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Le retour de la terrasse

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11 juin 2021

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Enfin ! On peut retrouver les terrasses des bars, des bistrots, des troquets, des restaurants, des estaminets. Mais quelles terrasses ? Elles ont bien changé.
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En ville, déjeuner « en terrasse » signifie souvent déjeuner sur le trottoir, frôlé par les passants et les trottinettes. Cette année, avec le covid et les jauges, la terrasse est directement située dans la rue, jonchée sur des palettes de chantier, accompagnées d’une moquette en plastique imitation herbe. Un charme unique, qui transforme le restaurant en boui-boui du tiers-monde. La terrasse a les charmes de la culture et la sensation de la nature ; c’est le restaurant mais sans la salle, comme un pique-nique normalisé et sans herbe. La terrasse tente d’associer des contraires, de maintenir la civilité tout en se parant des sensations de la nature. Un peu comme le barbecue, qui est un retour charmant vers les temps préhistoriques et qui donne l’impression que la technique disparaît pour un retour au naturel, mais avec un outil au gaz dernier cri qui réussit si bien la viande crue à l’intérieur et brûlée à l’extérieur. 

La terrasse semble abolir la frontière entre la culture et la nature en mêlant les deux, alors qu’elle ne fait qu’en tracer d’autres, beaucoup plus discriminantes. Il y a la terrasse du tout-venant, dans le caniveau, avec une haie verte en plastique, un sol en bois aggloméré recyclé et une tonnelle d’inspiration ZAD nantaise. Quel plaisir de déjeuner ainsi, assis entre deux plots jaunes et un chantier de construction.

Lire aussi : Éditorial culture de juin : Vivre et mourir en terrasse

Et puis il y a les autres terrasses, inconnues du tout-venant, cachées, dont les adresses sont transmises uniquement par bouche-à-oreille, comme les restaurants clandestins au temps du confinement. Un jardin dans une cour intérieure, un vaste toit plat à l’étage d’un immeuble, un patio vitré où le ciel se devine. Ces terrasses sont des paradis retirés du monde. Elles offrent le calme, voire le silence, la vue vers la ville, le gazouillement des oiseaux et le clapotis des fontaines. Ce sont des terrasses au bord de la mer, ce sont des lieux à l’écart, sur le sommet des toits, où l’on avise les clochers et où l’on devine, tout en bas, les attroupements de la foule. Ces terrasses-là sont des mystères et des secrets. Jamais indiquées, toujours cachées et perdues, elles ne s’atteignent qu’après des traboules sans fin ou bien en prenant des ascenseurs camouflés. Ce sont là les vraies terrasses, celles qui permettent l’intimité, le sentiment d’exclusivité, celles qui nous retirent de la ville pour mieux nous replacer au centre de l’urbanité. 

Les musées et les magasins offrent souvent ce type de terrasses, comme Le Georges sur le toit de Beaubourg, la terrasse Colbert le long de la pyramide du Louvre et Créatures aux Galeries Lafayette. La mode veut que l’on nomme cela des rooftops, ce qui est assurément plus chic que « terrasse ». Les journaux vont donc pouvoir ressortir leur classement des 10 plus belles terrasses de… avec sa ville au choix. Des terrasses auxquelles il faudra rendre visite tant que dure la saison du déconfinement, avant de courir le risque d’en être privé à cause d’une énième vague.

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