D’après les informations exclusives du quotidien La lettre A, La Manif pour tous serait dans le viseur de la commission Glucksmann sur les ingérences étrangères. Cette commission a commandé au chercheur Edoardo Bressanelli une étude au nom pour le moins ahurissant : « Investir dans la déstabilisation : comment l’argent étranger est utilisé pour saper la démocratie dans l’Union européenne ? ».
Elle mentionne un rapport de l’openDemocratie de mars 2019 qui évaluait à 30 millions le montant des financements issus des « fondamentalistes chrétiens américains » vers « l’extrême droite européenne », et dénonçait l’influence d’ADF international sur la Manif pour tous. « La création de cette commission spéciale est un signal fort. Ces campagnes hostiles pilotées depuis l’étranger font partie d’une guerre hybride lancée contre nos démocraties » déclarait Raphael Glucksmann à l’initiative de cette commission spéciale sur l’ingérence étrangère dans l’ensemble des processus démocratiques en UE.
« La Manif pour tous est financée en totalité par des donateurs, nous n’avons aucun mécène et encore moins de mécènes étrangers »
Ludovine de la Rochère
Ludovine de la Rochère que nous avons contactée a tenu à répondre à ces accusations. Si elle reconnaît être proche de cette organisation, elle nie tout financement de sa part. ADF International se présente comme « une organisation juridique confessionnelle qui protège les libertés fondamentales et affirme la dignité inhérente à toute personne » et est engagée dans des combats proches de ceux de La Manif pour tous. Mais il n’est pas question de financement : « La Manif pour tous est financée en totalité par des donateurs, nous n’avons aucun mécène et encore moins de mécènes étrangers ». Et d’ajouter : « Nous sommes une association loi 1901 de type groupement politique, nous n’avons pas droit aux dons en nature, nous n’avons pas droit aux dons de personnalités morales ». Elle indique par ailleurs que le budget annuel est relativement faible, environ 1,3 millions d’euros en dehors des événements nationaux, et que les dons sont obligatoirement plafonnés à 7 500 euros par personne et par an, ce qui empêche tout mécénat.
Comme l’Alliance Defending Freedom, Billy Graham Evangelistic Association, ou encore Heartbeat International, ADF International est suspecté, notamment par l’Obs dans un article de mars 2019, de financer « l’extrême droite » européenne. En août 2021, Mediapart accusait La Manif pour tous de n’avoir publié ses comptes qu’une seule fois en 2014, mais pour la présidente de la Manif pour tous, il s’agit de désinformation. Elle assure agir « en toute transparence ».
Ludovine de la Rochère dément tout lien financier avec des organismes étrangers mais regrette, par ailleurs, que des associations progressistes dont les revendications sont politiques bénéficient de subventions de l’État tandis que La Manif pour tous ne peut compter que sur ses donateurs : « Au contraire des associations LGBT et du planning familial, nous ne recevons aucune subvention de l’état ou de collectivités, alors même que nous avons un but d’intérêt général, nous défendons le respect de l’humain et de la famille, fondement de la société ».
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La Manif pour tous dialogue dès qu’elle en a l’opportunité avec des organismes étrangers, à propos des convictions qu’elle entend défendre. Ce fut par exemple le cas à Genève, en mars 2019, lors de la 40ème session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, lors d’une conférence avec ADF International. Elle est un organisme consultatif à l’ONU, rappelle sa présidente, et à ce titre, elle joue un rôle sur la scène internationale.
La commission Glucksmann prévoit de lutter contre toutes les ingérences étrangères, notamment russes et chinoises, mais cible particulièrement les milieux conservateurs qui représenteraient un danger moins visible mais tout aussi réel pour notre démocratie. S’appuyant sur l’étude du chercheur italien et sur ses propositions, les députés publieront un rapport quelques semaines avant les élections présidentielles de 2022. Le député socialiste tête de liste PS-Place Publique plaide pour un renforcement des prérogatives de l’Union européenne : « Nous devons doter l’Union d’une capacité de réponse, de prévention et d’action plus rapide et plus efficace ». Quand il s’agit de taper sur la droite, il y du monde.





