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Année zéro

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Publié le

11 septembre 2021

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Nous fêtons ce samedi le vingtième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001. Cette attaque a sidéré le monde entier, notamment parce qu’elle est la première à avoir été diffusée en direct à la télévision. Vingt ans plus tard, qu’en reste-t-il ?
11septembre

« Le 11 septembre a été l’actualisation d’une schize – sans doute terminale – dans l’histoire humaine. Voici la première guerre mondiale CIVILE. Des appareils civils frappent des tours civiles, des civils détournent des avions remplis de civils pour accomplir leur “mission” purement “symbolique”. C’est l’évacuation du militaire hors de la sphère de la guerre, c’est non pas le choc des civilisations, mais leur disjonction absolue, car “synthétique”, “globale” », écrivait Maurice Dantec.

Un choc. Un cataclysme. Un retour de l’Histoire avec une majuscule. La chute du bloc soviétique annonçait alors une Pax Americana pour mille ans. L’Europe entérinait la paix, s’abandonnant au marché unique et à l’euro qui devait entrer en vigueur l’année suivante. Personne ne parlait du problème de l’islam, hors les cercles informés de géopolitique. Il y avait bien eu quelques soubresauts, notamment en France du fait de la guerre civile algérienne, mais ce sujet ne semblait pas majeur pour le grand public. Bien que placé sur la liste des dix criminels les plus recherchés par le FBI, après des attentats perpétrés contre les ambassades américaines du Kenya et de Tanzanie, Oussama Ben Laden était peu connu. Il n’était pas encore l’ennemi public numéro un, le diable du monde libre.

L’effondrement des deux tours est pour le moment l’image la plus marquante du siècle et le point de départ du grand conflit opposant les vieilles puissances occidentales aux anciens peuples colonisés.

Entre 1993 et 1998, Oussama Ben Laden fut un djihadiste errant. Interdit de séjour dans son Arabie saoudite natale, pays dont la population le considérait comme un véritable héros, il aida les moudjahidines bosniaques et fut soupçonné d’avoir été derrière le premier attentat contre le World Trade Center qui fit six morts. L’homme était même estimé pour son historique combat antisoviétique par les Américains qui aidèrent longtemps les Talibans dans les années 1980. Al-Qaïda ne représentait pas une source d’inquiétude durant cette période où l’Occident crut pouvoir manipuler des combattants salafistes à la détermination sans faille, qui haïssaient en réalité avec la même intensité les deux principaux belligérants de la Guerre froide.

Une chose est certaine : l’effondrement des deux tours est pour le moment l’image la plus marquante du siècle et le point de départ du grand conflit opposant les vieilles puissances occidentales aux anciens peuples colonisés. Cela, peu l’ont compris sur le moment, mis à part quelques oracles souvent méprisés qui pour certains s’en réjouissaient et pour d’autres le déploraient. La stupide réponse américaine, appuyée par le mouvement néo-conservateur international, fut purement réactive et mal pensée.

Le vrai succès de Ben Laden ne fut pas l’habile opération militaire de son commando terroriste mais d’avoir su incarner la rébellion d’un tiers-monde en lutte contre ceux qui furent ses maîtres : nous. La popularité d’Oussama Ben Laden est encore immense dans une grande partie des pays musulmans comme dans nos banlieues. Sa tête orne toujours des posters et des tee-shirts, façon Che Guevara mahométan. Le 11 septembre a même été fêté comme une victoire en Coupe du Monde de football dans certains endroits, au grand jour ou plus secrètement.

Lire aussi : 11 septembre : du World Trade Center à l’État islamique

Sans Oussama Ben Laden et le 11 septembre, peut-être n’y aurait-il pas eu d’État Islamique. En revanche, nous aurions probablement connu aussi la série d’attentats des années 2010 en France, sous une autre forme, puisque notre islamisme provient autant de ses sources allogènes que du poids démographique des musulmans en France. Le 11 septembre a été une apocalypse car il a révélé ce que nous ignorions, c’est-à-dire que l’adversaire millénaire fourbissait ses armes et entendait livrer la guerre. Les signaux avant-coureurs en Afghanistan, Bosnie, Afrique de l’Est, Algérie ou Tchétchénie n’avaient pas été des électrochocs suffisants pour un Occident repu et oublieux des grandes mécaniques qui président aux destinées humaines.

Le 11 septembre a aussi été le point de départ d’une nouvelle rhétorique conspirationniste. Évidemment, il y a encore des zones d’ombre relatives au rôle joué par les services secrets américains et aux relations qu’ils entretenaient avec Ben Laden, tout comme au caractère messianique de l’administration Bush, mais nier que les attentats ont existé et qu’ils ont été le fruit d’un commando est aussi faux que stupide. Cela revient à penser que l’incroyable est impensable et le stupéfiant impossible. Pourtant, un imprévu est toujours envisageable dans l’histoire. Ce sont même ces moments hors-norme qui déterminent la vie des civilisations.

Ils remodèlent en profondeur la psychologie des foules. Une semaine après les attentats sur le sol américain, la ville de Toulouse assistait à l’explosion des usines AZF. Ceux qui en ont été témoins se souviennent d’une ville persuadée que la Troisième guerre mondiale venait de commencer, des policiers re- commandant de s’armer rapidement à des lycéens terrifiés qui essayaient de rentrer chez eux dans la cohue. Il n’y a pas eu de Troisième guerre mondiale. En revanche, il existe toujours une même guerre menée contre ce que l’homme a de plus précieux, son humanité. C’est celle que livrent Ben Laden et ses émules.

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