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La cave se rebiffe

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Publié le

4 octobre 2021

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Au cœur de la tradition culinaire française se trouve le vin. L’art ancestral de fournir sa cave avec le produit de la vigne se doit d’être transmis aux générations futures.
lagrandebouffe

Tout l’art de la constitution d’une cave est d’associer des vins de consommation rapide avec des vins de longue garde. D’un côté des vins à boire dans les 2-3 ans, dont certaines bouteilles seront par ailleurs oubliées et découvertes longtemps après la date optimale de consommation. Il sera alors possible d’avoir une bonne surprise en constatant que le vin a conservé une partie de sa jeunesse. À côté de cela, les flacons de longue garde, destinés à rester dix ans ou plus sur leurs claies ou dans leurs caisses de bois. Ce sont des bouteilles de mémoire qui accompagnent la vie des hommes. Certaines ont été acquises à la naissance d’un enfant et la caisse sera vidée au cours de sa vie : baptême, communion, mariage, vie d’adulte. D’autres, acquises au domaine ou dans des foires, seront bues longtemps après la mort du vigneron qui les a faites.

Dans le liquide s’ouvrant au palais, l’amateur retrouvera la pâte du vigneron défunt, son savoir-faire, sa vision du vin. Des bouteilles retrouvées au fond de la cave rappellent des événements heureux ou malheureux, des moments de vie qui avaient été oubliés, parfois refoulés, et qui ressurgissent à la lecture d’une étiquette, à la vue d’un millésime quelque peu effacé sur un flacon. On se souvient des vins de son grand-père, de son père ou de cet ami avec qui nous avions tant partagé. Le vin est alors le compagnon des souvenirs et des voyages intérieurs dans la mémoire humaine.

Lire aussi : La grande bouffe : l’huile de vie

La mémoire des odeurs. Sans s’en rendre compte, l’homme emmagasine des livres de souvenirs dans sa mémoire olfactive. Des situations, des événements, des personnes qui ont été oubliés et qui ressurgissent à l’impromptu portés par une odeur. La sécheresse des blés coupés, l’humidité d’un jardin après l’orage, le parfum de bergamote saisi au vol dans le métro du matin, la poussière du tiroir d’une vieille commode, nous replongent des dizaines d’années en arrière. Ce sont des bruits, des intonations, des visages, des peurs qui réapparaissent, enfouis on ne sait où, portés par une odeur. Là, le nez détaché du verre, face aux herbes du maquis d’un Châteauneuf-du-Pape ou bien plongé dans la pierre cristalline et dorée d’un vieux riesling ou bien encore étreint par un grand millésime de Saint-Julien, c’est toute une vie de souvenirs qui défile.

Acheter pour transmettre. Cette cave, il sera impossible et encore moins souhaitable de la boire en entier. Ces flacons que l’on entre en septembre, c’est pour d’autres que nous. Viendra le moment où il faudra remettre les clefs de la cave, où un jeune écervelé trouvera les caisses de son aïeul, où il s’interrogera sur le sens d’un cru et d’un terroir. Une cave, c’est un patrimoine constitué pour les autres. De son vivant, pour sa famille et ses amis ; après sa mort, pour ses héritiers. Gage à eux de savoir apprécier, de ne pas gâter l’héritage, de ne pas confondre les trésors retrouvés. Gage donc aux vivants d’éduquer et de former pour que les palais futurs soient à même de goûter les vins d’autrefois.

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