L’énergie éolienne nécessite de grands espaces facilement accessibles en plaine venteuse – et si possible loin des habitations – pour être le plus productive possible, de sorte que les terres agricoles se sont vite imposées comme les espaces les plus appropriés pour accueillir de pareilles installations. En tout et pour tout, 83 % de la production éolienne française est d’origine agricole, répartie sur près de 5 000 exploitations pour un revenu annuel estimé à 34 millions d’euros.
Elles sont très largement concentrées sur les cultures céréalières du Nord et du grand bassin parisien, les terres d’élevage de Bretagne et de l’est, et les exploitations de polyculture occitanes. Indéniablement, leur implantation grandit : si l’éolien agricole a produit 1 341 Ktep (kilotonnes d’équivalent pétrole) en 2015, ce nombre devrait doubler d’ici 2023, et plus que quadrupler d’ici 2050 pour atteindre l’objectif de 6 439 Ktep.
L’éolien vient détruire cette très spirituelle communion : sous l’empire de la nécessité, les agriculteurs dégradent la beauté de nos horizons terrestres, desquels ils tiraient leur antique sentiment de fierté
Les agriculteurs y ont vite trouvé leur intérêt sur le plan économique, alors que leur revenu moyen s’établit à 1 390 euros mensuels, soit à peine plus qu’un SMIC pour des semaines de plus de 60 heures Dans ces conditions honteuses, l’éolien présente un intérêt évident : une éolienne rapporte en moyenne 6 000 € bruts par an pour le propriétaire exploitant (ou moitié bailleur, moitié fermier), duquel il faut déduire la CSG et les impôts, et ce que rapporteraient les terres cultivées et déclarées à la PAC. Tablons sur un 3 500 €/an : pour un agriculteur moyen, concéder 3 000 m2 de terre pour installer une éolienne peut rapporter plus de deux mois de salaire, soit une hausse de 20 % des revenus, sans investissements à effectuer.
Plusieurs éoliennes sont l’assurance d’un revenu stable et confortable pour plusieurs décennies. Si l’on ne dispose pas de statistiques sur les revenus des agriculteurs installant des éoliennes, ils appartiennent majoritairement à la grande culture (53 %), à l’élevage bovin (21 %) et à la polyculture-élevage (16 %) d’après un rapport parlementaire sur les énergies renouvelables, c’est-à-dire des secteurs parmi les plus mal rémunérés de l’agriculture française. Indéniablement, l’éolien prospère sur les difficultés économiques de la profession.
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De là, une fort malheureuse inversion de l’histoire. L’historien républicain Ernest Lavisse disait des paysans au soir tombant : « À la même heure, des milliers de regards, emplis d’une saine fierté, se portent sur un coin de terre, de vigne, de lande, exprimant l’amour et le respect des hommes de la terre pour le sol nourricier ». De cette relation intime de l’homme à la glèbe sont sortis les paysages français, dessinés au gré du temps et par la besogne de mille générations.
« Comme l’artiste, le paysan et l’artisan voient dans leur oeuvre une partie d’eux-mêmes, se confondent avec elle », ajoutait le sociologue allemand Werner Sombart. L’éolien vient détruire cette très spirituelle communion : sous l’empire de la nécessité, les agriculteurs dégradent la beauté de nos horizons terrestres, desquels ils tiraient leur antique sentiment de fierté. Ils devront désormais se contenter d’un portefeuille plus garni, et de l’illusion de participer au sauvetage écologique global. À la bonne heure.





