voisin », car une fois mariée, elle part vivre dans la famille de son mari et ne pourra plus s’occuper de ses parents. En outre il faut payer sa dot, ce qui constitue une source d’endettement pour des familles déjà très pauvres. Ce sont ces éléments qui ont poussé les parents à pratiquer en masse la « sexo-sélection » : avorter si l’enfant est une fille, et lorsque ce n’est pas possible, la tuer à la naissance.

Malgré l’interdiction de la détection du sexe du bébé et de l’avortement en raison du sexe, la pratique a largement continué avec des « cliniques itinérantes », de même pour les infanticides des petites filles. Soit on les tue à la naissance, soit on les laisse mourir en les négligeant. La mortalité des petites filles est d’ailleurs bien plus forte que celle des garçons, en raison du coût de l’accès au soin. Avec la libéralisation du système de santé, les soins sont trop chers et si les parents sont prêts à payer pour sauver un fils, ils ne le sont pas pour une fille. La mort d’une fille leur permettant d’avoir un nouvel enfant, un fils peut être.

Cette planification familiale fait qu’il manque aujourd’hui plus de 100 millions de femmes en Chine : celles qui ont été avortées ou tuées à la naissance. La Chine a l’un des ratios hommes / femmes les plus élevés au monde : 108. Et les effets de ce déséquilibre sur le mariage et la famille sont dévastateurs.

Les jeunes paysans se retrouvent alors dans l’incapacité de fonder une famille, ce qui alimente le « trafic des fiancées » : des femmes enlevées dans les pays voisins (Vietnam, Birmanie, Corée du Nord), ou des migrantes volontaires

Les « guang gun » sont ces « branches nues qui ne porteront jamais de fruits », ou de manière moins poétique : des hommes célibataires. Ils sont désormais 40 millions en Chine, désespérés de ne pas pouvoir se marier – le plus souvent concentrés dans les campagnes. Le mariage et la perpétuation du nom par une descendance sont indispensables pour « réussir » sa vie, aux yeux de la société chinoise, mais dans les campagnes il n’y a plus de femmes jeunes. Et le peu qui ont atteint l’âge de procréer n’acceptent d’épouser que des hommes ayant une bonne situation, et partent s’installer en ville rejoindre la classe moyenne. Les jeunes paysans se retrouvent alors dans l’incapacité de fonder une famille, ce qui alimente le « trafic des fiancées » : des femmes enlevées dans les pays voisins (Vietnam, Birmanie, Corée du Nord), ou des migrantes volontaires. Et qui dit frustration et désespoir, dit criminalité, dont le taux a doublé en vingt ans. L’abandon de la politique de l’enfant unique va donc permettre à la Chine de rééquilibrer le ratio, de tarir certains réseaux de traite humaine, et d’affronter le vieillissement de sa population. En revanche si la natalité remonte trop brutalement, l’enjeu deviendra environnemental. Les mesures (déjà en cours) d’affectation régionales risquent de devenir encore plus draconiennes qu’elles ne le sont déjà.

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