Après avoir vécu les tremblements de terre d’août dernier, comment vous sentez-vous ?
Le 14 août, un séisme puissant a frappé aussi bien les Cayes où nous sommes que le Grand’Anse, mais aussi les Nippes, trois diocèses du sud du pays. Mais Les Cayes a été le diocèse le plus durement frappé. Il s’agit d’une catastrophe innommable et effroyable que nous affrontons avec beaucoup de foi et d’espérance mais aussi d’humanité envers les personnes les plus éprouvées. Il est capital de manifester la présence de l’Église qui a toujours été aux côtés des pauvres et d’en faire une présence permanente d’amour et de charité. Au-delà du témoignage, des actions tangibles sont indispensables à l’endroit des plus démunis.
Au matin du 14 août, comment avez-vous vécu et réagi à la succession des événements ?
C’est une épreuve physique et psychologique. J’ai ressenti le tremblement, très fortement. Heureusement peut-être que la toiture de l’étage de mon bâtiment est en tôle et relativement solide. Alors que je m’apprêtais à me rendre à l’université pour mes cours de samedi matin, j’ai dû m’accrocher à un pied de lit après avoir été projeté à terre. Et tout près du lit, ma bibliothèque s’est renversée sur moi. Quelques secondes plus tard, les secousses se sont arrêtées de façon provisoire et je me suis précipité vers la cour où s’étaient attroupés des gens du foyer et du voisinage.
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Les deux cent vingt-deux églises de votre diocèse sont toutes touchées différemment, mais c’est globalement une véritable catastrophe.
C’est un immense désastre. Nous avons 63 paroisses et 159 chapelles, donc en tout 222 églises comme vous le dites. 89 se sont effondrées, 67 tiennent debout mais doivent être démolies car elles ont été trop secouées et les structures se sont disloquées. Il y a 65 qui doivent être réparées. Il faut aussi dire que de nos 63 presbytères, une dizaine se sont effondrées totalement alors que 14 sont à démolir et 29 nécessitent des réparations. Nous faisons appel à ces généreux chrétiens de l’Amérique du Nord, de l’Europe et des philanthropes de bonne volonté qui ont aidé, pendant des décennies, notre diocèse à se construire. Sans l’aide et la solidarité des églises sœurs, Haïti ne se relèvera pas des séismes.
Actuellement, l’essentiel du diocèse est écroulé. L’évêché est parti en quelques secondes. Comment s’organisent les paroisses pour les célébrations eucharistiques ?
Il faut avant tout saluer la mobilisation et la générosité de gens venus de Port-au-Prince et d’autres villes de notre pays pour aider. Certains pays comme la République dominicaine, le Canada, les États-Unis, le Mexique, mais aussi les îles françaises des Antilles, étaient déjà là au lendemain de la catastrophe. Cette spontanéité dans l’action et la charité chrétienne nous a énormément touchés, ainsi que la résilience de nos fidèles qui ont, tout de suite, repris les constructions provisoires pour continuer, en plein air et sous des bâches, à dire la messe.
Pour moi, il n’y a pas de fatalité : il faut que notre pays se prenne en main et fasse preuve de responsabilité
Haïti est un pays qui fait face à beaucoup d’épreuves : cyclones, tremblements de terre, extrême pauvreté, corruption et instabilité politique. Quand on est cerné par autant de malheurs, n’est-on pas envahit par le doute ?
Dieu est sagesse, et il l’a partagée avec nous sous forme d’intelligence que nous devons transformer à notre tour pour nous prémunir. Il nous laisse libres de choisir, jusqu’à ne pas l’aimer ou le rejeter. Nous savions que notre pays est sur une plaque sismique dangereuse, il nous faut en tirer les leçons pour construire des bâtiments adaptés et parasismiques. L’intelligence que nous partageons avec Dieu n’a pas été suffisamment mise à profit pour prévenir ce que nous aurions pu. Et au contraire d’un doute, nous avons senti la présence et la main de Dieu qui a évité le pire. Des histoires de petits miracles ici et là en sont des illustrations évidentes. Nous ne devons donc pas excuser notre responsabilité et accuser Dieu alors qu’il nous a donné l’intelligence d’éviter certaines calamités. Pour moi, il n’y a pas de fatalité : il faut que notre pays se prenne en main et fasse preuve de responsabilité.
Comment se porte le cardinal Chibly, et qu’attendez-vous de la mobilisation en Haïti et dans le monde, notamment des églises sœurs ?
Le cardinal Chibly Langlois se porte moralement, psychologiquement et spirituellement bien. La chute dont il a été victime l’a blessé au genou gauche, et il a subi une intervention chirurgicale mineure à la rotule. En cette circonstance particulière, nous le recommandons à la prière des uns et des autres pour ses charges particulières dans le diocèse et en Haïti, mais aussi pour ses hautes responsabilités dans l’Église universelle. Nous attendons encore des fidèles leur prière, leur aide généreuse, et de l’amour ! Certes, la pandémie est en notre défaveur parce qu’elle a plongé le monde dans une crise qui peut raréfier les dons, mais nous faisons confiance au Christ, premier Pasteur de son troupeau qu’est l’Église. Nous ne pouvons pas nous en sortir sans l’aide des diocèses frères d’Haïti – dont la générosité a été immédiate et spontanée –, et des églises-sœurs partenaires de France, d’Allemagne, d’Italie, d’Espagne, de Belgique, du Canada et des États-Unis.






