D’habitude, le dimanche, Cetinje, ancienne capitale du royaume du Monténégro, est aussi calme que Nogent-le-Rotrou, Issoudun ou Fougères. Quelques touristes déambulent dans les rues du centre-ville, les retraités jouent aux échecs en terrasse et des pèlerins vont allumer des cierges au monastère qui abrite le siège de l’Église métropolitaine monténégrine, suffragante du Patriarcat orthodoxe serbe.
Dimanche 5 septembre, Cetinje s’est soudain transformé en camp retranché et il a fallu un certain courage aux forces de l’ordre monténégrine pour protéger d’émeutiers la cérémonie d’intronisation du nouveau métropolite Joanikije Micovic, 62 ans, en présence du patriarche serbe Porphyre, 60 ans. Les deux hauts dignitaires orthodoxes ont dû accéder à Cetinje par hélicoptère en provenance de la capitale monténégrine Podgorica, car les deux principales routes d’accès à la ville étaient coupées par des éboulements de rochers provoqués par des ultra-nationalistes monténégrins proches du président autocrate socialiste Milo Dukanovic, 59 ans, qui se maintient sous divers mandat à la tête du pays depuis 1991. Ces mêmes extrémistes ont tenté sans succès de forcer l’accès au monastère.
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Depuis plusieurs années, l’un des objectifs de Dukanovic est de mettre sur pied une Église autocéphale monténégrine, indépendante de l’Église serbe. Cette Église autoproclamée n’est reconnue par aucune autre des Églises orthodoxes. Pour lui donner une consistance, Dukanovic a tenté de mettre en place une législation privant l’Église serbe de certains de ses biens situés au Monténégro. Le nouveau gouvernement monténégrin, élu l’an dernier, reconnait pour sa part les droits historiques de l’Église serbe dans les pays indépendants depuis seulement 2006. Le Premier ministre a participé aux cérémonies de ce weekend. Le conseiller à la sécurité du président monténégrin, Veselin Veljovic, a, lui, été arrêté parmi les émeutiers, alors qu’il dirigeait une charge contre la police. Le bras de fer qui oppose depuis un an le président et le gouvernement monténégrins se poursuit donc autour de la question religieuse qui en est à l’origine.





