5 – Bérézina de Sylvain Tesson (Michel Guérin)
Quand Sylvain Tesson rejoue la retraite de Russie en Sidecar, avec des amis russes et son complice le photographe Cédric Gras, tout prend des couleurs grandioses et tragiques, même lorsque nos quatre voyageurs gelés se contentent de se saouler à la vodka dans une taverne déserte à quelques verstes d’un champ de bataille. Avec ce pèlerinage sur les traces d’une déroute héroïque et cette méditation sur la geste de l’Empereur, Tesson parvient à nous faire sentir l’énergie invraisemblable de simples cordonniers ou paysans (nos ancêtres) partis contempler les bulbes dorés de Moscou après avoir asservi l’Europe. Devant tant de souffrances et d’éclat, on se sent reposé comme après trois mois de sieste en Corse et prêt à annexer la Belgique en septembre.
4 – O Révolutions de Mark Z. Danielewski (Denoël)
Auteur américain expérimental devenu culte avec La Maison des feuilles, Danielewski sort quelques années plus tard (2007 en France) O Révolutions, une machine littéraire complètement déjantée propre à donner le vertige au lecteur. Ce « road trip » amoureux de deux adolescents à travers les États-Unis est constitué de 360 pages de chacune 360 mots où sont répartis les monologues des deux amants qui se comparent en miroir à condition de tourner régulièrement le livre à 360°, comme le volant de la voiture qui les mène à la catastrophe. Virtuose, délirant, unique, un incroyable dépaysement littéraire.
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3 – Le Vent dans les voiles de Jacques Perret (Gallimard)
Il n’y a pas que Djamel Debbouze et Omar Sy qui soient nés à Trappes, ce fut aussi le cas de Jacques Perret, il y a cent vingt ans, alors que cette ville était encore une tranquille bourgade archéo-française liée à la civilisation chrétienne. Fougueux ironiste plein d’allant, de mordant et de panache, ce précurseur des Hussards attaché au Trône et à l’Autel livra en 1948 ce roman grisant et roboratif où il imagine un militaire à la retraite occupé à reconstituer les exploits de ses ancêtres. Lorsqu’il découvre que l’un d’eux, en 1697, à bord de la frégate « La Doulce » a fui devant l’Anglais, son sens de l’honneur s’en trouve piqué à mort. Quelques verres de trop et le voici à bord du vaisseau, au sein d’une époque à la fois plus saine et plus baroque, paré à changer l’Histoire. Une merveilleuse évasion.
2 – Bains de mer, bains de rêve de Paul Morand (Robert Laffont)
Styliste impeccable, premier écrivain à avoir « fait jazzer la langue française » disait Céline, homme pressé adulant la vitesse – cette drogue du XXe siècle – Morand fut le prince des Années folles et l’ultime représentant d’un certain tourisme aristocrate. Parfois, voyager par procuration à travers le monde encore à l’état de province de l’Europe, et uniquement dans une compagnie raffinée de femmes élégantes et d’hommes d’esprit, ou l’inverse, se révèle préférable à une escapade low-cost dans le débraillement général de l’aventure à la portée des caniches que représente le tourisme actuel. En outre, vous vous en tirerez pour une vingtaine d’euros, dix de plus si vous accompagnez votre lecture d’un cocktail désuet en terrasse.
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1 – En Attendant le Roi du Monde d’Olivier Maulin (L’Esprit des Péninsules)
C’est avec ce premier roman récompensé par le prix Ouest France que le roi de Montmartre fit éclater sa gloire au milieu des années 2000, rappelant à un Saint-Germain-des-Prés cynique, faux rebelle et anémié, que la verve de Rabelais, la provocation furibonde et la nostalgie des légendes avaient encore un héraut en France. Un jeune Parisien chômeur se fait émigrer par sa femme au Portugal où un grutier mystique l’initie à l’attente messianique du Roi du Monde. Une lecture hilarante, explosive qui vous expédiera loin de tous les confinements physiques ou mentaux.





